Norvège : un partenaire bientôt incontournable pour la Belgique ?
Des premiers accords énergétiques et de captation carbone ont été signés mardi dans le cadre de la mission économique princière belge. Mais les objectifs purement commerciaux sont également présents.

- Publié le 18-06-2024 à 17h06
- Mis à jour le 19-06-2024 à 13h33

Une mission économique express. Mardi, deuxième jour sur les trois de la mission économique avec la princesse Astrid en Norvège, la Belgique a déjà signé des accords énergétiques avec le royaume d'Harald V. Des accords - pour le moment de principe autour de l'exploration des possibilités - qui pourraient permettre d'assurer à la Belgique un accès à l'énergie éolienne norvégienne en acheminant l'électricité jusqu'à nos côtes, en passant par la future île énergétique Princesse Elisabeth en mer du Nord. Et de s'assurer d'avoir accès aux puits de captation de carbone – principalement des poches de gaz et de pétrole exploitées par le passé et désormais vides – afin d'avancer dans l'objectif de neutralité carbone.
En clair, la Norvège, après avoir vidé ses puits de combustibles fossiles, propose une solution pour stocker les excès d'émissions de CO₂. "Une solution constructive mais temporaire qui nécessite avant tout de réduire les émissions de CO₂ de nos industries", indique le cabinet du ministre wallon de l'Énergie, Philippe Henry (Ecolo), également présent sur place. "Ce n'est pas une solution miracle, il faut avant tout réduire les émissions, mais cela permet d'aller dans le bon sens", ajoute le cabinet.
"La Norvège est un pays qui a été traditionnellement très isolé et qui est capable de répondre pleinement à ses besoins énergétiques. C'est pourquoi les gens ont peur (de ce genre d'interconnexions, NdlR). Mais le Premier ministre norvégien et le gestionnaire de réseau norvégien sont absolument convaincus de la nécessité de ces connexions. Cela est positif pour la prospérité des deux pays", a déclaré, pour sa part, la ministre fédérale de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen).
81 000 euros de PIB par habitant
Au-delà de ces enjeux majeurs, la Norvège, malgré sa population de seulement 5,5 millions d'habitants, peut également être un partenaire business important pour la Belgique.
"On se réjouit des discussions énergétiques de ce mardi à Oslo. Tout ce qui peut aider à décarboner nos industries est essentiel", commente, pour sa part, Pascale Delcominette, administratrice générale de l'Awex, l'agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers. "Nos entreprises ne pensent pas suffisamment aux pays scandinaves. Pourtant, si on a un pied en Norvège, on peut avoir plus facilement accès à tous les pays du Nord. La Scandinavie, dans son ensemble, représente notre 9e client. La Norvège importe surtout des céréales et des végétaux de Wallonie (environ 28 % des exportations wallonnes, NdlR) mais aussi tout ce qui touche aux Sciences de la Vie (19 %) et à l'optique (10 %, dont des technologies médicales)", précise-t-elle.
"Les pays nordiques ont un haut pouvoir d'achat et misent sur la qualité", insiste-t-elle. Effectivement, le PIB par habitant est de 81 000 euros par an, soit 1,6 fois plus qu'en Belgique. "Les entreprises wallonnes peuvent donc faire la différence face à la concurrence asiatique, même si le prix reste important, car les Norvégiens sont très attentifs à la qualité des biens et services qu'ils peuvent proposer ici", poursuit-elle.
Besoin de se réinventer
La Norvège, pays presque paradoxal qui tourne majoritairement grâce à ses centrales hydroélectriques et donc au renouvelable tout en vendant ses combustibles fossiles à l'étranger, est donc en train de se réinventer pour diversifier son économie, alors que le vent tourne pour tout ce qui est gaz et pétrole.

"C'est pour cela qu'ils s'intéressent à tout ce qui est Sciences de la Vie", réplique Pascale Delcominette. "La Norvège doit se diversifier par rapport aux hydrocarbures. Donc, c'est le moment de nouer des partenariats avec des entreprises belges, wallonnes. C'est pour cela que nous sommes venus avec une soixantaine d'entreprises et clusters wallons", explique-t-elle.
"L'entreprise wallonne N-Side travaille déjà avec le gestionnaire de réseau Statnett, mais il y a d'autres projets sur la table, entre Lhoist, Fluxys et le groupe norvégien Equinor", termine-t-elle, insistant sur le fait que les partenariats ne se limitent pas aux enjeux – certes majeurs – d'interconnexion énergétique et de captation de carbone.
"On aimerait davantage parler de Défense, mais ça ne percole pas encore dans ces missions", lâche d'ailleurs un représentant de la délégation, alors qu'on lui signale avoir aperçu un représentant de FN Browning sur place. Mais c'est une autre question.