L'égalité entre les sexes peut faire bondir le PIB... et le Canada l'a bien compris

- Publié le 29-01-2020 à 09h23
- Mis à jour le 29-01-2020 à 11h31

Des Canadiennes, en mission à Bruxelles, pour explorer le marché belge et se développer.
Elles s'appellent Marie-Claude, Geneviève ou Linda. Elles sont femmes, mères et entrepreneuses à temps plein, venues tout droit du Canada. Ces business women cherchent à développer leurs activités en rencontrant des entreprises belges de toutes les régions du pays grâce à une stratégie mise en place par le gouvernement fédéral canadien.
Une stratégie qui part d'un constat assez simple. "Les entreprises appartenant à des femmes sont généralement plus petites, moins susceptibles de demander un financement externe et se heurtent à des obstacles particuliers, dont l'accès au capital, aux réseaux et au mentorat", explique les intéressées.
Actuellement, seulement 10 à 15 % des entreprises canadiennes appartiennent à des femmes ou sont dirigées par des femmes. Or, une étude du Boston Consulting Group estime "que la réduction de l'écart entre les sexes en matière d'entrepreneuriat au Canada pourrait ajouter de 41 à 81 milliards de dollars canadiens au PIB annuel du Canada". Selon l'institut McKinsey, l'avancement de l'égalité entre les sexes pourrait faire augmenter le PIB du Canada de 150 milliards de dollars canadiens d'ici 2026 (1 dollar canadien équivaut à 0,76 dollar US).
2 milliards de dollars canadiens d'investissement
Mise en place en 2018, cette stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE) vise à doubler le nombre d'entreprises détenues par des femmes d'ici 2025 et, pour ce faire, le gouvernement a investi plus de 2 milliards de dollars canadiens (soit 1,38 milliard d'euros), notamment via l'aide de la Banque de développement du Canada et du Fonds d'exportation et développement du Canada.
L'objectif est "de fournir aux propriétaires d'entreprise des conseils pratiques sur le leadership, les stratégies de croissance, la littératie financière, les ventes et le marketing, et les ressources humaines", détaille Ruth Vachon, la présidente du réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ), qui compte 2.000 membres.
Pour profiter des services, l'entreprise doit être contrôlée par une femme ou plusieurs, dans une proportion d'au moins 51 %. "Ce n'est pas un détail anodin", ajoute la présidente du RFAQ . "Aux États-Unis, c'est carrément devenu un label (women owned, NdlR) et un gage de qualité qui attire les investisseurs."

Opportunité économique et sociale
Elles sont unanimes, faire partie du réseau des femmes d'affaire du Québec est non seulement "une véritable opportunité économique et sociale" mais également "un retour sur investissement exceptionnel", explique Marie-Claude Du Cap, cheffe de Aleas, une entreprise offrant des solutions professionnelles en gestion du risque en mobilité internationale."Je me rends compte qu'il y a un véritable marché pour moi ici".
De séminaires en rencontres, elles prennent chacune des occasions qui se présentent à elles. Un rendez-vous à l'Awex pour l'une, un autre chez un client au chiffre d'affaires plus qu'intéressant... Etre appuyée par le gouvernement canadien n'y est sans doute pas pour rien comme le confie Linda Valade, fondatrice de Verum, une entreprise spécialisée en communication relationnelle d'affaire. "Je suis venue à de nombreuses reprises en Europe les années précédentes mais sans qu'un projet ne puisse aboutir", explique celle-ci. "Le soutien du gouvernement apporte une légitimité et crédibilité".
Alors qu'elles se co-développent entre femmes, "un terme qui n'existe pas chez les hommes qui parlent volontiers de concurrence", souligne l'une des cheffes d'entreprise, ces entrepreneuses ne font pas d'exclusive dans les contrats et travaillent même avec beaucoup d'hommes. " Moi, je signe celui qui m'offre le plus de zéros", rigole l'une d'entre elles.
La mission s'achèvera fin de cette semaine en France car "le marché francophone est une véritable opportunité de par le Ceta (accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, NdlR) et la langue que nous partageons".