Comment une IA wallonne a permis à la start-up Sourse de prendre son envol
La jeune pousse wallonne Stratos Solution devient Sourse. Sa solution d'observation terrestre, qui cible les entreprises, intègre une intelligence artificielle développée par le Cetic, centre de recherche wallon spécialisé en technologies de l'information.

- Publié le 10-04-2024 à 11h04
- Mis à jour le 10-04-2024 à 11h05

Le rendez-vous avait été fixé à l'aérodrome de Namur, à Temploux. "Ce n'est pas aujourd'hui qu'on va pouvoir voler", s'exclame Julien Losseau en nous accueillant. Depuis le premier étage du bâtiment central de l'aérodrome, il scrute le ciel d'orage qui surplombe la piste asphaltée de 690 mètres. Les deux avions S201 opérés par la start-up Sourse attendront une météo plus favorable pour quitter leur hangar.
Depuis un an, Julien Losseau, entrepreneur expérimenté dans les données géospatiales et la cartographie, a repris les commandes de Stratos Solution (dont le nom commercial est devenu Sourse, mardi). Derrière cette jeune société, on trouve Stemme Belgium, une entreprise fondée par Olivier de Spoelberch et présidée par Benjamin de Broqueville, deux passionnés d'aéronautique qui ont redonné vie à l'aérodrome de Namur. "Le cœur de métier de Sourse, c'est l'intelligence terrestre et la 'situational awareness', explique Julien Losseau. On détecte, pratiquement en temps réel, des situations à risque et on le signale aux personnes concernées".

C'est le cas, typiquement, de la surveillance d'infrastructures critiques (gazoducs, voies ferrées, lignes à haute tension, barrages, etc.). Fin 2023, la start-up a ainsi remporté un appel d'offres lancé par l'aéroport de Liège pour surveiller son pipeline d'hydrocarbures. "Comme beaucoup d'autres entreprises, l'aéroport de Liège a l'obligation légale d'assurer une surveillance régulière de ses infrastructures à risque. Jusqu'ici, ce monitoring était fait par hélicoptère, ce qui coûte cher". Lors des inondations de juillet 2021, l'ex-Stratos Solution avait fourni, en moins de 24 heures, des photos aériennes d'une zone couvrant 200 km. Cette réactivité avait permis à Infrabel d'organiser rapidement les travaux de réparation de l'infrastructure ferroviaire.
Un casse-tête résolu par les ingénieurs du Cetic
Pour fournir ces informations aériennes, Sourse a équipé ses deux S201 – le petit biplace développé par la Sonaca entre 2016 et 2022 – d'une batterie de capteurs sophistiqués pour effectuer, à une altitude pouvant aller jusqu'à 1 500 mètres, des prises de vue de très haute qualité.
"Un plan de vol optimisé signifie de minimiser la distance parcourue par l'avion et de réduire la consommation de carburant, les émissions de CO2, le temps de vol et le coût de revient des photographies."
Comme pour toute mission aérienne, il est nécessaire d'élaborer un plan de vol à soumettre aux autorités de surveillance aériennes avant le décollage. Et, dans le cas de Sourse, les plans de vol relèvent souvent du gros casse-tête très chronophage. Un gazoduc ou le cours d'une rivière, par exemple, n'est jamais rectiligne. La start-up a donc fait appel à l'expertise du Cetic, un centre de recherche agréé de la Région wallonne qui s'est spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication. Il lui a été demandé de développer un logiciel capable de générer très rapidement des plans de vol optimisés pour la photographie aérienne. "Un plan de vol optimisé signifie notamment de minimiser la distance parcourue par l'avion et, par conséquent, de réduire la consommation de carburant, et donc les émissions de CO2 des avions, le temps de vol et le coût de revient des photographies", expose Renaud De Landtsheer, responsable du département "Algorithmique et Optimisation Combinatoire" au Cetic, dont la mission est de mettre les résultats de recherches appliquées à disposition des entreprises (wallonnes, principalement).

Une levée de fonds pour accompagner l'envol commercial
Parfaite illustration de l'apport qu'un centre de recherche agréé peut avoir dans le développement d'une start-up ou d'une PME, la collaboration entre le Cetic et Sourse a permis de créer Stratoptimize. "Il s'agit d'un logiciel basé sur de l'algorithmique et de l'optimisation mathématique", précise Renaud De Landtsheer. De l'intelligence artificielle de haut vol que Sourse aurait pu très difficilement développer elle-même !
"Nous réinventons l'observation terrestre en transformant les vues aériennes en informations précieuses, fiables et facilement accessibles, pour aider de multiples profils d'utilisateurs à prendre des décisions rapides et efficaces."
Depuis l'été 2022, le logiciel Stratoptimize a été intégré au processus opérationnel de Sourse pour planifier les vols de prise de vue. "Le Cetic nous a livré récemment la version 3 du logiciel. Pour notre activité, c'est un élément clé dans le processus d'automatisation de la collecte de données aériennes", insiste Julien Losseau. L'intégration de Stratoptimize au dispositif de Sourse a effectivement permis de rationaliser et d'automatiser au maximum la collecte, le traitement et l'utilisation des données. "Nous réinventons l'observation terrestre en transformant les vues aériennes en informations précieuses, fiables et facilement accessibles, pour aider de multiples profils d'utilisateurs à prendre des décisions rapides et efficaces".
Sourse, qui emploie déjà vingt personnes, est aujourd'hui entrée dans la phase de commercialisation de sa solution. Elle multiplie les démonstrations pour le compte d'entreprises intéressées par un outil qui s'avère à la fois plus précis, moins cher, moins polluant et plus facile à manipuler que les autres instruments d'observation terrestre (hélicoptères, satellites, etc.). "Nous travaillons déjà pour deux acteurs du secteur du gaz en France, l'aéroport de Liège, l'Institut géographique belge, le groupe Lhoist… Nous avons aussi des discussions avancées avec des sociétés d'assurance et de chemins de fer", indique Julien Losseau. Afin d'accompagner son envol commercial, Sourse a également décidé d'ouvrir son capital à de nouveaux investisseurs. "Nous sommes en phase de levée de fonds, avec un objectif de 5 millions d'euros".