Le soutien public aux énergies fossiles à rebours de l'urgence climatique
Les subventions aux énergies fossiles ont quasiment doublé en 2021. Des aides qui ratent leur cible, selon l'OCDE.
- Publié le 29-08-2022 à 19h01

Pour avoir une chance de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C et d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050, il est indispensable de réduire très rapidement la part des ressources fossiles dans le secteur de l'énergie, soulignait l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans un rapport publié en mai 2021. Un document qui préconisait notamment l'arrêt de l'exploration de nouveaux sites gaziers ou pétroliers.
Début novembre, lors du sommet climat de Glasgow (Cop 26), une trentaine de pays (dont la Belgique) et une poignée de banques publiques s'engageaient pour leur part à stopper le financement des projets d'énergie fossiles à l'étranger.
Un an plus tard, un gouffre sépare pourtant ces belles intentions de la réalité, constatent l'AIE et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans une nouvelle analyse rendue publique ce lundi. En 2021 en effet, "les grandes économies ont considérablement renforcé leur soutien à la production et à la consommation de charbon, de pétrole et de gaz naturel".
697,2 milliards de dollars
Le soutien public apporté aux combustibles fossiles dans 51 pays – qui représentent ensemble environ 85 % du total des approvisionnements en énergie de la planète – a quasiment doublé, passant de 362,4 milliards de dollars (365 milliards d'euros) en 2020 à 697,2 milliards de dollars (702 milliards d'euros) en 2021.
Outre, les transferts budgétaires et les allégements fiscaux liés à la production et à l'utilisation de charbon, de pétrole, de gaz, l'OCDE relève que le soutien aux producteurs a atteint des niveaux qu'elle n'avait "encore jamais constatés dans le cadre de ses activités de suivi".
Une progression spectaculaire qui nous ramène aux niveaux observés en 2018 et que les deux institutions attribuent à la hausse des prix de l'énergie associée à la relance de l'économie mondiale après le ralentissement forcé qu'a entraîné la pandémie de Covid-19.
Aides ciblées et énergies renouvelables
Et cette tendance ne semble pas près de s'inverser, jugent l'OCDE et l'AIE. Les prix et la consommation énergétique continuant à augmenter suite au conflit russo-ukrainien, il est anticipé que les subventions à la consommation progresseront encore en 2022.
Une situation qui illustre la difficulté des gouvernements à trouver un équilibre entre les engagements pris de longue date de supprimer les subventions inefficientes aux combustibles fossiles afin de lutter contre les dérèglements climatiques et les mesures visant à protéger les ménages de la flambée des prix de l'énergie, souligne le communiqué publié lundi.
"Les subventions destinées à soutenir les ménages à faible revenu tendent en réalité souvent à favoriser les ménages plus aisés qui consomment davantage de combustibles et d'énergie : c'est pourquoi elles devraient être remplacées par des formes plus ciblées de soutien", insistent les deux organisations.
"Accroître l'investissement dans les technologies et les infrastructures des énergies propres est la seule solution durable à la crise énergétique mondiale actuelle, et le meilleur moyen de réduire l'exposition des consommateurs aux coûts élevés des combustibles", martèle une fois de plus Fatih Birol, le Directeur exécutif de l'AIE.
