"C'est un lieu sacré, on ne pouvait pas montrer de corps dénudés ou de message politique" : fin de mission économique originale à Rio
L'entreprise de Charleroi Dirty Monitor et la société flamande Barco ont réalisé un spectacle grandiose sur le Christ de Rio de Janeiro et ont marqué le coup dans le cadre de la mission économique princière au Brésil.

- Publié le 29-11-2024 à 14h10
- Mis à jour le 05-12-2024 à 16h34

Une gouaille sans pareille. Arnaud Meulemeester, International Business Development Manager, est dans son élément en mission économique, comme celle menée par la princesse Astrid au Brésil jusqu'au 30 novembre.
Les voyages, c'est son truc, puisqu'il parcourt le monde entier pour faire grossir les carnets de commandes de son entreprise.
Et l'ancien archéologue converti en businessman a de quoi être fier : son entreprise, Dirty Monitor, vient de réaliser un spectacle grandiose de projection de lumières sur le Christ Rédempteur, symbole iconique de Rio de Janeiro. "La prestation a de quoi rendre jaloux, s'amuse-t-il, même si des projecteurs de 40 000 lumens auraient donné un ton encore plus vif que ceux dont on disposait, à 20 000 lumens", précise-t-il pour la technique.
"C'est un lieu sacré. Donc on ne pouvait pas montrer de corps dénudés, de message politique ou de propagande"
"L'idée a germé à Sydney, à l'opéra, lors d'une précédente mission. Mais si c'était trop compliqué, l'idée de monter l'amitié entre les deux pays dans un endroit emblématique dans chaque pays est restée", explique-t-il.
L'association avec Barco, entreprise flamande spécialisée dans la vidéo-projection, et Dirty Monitor, originaire de Charleroi, "ça fait la belle histoire", s'exclame-t-il.
Un projet qui a failli ne pas voir le jour
Arnaud Meulemeester sort son téléphone pour montrer une vidéo des projets précédents. Dirty Monitor a, il faut le reconnaître, bien joué son coup et a laissé sa trace dans le monde entier. L'ambition semble sans limites.
"Le temps que Barco valide notre projet, on s'est retrouvé avec une paire de mois seulement pour organiser l'activité. C'était juste. Et personne ne voulait mettre d'argent, à cause de réductions budgétaires à tout-va, ni WBI (Wallonie-Bruxelles-International), ni l'Awex, ce que je peux comprendre dans le contexte actuel, mais l'idée séduisait. On a proposé le projet à l'Agence du commerce extérieur et à la chancellerie du Premier ministre, qu'on a pu sensibiliser grâce à l'aide déterminante d'Agoria, et on y est arrivé", précise-t-il.
"Personne ne voulait mettre d'argent, à cause de réductions budgétaires à tout-va, mais l'idée séduisait. Et finalement on y est arrivé"
"Finalement, on le fait gratuitement et Barco prend en charge les projecteurs. Disons que c'est un cadeau qu'on fait à la Belgique, à la princesse Astrid, à l'amitié entre les deux pays. C'est une des Sept Merveilles du monde moderne… C'était un de mes rêves de longue date", explique-t-il.
Pourtant, tout n'était pas joué, car il a fallu privatiser le lieu. "Le Corcovado (le Christ de Rio, NdlR), c'est un sanctuaire religieux qui est géré par un prêtre, Padre Omar. On a beau venir et dire qu'on n'a pas d'argent, ça ne marche pas comme cela. Et ils nous demandaient environ 30 000 euros pour 2 heures !", s'exclame-t-il, laissant entendre que le prix a été très fortement diminué par la suite.
"D'habitude, on a toujours des soutiens mais là, personne n'a voulu se mouiller. On a dû convaincre le consulat, le Palais royal car il faut faire monter la princesse sur la terrasse du Corcovado, qui dispose de 50 places seulement. Il faut savoir que c'est le lieu le plus visité de Rio", poursuit-il. La statue, de 38 mètres de haut, surplombe la ville à 700 mètres d'altitude.
"Pas de messages, pas de propagande"
Si Dirty Monitor et Barco ont réussi à convaincre le fameux Padre Omar, visiblement star locale sur Instagram qui gère le sanctuaire, certaines règles ont tout de même été définies.
"C'est un lieu sacré, religieux. Donc il y a eu des restrictions. Le mapping (projection de vidéos sur le Christ, NdlR) ne pouvait pas montrer de corps dénudés, de message politique, de propagande. On ne peut pas projeter sur le visage ou les mains du Christ non plus, donc on a travaillé sur sa toge. On est parti de l'art nouveau belge, très floral, et la forêt amazonienne. Le show joue sur ces textures pendant cinq minutes", poursuit-il, ravi de leur premier "grand coup" en Amérique du Sud et remerciant le fameux "Padre Omar".
"La chancellerie du Premier ministre a quand même mis de l'argent pour le catering (ainsi que pour la captation vidéo et la campagne de communication sur les réseaux, NdlR) et Fevia pour les boissons. Mais attention, on ne boit pas d'alcool au Christ Rédempteur ! Padre Omar nous l'a bien dit. C'est interdit. Donc il y a des bières, mais elles ne sont pas alcoolisées !", précise-t-il en riant. Pour la captation du show, Dirty Monitor a demandé l'aide d'une entreprise flamande, Many Mind, qui a fait venir des drones spécifiques, ainsi que des pilotes américains spécialisés dans ces appareils.
"Franchement, quand on voit ce qu'a fait la France pour le G20 ou les Émirats arabes unis pour les 50 ans de leurs relations diplomatiques avec le Brésil… alors qu'ils ont plein d'argent… Nous, les petits Belges, on peut être fiers car on fait mieux !", s'amuse-t-il.
