Les étudiants n'ont jamais gagné autant... et l'écart salarial homme-femme est également présent
Les étudiants permettent de combler certains "trous" dans des secteurs en pénurie de main-d'œuvre, mais pas tous. On note également une différence de salaire selon le genre.

- Publié le 24-06-2022 à 14h15
- Mis à jour le 24-06-2022 à 15h54

Libre Eco week-end | Le dossier
L'année 2022 devrait être une année record pour le nombre de jobs d'étudiants. L'UCM (Union des classes moyennes) évoque le chiffre de 600 000 ou même 650 000 (voire 700 000) contrats d'étudiants. Contre 550 000 en 2019, avant la pandémie. Quelque 77 % des étudiants belges de plus de 15 ans travaillent déjà l'été, selon la dernière enquête de Randstad menée auprès de 1 000 d'entre eux. " Certaines entreprises et certains secteurs, comme l'horeca, pourtant gros pourvoyeur, ont cependant vraiment du mal à trouver des candidats ", remarque Thierry Evens, responsable de la communication pour l'UCM. Une tendance qui varie selon les secteurs. "Je pense qu'on va pouvoir combler toutes les demandes , estime, de son côté, Sébastien Cosentino, porte-parole de Randstad. Mais il est clair qu'on n'aura pas une réserve importante de jeunes. Nous sommes presque au plein-emploi. Les seuls éléments qui pourraient infléchir cette tendance seraient le coût de l'énergie et la situation en Ukraine qui pourraient inciter les entreprises à plus de prudence et à ne pas engager d'étudiants."
"Si les employeurs se plaignent des coûts de l'énergie et des salaires, ils ne vont pas pour autant arrêter leurs activités , estime Thierry Evens. Certains fonctionnent même à perte. Mais ils préfèrent être en perte quelques mois plutôt que fermer provisoirement et devoir arrêter ensuite définitivement leur activité." Et, pour eux, la main-d'œuvre étudiante est une aubaine.
Mais qu'est-ce qui motive les étudiants à travailler ? Que gagnent-ils ?

1. L'Horeca, le secteur le plus populaire
Dans l'enquête de Randstad, si l'on regarde tout d'abord les secteurs qui engagent le plus d'étudiants, l'horeca arrive en tête (22 % des jobs), devant le commerce de détail (19 %), le non-marchand (8 %), les entreprises de production (7 %) et les loisirs (7 %). Et, pourtant, l'horeca figure parmi les secteurs qui souffrent d'une pénurie de main-d'œuvre fixe et peinent à trouver des étudiants. La fermeture des établissements a poussé des travailleurs à trouver un autre emploi. Une situation qu'on retrouve aussi dans l'événementiel. " Mais le secteur a moins de soucis pour trouver des jeunes pour l'été , estime Thierry Evens. Pour eux, travailler dans un festival, par exemple, est plutôt amusant. C'est festif et ils peuvent faire des prestations de quelques jours seulement. Dans l'horeca, par contre, il faut s'engager pour un mois peut-être et se dire qu'on devra travailler tous les samedis et/ou tous les soirs. "
Avec 12 % des jobs exercés, le poste de magasinier est le plus populaire. Ce sont surtout les garçons qui choisissent ce job. Deux nouveaux jobs font leur entrée cette année : coursier à vélo et professeur de cours particuliers. Tous deux représentent 2 % des jobs exercés.
2. La famille d'abord
Pour dénicher un job, les étudiants s'adressent d'abord à la famille (47 %). Suivent les amis et connaissances (42 %), les sites d'emploi (41 %) et les agences d'intérim (40 %).
Les parents jouent un rôle relativement important dans l'univers du travail étudiant, révèle l'enquête. Ils n'hésitent pas à chercher des jobs, à postuler pour eux et à assurer une partie de l'administration. Un quart des étudiants (25 %) confirment que les parents assument la majeure partie de ces tâches.
Les parents assistent davantage leurs fils que leurs filles (34 % contre 17 %) et ceux qui sont en kot (28 % contre 21 %).
3. L'argent, première motivation
Les étudiants travaillent avant tout pour gagner de l'argent. D'abord, pour les sorties. Les garçons disent dépenser davantage pour les smartphones, le matériel informatique, la musique, le sport, les jeux vidéo, le multimédia, les placements et les cigarettes. Les filles, elles, consacrent une part plus importante de leur budget aux sorties, aux vêtements, aux vacances, à l'épargne, aux moyens de transport et aux livres.
Les garçons touchent en moyenne à peu près un euro de plus que les femmes, respectivement 13,5 et 12,4 euros par heure. Bien que le salaire horaire moyen ait chuté d'un demi-euro environ, les étudiants n'ont jamais gagné autant, révèle l'enquête. Le revenu moyen annuel déclaré s'élève à 2 899,20 euros. 2 989 euros pour les garçons et 2 812 euros pour les filles.
4. Un contact avec le monde du travail
Comme facteur de motivation pour un job, l'acquisition d'expérience est citée par 71 % des sondés. Un sur deux opte pour un job en cohérence (en partie ou tout à fait) avec ses études. Le nombre d'étudiants dont le job est entièrement guidé par le choix d'études augmente (23 % contre 19 % en 2021).
"Un sur deux, c'est déjà beaucoup surtout que pour certains jobs il n'y a pas d'études et que pour certaines études il n'y a pas de job d'étudiant , remarque Sébastien Cosentino. On note une réelle demande des employeurs pour engager des jobistes qui étudient dans la filière où ils sont actifs. C'est une véritable valeur ajoutée pour eux. C'est un moyen également d'assurer la pérennité de leur recrutement pour les prochaines années. Ils peuvent ainsi repérer des talents. Pour l'étudiant, c'est aussi intéressant car cela lui permet de découvrir son futur métier et de décrocher plus facilement un emploi. On constate que les jeunes qui peuvent prouver l'acquisition d'une certaine expérience dans le prolongement de leurs études ont plus de chance de décrocher un emploi au terme de celles-ci" , poursuit le responsable de Randstad, qui souligne l'optimisme des jeunes : " Cette année, nous nous sommes demandé comment les étudiants évaluaient leurs chances sur le marché du travail. 38 % d'entre eux pensent décrocher un emploi entre un et trois mois après la fin de leur cursus. 25 % se montrent encore plus optimistes puisqu'ils sont convaincus d'être au travail dans le mois qui suit la remise du diplôme ."
