Bras de fer en vue pour le rachat d'Orange Belgium: "Ils font clairement pression pour que les actionnaires cèdent"
Orange ne veut pas proposer plus de 22 euros par action pour le rachat de sa filiale belge mais Deminor, en charge des intérêts de Polygon Global Partners, ne compte pas baisser les bras.

- Publié le 13-04-2021 à 15h14
- Mis à jour le 21-04-2021 à 08h28

Orange maintient que son prix de rachat à 22 euros l'action pour s'emparer de sa filiale belge est "définitif" mais Deminor, le cabinet de conseil en charge des intérêts de l'actionnaire minoritaire Polygon Global Partners, ne lâche pas l'affaire.
Selon Pierre-Alexis Léonard, managing partner chez Deminor, les arguments d'Orange et les conclusions de Degroof Petercam, en charge d'une analyse indépendante, sont bancals.
"Degroof Petercam n'a pas voulu, dans sa méthodologie, analyser les transactions comparables (une façon d'évaluer la valeur d'une entreprise, NdlR) alors qu'ils l'ont fait dans un dossier similaire dans lequel ils étaient aussi l'expert indépendant mandaté, celui de Sioen Industries. Pourquoi ont-ils écarté cette option ?", s'interroge-t-il, sans vouloir commenter le caractère indépendant ou non de Degroof Petercam.
Pour rappel, Sioen Industries a également tenté une OPA (offre publique d'achat) auprès des actionnaires afin de sortir de la cotation en janvier dernier. Après une offre relevée de 23 à 27 euros par action par la suite, certains actionnaires minoritaires n'avaient tout de même pas voulu céder leurs parts et Sioen est toujours en Bourse, avec une action qui tourne désormais autour des 27 euros.
Appel aux autres actionnaires
Deminor appelle également les actionnaires minoritaires d'Orange Belgium à rejoindre Polygon Global Partners dans leur croisade contre Orange et à prendre contact avec eux. Il répète que le rapport de Degroof Petercam sous-estime la croissance attendue d'Orange Belgium, surestime les coûts et ne tient pas en compte, entre autres, de la valeur des pylônes.
"Plus la mobilisation des actionnaires d'Orange Belgium sera importante, moins la liquidité des titres sera affectée à l'avenir", avance le cabinet, voulant rassurer les investisseurs qui détiendraient toujours des actions de l'opérateur.
"Si on ajoute à cela le calendrier particulier (publication du prospectus la veille des vacances de Pâques) et le timing relativement serré d'acceptation ou non de l'offre de deux semaines, équivalent au minimum légal, on peut légitimement s'interroger s'il n'existe pas une volonté d'inciter des actionnaires à prendre une décision à la hâte contraire à leurs intérêts", ajoute-t-il, alors que l'OPA doit se clôturer le 23 avril et les résultats publiés le 27 avril.
D'ailleurs, d'autres actionnaires minoritaires ont fait appel à l'avocat Laurent Arnauts, spécialisé dans les actions collectives, pour défendre leurs intérêts, apprend-on via l'Echo. Ce que l'avocat confirme en précisant qu'il s'agit de très petits actionnaires.
À la question de savoir si Polygon surévalue la valeur de ses actions pour en tirer le plus possible, Deminor rappelle que plusieurs analystes partagent leur point de vue et estiment que l'action Orange Belgium devrait être clairement au-dessus du cours actuel, avec des évaluations allant de 23 à 35 euros, voire 45 si l'on intègre la valeur des pylônes, un point de la valorisation assez controversé.
"Chose que l'on a jamais vue"
"De plus, Orange indique tout de même vouloir retirer de la Bourse la filiale même en cas d'échec de l'OPA. Chose que l'on n'a jamais vue dans un contexte comme celui-ci. Ils font clairement pression pour que les actionnaires cèdent", commente Pierre-Alexis Léonard. "C'est ça ou rien… Il n'y a pas de pas vers l'autre. Une OPA doit respecter l'intérêt des deux parties, ce n'est pas le cas ici", ajoute-t-il.
"Deminor relève que dans d'autres cas où les actionnaires minoritaires se sont mobilisés pour faire échouer une OPA simplifiée, cela n'a pas porté préjudice à leurs intérêts, bien au contraire", précise également le cabinet, faisant indirectement référence à Spadel, qui avait tenté une OPA en 2015 avec une offre à 95 euros par action. Deminor estimait alors que le juste prix était entre 113 et 121 euros. Désormais, même si de l'eau a coulé sous les ponts et que la situation n'est plus la même, l'action Spadel vaut 185 euros. Ce qui donne peut-être envie de réitérer le coup.
