En parallèle des discussions UE-Mercosur, la princesse Astrid se jette dans le bain de la mission économique princière au Brésil
La mission économique princière menée par la princesse Astrid au Brésil débute ce samedi 23 novembre et se terminera le 30 novembre. Un coup à jouer, selon la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), malgré les critiques des détracteurs de l'accord UE-Mercosur.

- Publié le 22-11-2024 à 14h14
- Mis à jour le 25-11-2024 à 15h06

Une mission qui tombe à pic. Alors que les débats autour de l'accord de libre-échange avec le Mercosur font rage, la princesse Astrid se jette dans le bain – bouillant – d'une mission économique princière au Brésil, justement. Le pays qui est l'un des principaux partenaires autour de la table des négociations.
Du 23 au 30 novembre, accompagnée d'une délégation de 170 entreprises, de fédérations (Belgian Foreign Trade Agency, hub.brussels, l'Awex, la FEB, etc.) et de nombreux académiques, la princesse aura pour but de consolider les liens entre le pays dirigé par Lula et le nôtre, qui, lui, est toujours dans l'attente d'une formation d'un gouvernement fédéral. En tout, 400 personnes devraient visiter São Paulo et Rio de Janeiro avec la princesse.
Parmi les grands noms, on retrouve les groupes de chimie Solvay et pharma UCB comme fleurons de l'industrie belge déjà présents au Brésil. Mais les discussions autour de l'agriculture, l'exportation de viandes ou l'importation au Brésil de produits européens sont également sur la table des discussions.
La décarbonation et la transition énergétique font d'ailleurs partie des mots-clés, alors que l'accord avec le Mercosur est pointé du doigt par ses détracteurs pour les paradoxes apparents avec les engagements au niveau environnemental.
Un marché providentiel ?
Le Mercosur (Mercado Común del Sur, alliance économique regroupant Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), c'est un marché de près de 260 millions de consommateurs, dont le pouvoir d'achat est parfois mis à mal mais tout de même en expansion ces dernières années. Dans le sens inverse, l'Europe et ses 440 millions de consommateurs représentent également une opportunité pour ces pays, et en particulier le Brésil. C'est aussi, selon les partisans du traité, une occasion à ne pas rater. Alors que l'idée du traité est sur la table depuis 2000, les élans protectionnistes et les guerres commerciales dans le monde dans la fin des années 2010 et leur récurrence actuellement, dont celles à prévoir avec le retour de Trump en 2025, lui donne un intérêt particulier. Un coup à jouer.
"La Chine renforce fortement son influence en Amérique latine sur le plan commercial, avec un accès aux matières premières critiques des pays du Mercosur. Elle monte fortement en puissance dans ces pays-là. Nous évoluons dans un contexte géopolitique difficile, avec les sanctions contre la Russie et une perspective d'introduction de tarifs douaniers frappant les importations aux États-Unis" expliquait par exemple Olivier Joris, directeur du département Europe et International de la FEB, dans nos colonnes. "On n'a plus que jamais besoin de diversifier nos sources d'exportation et d'importation", ajoutait-il.
Les entreprises belges devront donc tenter de nouer des partenariats avec les entreprises brésiliennes lors de cette mission. Notons que le commerce avec la Chine a littéralement explosé avec le Brésil. La part des produits chinois dans les importations est passée de 5 % en 2002 à 23 % en 2023, au détriment même des partenaires locaux du Brésil que sont les autres pays du Mercosur, qui ont vu leurs parts diminuer de 14 à 7 % sur la même période, comme le note l'Agence pour le Commerce extérieur (Belgian Foreign Trade Agency) dans un rapport détaillé. Les négociations seront donc bienvenues, mais pas forcément simples. La Belgique devra jouer intelligemment, d'où l'intérêt de cette mission. L'UE quant à elle représente pour le moment 14 % des importations brésiliennes et 14 % de ses exportations.
La Belgique se distingue d'ailleurs particulièrement dans les produits pharmaceutiques envoyés au Brésil, en étant le troisième fournisseur derrière les États-Unis et l'Allemagne. Mais de manière générale, notre pays peine à s'inscrire dans le top 5 européen des partenaires commerciaux.
Enfin, si c'est le secteur pharma made in Belgium qui s'impose au Brésil, nous engloutissons en retour une bonne quantité de produits agroalimentaires. La force de frappe du pays, puisque cela représente 42 % de ses exportations. Avec le sucre, le soja et la viande donc, mais aussi le café et le jus d'orange par exemple, dont une grande partie est acheminée en Europe via le port d'Anvers mais aussi de Gand, accessible par un long bras d'eau de plusieurs dizaines de kilomètres.
"On pourrait donc dire que presque tous les jus de fruits que l'on boit en Europe proviennent de Gand", commente la Fédération de l'industrie alimentaire belge (Fevia) à l'agence Belga.
Une quinzaine de membres de la Fevia prendront d'ailleurs part à cette mission économique avec la princesse Astrid et espèrent ne pas passer à côté de ce gigantesque marché. À ce jour, les produits à base de pommes de terre, les frites en tête, et les fruits et légumes transformés trouvent déjà preneurs au Brésil. Le tout alors que le sommet du G20 vient de se clôturer.