L'économie sociale tient le bon rythme
LIBRE ECO WEEK-END | Le dossier Ils s'appellent Les Petits Riens (seconde main, lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale), Smart (prise en charge des formalités administratives des artistes), Médor (médias), Credal (placements éthiques et crédits solidaires), les Grignoux (salles de cinéma) ou encore Agricover (coopérative agricole écologique). Ils ont tous en commun d'être des acteurs de l'économie sociale. Derrière ces organisations, on retrouve la même philosophie, celle d'entreprendre et de travailler autrement, avec une autre finalité que l'optimisation du profit au bénéfice des actionnaires. Ici, ce qui compte, c'est de soutenir une activité locale, de retrouver du sens dans l'acte d'entreprendre, de porter des valeurs, de proposer une alternative au système capitaliste ou d'opter pour une gestion démocratique et participative…

- Publié le 18-01-2020 à 06h00

LIBRE ECO WEEK-END | Le dossier
Ils s'appellent Les Petits Riens (seconde main, lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale), Smart (prise en charge des formalités administratives des artistes), Médor (médias), Credal (placements éthiques et crédits solidaires), les Grignoux (salles de cinéma) ou encore Agricover (coopérative agricole écologique). Ils ont tous en commun d'être des acteurs de l'économie sociale.
Derrière ces organisations, on retrouve la même philosophie, celle d'entreprendre et de travailler autrement, avec une autre finalité que l'optimisation du profit au bénéfice des actionnaires. Ici, ce qui compte, c'est de soutenir une activité locale, de retrouver du sens dans l'acte d'entreprendre, de porter des valeurs, de proposer une alternative au système capitaliste ou d'opter pour une gestion démocratique et participative…
Depuis quelques années déjà, l'économie sociale, tant du côté des travailleurs que des consommateurs, a le vent en poupe en Belgique. C'est un fait. Les chiffres l'attestent. Partons de ceux-ci. On estime que dans notre pays 414 000 postes de travail (sans les écoles et les hôpitaux) sont liés à l'économie sociale, soit 11 % de l'emploi salarié en Belgique. Sur les cinq dernières années, ce secteur de l'économie sociale a affiché, en termes de création d'emplois, un taux de croissance 2,5 fois supérieur à celui du reste de l'économie.
20 000 emplois créés en 5 ans
Si on se recentre sur la Wallonie et Bruxelles, les acteurs de l'économie sociale, plus de 11 400, ont généré 260 642 emplois en 2018. En 2013, on flirtait seulement avec la barre des 240 000 emplois. Même si elle est encore relativement mal connue du grand public, l'économie sociale représenterait, aujourd'hui, grosso modo 12 % de l'emploi total en Wallonie et en Région de Bruxelles-Capitale.
Ces chiffres et d'autres (voir notre infographie) ressortent d'une étude réalisée par Concertes, l'Observatoire de l'économie sociale, basée notamment sur des données de l'ONSS et de la Banque nationale. La dernière étude complète dressant un panorama de ce monde belge de l'économie sociale rapporte les chiffres de 2016. À la demande de La Libre et avant la sortie d'un rapport plus complet, Concertes nous dévoile donc des chiffres plus récents, portant sur 2018. La Wallonie compterait aujourd'hui 6 639 entreprises sociales, Bruxelles 4 795. On le voit, la progression du nombre de ces acteurs est constante dans la Région de Bruxelles-Capitale, là où ce chiffre est en très léger déclin dans le sud du pays.

De nouvelles initiatives
Les plus gros employeurs ? Dans l'ordre, le secteur de la "santé humaine et action sociale" générerait plus de la moitié des emplois : on retrouve des grandes structures hospitalières mais aussi des maisons de repos pour personnes âgées, des crèches, des garderies d'enfants, des aides familiales à domicile. Viennent ensuite les secteurs des "autres activités de service" - les associations de jeunesse, par exemple - "l'éducation et formation" (enseignement culturel, formation professionnelle…), les activités de titres-services ou des entreprises de travail adapté. Des activités encore très féminisées comme on le lira plus loin (lire en page 5).
Mais ces dernières années, de nouveaux acteurs de l'économie sociale sont également apparus dans des secteurs hautement concurrentiels comme l'alimentation, la finance ou l'énergie. En proposant un autre modèle.
Comment expliquer l'engouement pour ce secteur de l'économie sociale qui voit régulièrement de nouvelles initiatives émerger ? Pointons d'abord les changements dans les habitudes des consommateurs - davantage qu'hier soucieux d'opter pour des modèles de consommation plus sains, durables et éthiques - et qui se tournent vers les entreprises qui répondent à ces critères. Mais le phénomène est plus large.
"Le mouvement ne concerne pas le seul consommateur. Il touche le citoyen en tant qu'acteur économique, qu'il soit consommateur, épargnant, travailleur ou bénévole", explique Sybille Mertens, chargée de cours à HEC Liège (lire ci-dessous) où elle enseigne le Management des entreprises sociales.
"Le citoyen souffre, aujourd'hui, de ne pas avoir la main sur ce qu'il lui arrive dans ses relations économiques. Il commence à percevoir les acteurs de l'économie sociale comme une manière de se réapproprier l'activité économique. Nous voyons cela au niveau des choix des consommateurs. Surtout dans le domaine de l'agroalimentaire mais on observe aussi un intérêt grandissant des étudiants et des futurs travailleurs que ce soit en France, au Canada ou en Belgique : des étudiants sortant de business school ne veulent pas aller travailler dans certaines entreprises car ils ne se sentent pas en phase avec leurs valeurs. Nous le voyons aussi au niveau des investissements des épargnants", explique-t-elle. Et de conclure : "Dans ses actes économiques, le Belge a envie de retrouver la maîtrise de ce qu'il consomme plutôt que d'accepter les délocalisations ou d'acheter des produits à des entreprises dont il ne partage pas les valeurs. Cela ne concerne pas toute la population mais je dirais qu'entre 15 et 20 % des gens réfléchissent très sérieusement aux modèles d'entreprises avec lesquels ils veulent interagir."