"Il faut éviter que le Commerce extérieur soit vu comme une compétence gadget"
La directrice de hub.brussels, Isabelle Grippa, se réjouit du succès de la mission économique princière au Brésil, et répond à quelques (petites) critiques.

- Publié le 29-11-2024 à 10h11
- Mis à jour le 12-12-2024 à 12h48

"Bruxelles est très internationalisée. Elle a besoin du commerce extérieur, mais parfois on semble l'oublier", lance Isabelle Grippa, CEO de hub.brussels alors que la mission économique princière au Brésil touche à sa fin, à Rio de Janeiro.
"Je suis très contente de cette mission. On a réalisé 7 signatures de contrats, mais aussi établi des liens. Tout ne se limite pas aux contrats. Les relations économiques internationales, c'est comme les histoires d'amour, ça se construit sur le long terme. Il y a les premières rencontres, et les confirmations", entame-t-elle au sein de la Maison de la Culture Laura Alvim, située à quelques minutes de la célèbre plage de Copacabana.
En tout, 54 entreprises bruxelloises, sur les 175 de la délégation, ont fait le déplacement avec hub.brussels. "C'est un tiers de la délégation belge, ce qui est incroyable pour Bruxelles, par rapport à sa taille", poursuit-elle.
"On fait le focus sur l'économie d'impact, au niveau social et environnemental, ce qui fonctionne très bien à l'international. Pourtant, les régulations ambitieuses de Bruxelles ces dernières années au niveau de la construction avaient embêté tout le secteur de la construction au début. Mais désormais, les acteurs du secteur sont les premiers ravis à pouvoir exporter ce qu'on fait de mieux en constructions durables. Au niveau international, la demande est énorme", affirme-t-elle.
"La demande en produits ou technologies permettant de réduire la consommation d'eau dans l'agriculture est aussi importante. Car hub.brussels accompagne aussi des entreprises de ce secteur, comme Fyteko par exemple", dit-elle en pointant du regard le CEO de l'entreprise qui discute avec des Brésiliens dans le patio de la casa. Un patio ombragé qui laisse passer un peu d'air frais dans cette journée chaude de fin novembre. Le thermomètre extérieur indique un timide 38°C. Le message sur la consommation se comprend sans forcer.
"Il faut éviter que le Commerce extérieur soit vu comme une compétence gadget, alors qu'il a subi des coupes budgétaires."
"Il y a aussi une forte demande en termes de technologies liées à l'éducation", pour pallier les problèmes de circulation ou pour accéder à des formations poussées mais parfois très éloignées du lieu de vie des demandeurs. Rappelons que le Brésil fait 277 fois la taille de la Belgique et le pays est confronté à des problématiques assez différentes que le plat pays à ce niveau. "L'entreprise U Hope met à disposition des enseignants à distance par exemple. C'est un exemple de B2G, de business to governement, à développer", explique-t-elle.
Des critiques sur les choix posés ? "Il n'y a aucune exclusion !"
Si la volonté de hub.brussels de se spécialiser dans le business à impact est louable, certains estiment que cela pénalise les projets ou entreprises qui ne visent pas spécialement les critères ESG (environnement, social et de gouvernance) dans leurs plans.
"On n'exclut jamais, mais on se spécialise. Mais n'importe quelle entreprise peut être accompagnée par hub.brussels. Les services en première ligne, comme l'accompagnement pour les permis, les business plans, c'est ouvert à tous", rétorque la directrice de l'agence, avant de revenir sur les bienfaits de la mission.
"Grâce à la princesse, on arrive à avoir des contacts de haut niveau. Elle est très utile pour tout le monde. Pour les petites entreprises, pour les crédibiliser, et pour les grandes, afin d'avoir des accès au plus haut niveau. On représente Syensqo, Tractebel, Fluxys, Schreder, Solvay (dont le site brésilien a été à l'honneur au début de la mission, NdlR), mais le tissu économique de Bruxelles, c'est 90 % de petites entreprises qui doivent savoir qu'elles peuvent venir pour s'internationaliser. Le message doit passer", explique-t-elle.
"Bruxelles est internationale et a besoin de le rester"
Si le budget de hub.brussels est d'environ 40 millions d'euros, environ un tiers est d'ailleurs consacré au développement international et aux exportations.
"Les politiques bruxellois font leur campagne sur les Bruxellois. Mais ils oublient parfois quelque chose qui remplit les caisses de la Région, qui les nourrit, c'est le commerce international et l'ouverture sur le monde. Bruxelles est internationale et a besoin de le rester", explique-t-elle.
Notons que selon les chiffres de 2023, les exportations annuelles de marchandises d'entreprises bruxelloises atteignent 11,8 milliards d'euros et 32,3 milliards d'euros au niveau des services (selon les derniers chiffres connus de 2022). La balance commerciale totale reste néanmoins négative de 8,6 milliards d'euros. Sans surprise, la Région, qui héberge la capitale du pays, importe plus qu'elle n'exporte.
Trop "politisée" ?
Enfin, certains estiment, au sein même de la mission, que l'agence est trop politisée, trop liée au PS, étant donné que sa directrice est proche du ministre-président Rudi Vervoort.
"Nous sommes un organisme autonome public. Nous ne sommes pas directement dépendants des ministres de tutelle (comme le Secrétariat au Commerce extérieur, le ministre de l'Économie et le Ministre-président, NdlR). D'ailleurs, ces compétences pourraient être fusionnées sous la prochaine législature", entrevoit-elle, prévoyant les tribulations politiques des prochains mois.
"Il faut éviter que le Commerce extérieur soit vu comme une compétence gadget, alors qu'il a subi des coupes budgétaires, comme tous les services en fin de mandat. Le Commerce extérieur, ce n'est pas juste pour faire voyager les politiques. C'est une machine économique", assène-t-elle.
"Alors, politisé, l'agence ? En partie, puisque le conseil d'administration est constitué de représentants de cabinets. Mais le CA va changer et on va intégrer d'autres représentants des partenaires sociaux prochainement", termine-t-elle avec entrain, avant de reprendre la suite des activités de sa journée chargée.
