Rachat d'Orange Belgium: Polygon n'entend pas céder ses parts au prix proposé par Orange, tensions en vue ?
L'actionnaire minoritaire Polygon Global Partners n'entend pas vendre ses parts à 22 euros l'action et souhaite une offre plus attrayante.

- Publié le 07-04-2021 à 17h33
- Mis à jour le 21-04-2021 à 08h28

Orange veut mettre la main sur sa filiale Orange Belgium et la sortir de la Bourse de Bruxelles. Ce n'est un secret pour personne mais l'OPA (l'offre publique d'achat) commence ce jeudi et devrait se terminer le 23 avril.
Pourtant, l'épine dans le pied d'Orange qu'est Polygon Global Partners ne semble pas vouloir s'en aller. L'actionnaire minoritaire détient 5,29 % du capital et peut donc empêcher le "squeeze out", le rachat forcé des dernières actions, ce qui est possible uniquement si la maison-mère détient plus de 95 % des parts.
Pour Polygon, le juste prix serait plutôt au-dessus de la barre des 30 euros, voire 47,25 euros par action si l'on considère la valeur de la revente potentielle des pylônes détenus par l'opérateur.
Mais Orange ne bouge pas d'un iota sur sa proposition et offre 22 euros par action. D'ailleurs, Orange Belgium a fait appel à un expert indépendant, Degroof Petercam, pour évaluer l'offre et celui-ci semble pencher plutôt en faveur du prix proposé par la maison-mère.

Quelle méthodologie ?
Degroof Petercam a retenu le flux de trésorerie disponible comme principale méthode de valorisation "car cela reflète la valeur intrinsèque d'Orange Belgium", même si la banque prend en compte d'autres éléments. Sa conclusion ? Selon ces critères, la valorisation varie entre 15,6 euros à 22,9 euros. S'il avance d'autres valeurs également, il affirme tout de même que le prix de l'offre reste globalement supérieure à ce que peuvent espérer les actionnaires. "Par conséquent, dans le contexte de l'offre publique d'achat volontaire conditionnelle annoncée par le Groupe Orange sur toutes les actions d'Orange Belgium qu'il ne possède pas encore, nous estimons que le Prix d'Offre ne méconnaît pas les intérêts des actionnaires minoritaires", précise Degroof Petercam.
"Nous sommes en train d'analyser les conclusions de Degroof Petercam mais ce que nous pouvons déjà dire, c'est que Polygon ne partage pas l'avis de la banque", nous glisse Pierre-Alexis Léonard, managing partner chez Deminor, le cabinet de conseil mandaté par Polygon Global Partners. "Le point de vue demeure le même : le prix proposé est trop faible. Polygon n'entend pas vendre ses titres", ajoute-t-il. Il précise qu'Orange n'a pas fixé de seuil minimum de rachat pour procéder à l'OPA mais il n'y aurait dans ce cas pas de squeeze out ni de retrait de la Bourse de Bruxelles. "Nous allons communiquer dans les prochains jours. J'espère que d'autres investisseurs partagent notre point de vue d'ailleurs", conclut-il, rappelant le cas de Spadel qui avait tenté une OPA similaire en 2015 avec une action en dessous des 100 euros alors qu'elle est montée à 250 euros peu de temps après (et se situe actuellement à 182 euros).
Pylônes et jeu d'influence
"Il s'agit d'un jeu d'influence entre les actionnaires minoritaires et l'acquéreur où, au cours de la procédure, d'autres éléments qu'une analyse rationnelle entrent en jeu", commente pour sa part Ruben Devos, analyste chez KBC Securities. Pour lui, le point principal est la valeur des mâts, comme le justifie Polygon Global Partners. Cependant, il précise que "Orange Belgium n'a pas l'intention d'en tirer profit" et que les pylônes "n'offrent de valeur ajoutée que dans le cas d'une vente à un acteur stratégique capable de réaliser des synergies". L'analyste se montre également critique sur l'avenir de la croissance. "Le scénario d'un ciel bleu avec une croissance significative dans les 5 à 10 prochaines années me semble improbable. De plus, Orange Belgium doit investir massivement dans le déploiement de la 5G, le spectre ou même l'acquisition potentielle de Voo", ajoute l'analyste, sans compter que la fin du contrat avec Mobile Vikings (qui rejoint Proximus) pèsera dans les revenus de l'opérateur.
Mais d'autres analystes estiment tout de même que la valorisation d'Orange Belgium est sous-estimée. C'est le cas de David Vagman, analyste chez ING. Il considère que les hypothèses de croissance de Degroof Petercam sont trop pessimistes et ne prennent même pas en compte le taux d'inflation. Pour lui, sans compter les pylônes, la valorisation devrait tourner plutôt autour de 29 euros par action.
Deminor et son client Polygon Global Partners tenteront donc de faire valoir leurs arguments dans les prochains jours, voire de convaincre d'autres actionnaires minoritaires, dont le gestionnaire Boussard et Gavaudan par exemple, qui détient 3%. En attendant, Orange Belgium ne sortira pas de la Bourse de Bruxelles. Le titre tourne quant à lui autour de 22,85 euros à l'heure d'écrire ces lignes.