Sanofi veut se débarrasser du Doliprane, médicament très grand public mais "pas assez rentable"
Le groupe pharma veut se séparer de sa branche "Santé Grand Public". Deux fonds sont dans la course.

- Publié le 27-09-2024 à 16h25
- Mis à jour le 30-09-2024 à 16h53

Doliprane, en France, c'est comme Dafalgan en Belgique. C'est la marque numéro 1 du paracétamol vendu en pharmacie et parapharmacie.
Mais contrairement à la Belgique, où ces comprimés pour les maux de tête (et des lendemains difficiles ?) sont vendus à un prix tournant autour des 5 à 10 euros la boîte (selon le nombre de pilules, entre 16 et 50, et la quantité de paracétamol présent), les pilules estampillées Doliprane tournent autour des 2 euros pour une boîte classique (16 comprimés). Le prix étant, entre autres, limité par l'État et soumis à des taux de TVA différents (mais tout de même réduits dans les deux pays, comme pour tous les médicaments).
Mais c'est ce qui rend le prix de vente peu intéressant pour Sanofi, l'entreprise pharma derrière le produit, malgré le faible coût de production et le nombre record de plaquettes vendues (environ 420 millions de boîtes par an).
Seulement 12 % des recettes
Sanofi souhaiterait donc vendre sa branche Opella, spécialisée en "Santé Grand Public", afin de réajuster sa stratégie d'investissements vers des produits plus rentables. Cette branche ne représente d'ailleurs "que" 12 % de son chiffre d'affaires.
Si cela peut poser question au niveau de la souveraineté et de la protection des intérêts de la population française – on se souvient des ruptures d'approvisionnement en paracétamol, surtout dans les hôpitaux, pendant et après la pandémie de Covid-19 –, les intérêts privés priment. L'ancien gouvernement français, qui s'était montré réticent par le passé, a fait place au nouveau et ce dernier ne semble pas vouloir faire changer d'avis Sanofi.
Le nouveau ministre français à l'Industrie Marc Ferracci "souhaite qu'indépendamment de la stratégie de Sanofi, Opella continue de protéger la santé des Français (par le maintien de l'approvisionnement du marché hexagonal), de garantir la souveraineté sanitaire et conserve les emplois et les implantations industrielles sur le territoire", s'est-il contenté d'indiquer aux Echos.
Un Américain et un Français soutenu par des étrangers
Parmi les seuls candidats repreneurs, deux acteurs. Le groupe américain Clayton, Dubilier&Rice (CD&R) et le fonds français PAI Partners. Néanmoins, l'offre de ce dernier n'est pas "100 % française" car il a besoin de s'allier aux fonds souverains d'Abu Dhabi (Adia) et de Singapour (GIC) pour tenter de remporter la mise.
Les deux ont fait une offre à environ 15 milliards d'euros. Soit environ 2,5 milliards d'euros en dessous de la valeur estimée de la filiale jusqu'à présent, selon le journal économique.
Les offres proposées pour la filiale de Sanofi tournent autour de 15 milliards d'euros.
Notons que l'intérêt pour ces fonds serait de prendre la main sur cette filiale de production, produire et vendre le paracétamol hors de France. Et, bien que l'Inde soit déjà le principal fournisseur de la France pour cette molécule, cela fragiliserait l'autonomie stratégique de la France dans le domaine, qui perdait le contrôle des étapes qui suivent celle de la production basique de la molécule.
Néanmoins, les spéculateurs semblent plutôt confiants, le cours de Bourse du titre ayant pris plus de 30 % entre septembre 2022 et septembre 2024.
