Faute d'avoir pu se refinancer, la medtech liégeoise Osimis doit déposer le bilan
La société, créée en 2015, a développé une plateforme d'intégration de solutions d'intelligence artificielle en imagerie médicale. Elle aurait dû lever 5 millions d'euros en 2023, ce qu'Osimis n'est pas parvenue à faire en raison de conditions de marché très défavorables.

- Publié le 30-01-2024 à 10h38
- Mis à jour le 30-01-2024 à 10h39

L'année commence bien mal pour la société technologique Osimis et ses 15 collaborateurs. À court de liquidités, la medtech liégeoise a été contrainte de déposer le bilan, ce que le tribunal de l'entreprise de Liège a validé lundi.
Contacté par La Libre ce mardi matin, Jacques Galloy, actionnaire et président du conseil d'administration d'Osimis, nous a confirmé l'information. "C'est une énorme frustration pour l'équipe et les actionnaires, mais nous n'avions malheureusement pas d'autre choix possible". Pour Jacques Galloy, Osimis a été "victime de conditions de marché très défavorables" qui l'a empêchée de se refinancer. "Le produit est bon, l'équipe est bonne et les clients sont contents. Mais cela n'a pas suffi", regrette le président d'Osimis.
Le succès d'un logiciel liégeois au service de la santé
Fondée en 2015, Osimis avait été pionnière dans le domaine des solutions logicielles d'imagerie médicale. Première spin-off de l'hôpital universitaire de Liège (CHU), la société avait vu le jour à la suite du succès d'Orthanc, un logiciel d'échange d'images médicales développé par Sébastien Jodogne (ingénieur en sciences informatiques de l'ULiège récompensé par la Free Software Foundation). Orthanc, téléchargé à travers le monde plusieurs centaines de milliers de fois, est un serveur libre et open source pour l'imagerie médicale compatible avec les technologies du Web.
En 2021, la medtech liégeoise avait opéré un pivot pour devenir une plateforme d'intégration d'intelligence artificielle (IA) pour l'imagerie médicale. Un choix gagnant puisque la jeune pousse wallonne avait rencontré une forte traction auprès des radiologues. Osimis leur offrait une technologie d'intégration pour tous les fournisseurs d'IA et délivrait, aux hôpitaux, des intégrations permettant de maximiser les résultats pour les patients.
Un environnement très défavorable
En février 2022, Osimis avait réalisé une levée de fonds de 1,6 million d'euros, la quatrième depuis la création de la société, afin de renforcer les équipes et d'accélérer ses développements. Ce tour de table avait rassemblé les actionnaires historiques d'Osimis (le fonds W.IN.G by Digital Wallonia, Noshaq, Trasis, Marc Nolet et Jacques Galloy) et une association de radiologues utilisateurs de la technologie.
"On espérait une reprise du marché du capital-risque, mais cette reprise n'est toujours pas là. Nous avons aussi tenté de trouver un partenaire stratégique. Aujourd'hui, nous n'avons plus de liquidités."
Osimis prévoyait de se refinancer à hauteur de 5 millions d'euros en 2023 afin d'accompagner sa croissance. Dans un marché du capital à risque et du private equity qui s'était refermé depuis plusieurs mois, la medtech liégeoise avait dû se contenter d'un "bridge" de 800 000 euros. "On espérait une reprise du marché du capital-risque, mais cette reprise n'est toujours pas là. Nous avons aussi tenté de trouver un partenaire stratégique. Aujourd'hui, nous n'avons plus de liquidités", déplore, avec amertume, le président du CA.
Outre le manque d'investisseurs prêts à injecter des fonds, deux autres facteurs ont pesé sur l'activité d'Osimis. D'une part, la situation financière difficile des hôpitaux, premiers clients de la société, suite à la crise sanitaire. "Cela a ralenti le déploiement commercial de notre solution", souligne Jacques Galloy. D'autre part, un marché de l'intelligence artificiel de plus en plus concurrentiel, notamment dans le secteur de la santé. "Quelques grands acteurs, voisins de la Belgique, sont parvenus à lever des fonds grâce à la dimension de leur activité et à la taille de leur marché domestique".
