Après les diamants, la pépite belge iTraceiT dévoile les secrets des produits de luxe
Libre Eco week-end | La start-up iTraceiT permet de suivre le parcours de certains produits, de la production à la distribution.

- Publié le 02-05-2025 à 08h47
- Mis à jour le 02-05-2025 à 08h55
Elle s'était attaquée aux diamants, voilà qu'elle se met aux articles de luxe. La start-up iTraceiT, originaire de Hennuyères, dans le Hainaut, est devenue la championne de la traçabilité des produits de grande valeur. "Il y a un marché énorme qui s'offre à nous", annonçait récemment Frederik Degryse, le patron de l'entreprise qui s'est, depuis, également installée à Anvers.
Sans surprise, la métropole flamande, centre mondial du diamant, est devenue un lieu incontournable pour la jeune pousse belge. Il y a deux ans, iTraceiT avait créé le premier passeport numérique pour diamants au monde. "Nous avons été les premiers à cartographier chaque étape de la vie de ces pierres précieuses, poursuit M. Degryse, d'origine anversoise. Notre passeport détaille le parcours complet des diamants, quelles que soient leur taille, leur région d'origine et leur valeur ou qu'ils soient bruts ou polis. Bref, la pierre précieuse est traçable de la mine au bijoutier."
Faire respecter l'embargo sur les diamants russes
La technologie d'iTraceiT est notamment utilisée par beaucoup de diamantaires pour respecter l'embargo occidental sur les pierres précieuses russes. "Nous comptons désormais 126 grands clients dans le secteur du diamant", insiste Guy De Smet, directeur technique de la pépite belge. L'année dernière, nous avons doublé nos revenus fixes."
Forte de cette réussite, l'entreprise a décidé d'élargir son marché aux articles de luxe, en utilisant le même type de technologie qui recourt notamment à la blockchain.
Concrètement, les marques de luxe peuvent ajouter sur les composants de leurs articles un code QR unique leur permettant de tracer l'histoire de leurs produits. Ce passeport est complété à chaque étape de la production en y ajoutant différentes informations. "Pour les sacs à main en cuir, par exemple, il peut s'agir de photos des tanneries en Inde, de vidéos montrant l'emballage des sacs à main en Espagne ou des documents de transport, des factures d'achat, des certificats, etc.", développe l'entreprise.
"Les fabricants, les détaillants et les consommateurs peuvent vérifier toutes les étapes de fabrication des produits comme le whisky, les sacs en cuir ou les parfums. On trace de la forêt en Inde à la boutique dans le quartier Louise."
Une voie royale qui s'ouvre
Non seulement le passeport peut contenir des informations relatives au processus de production mais il peut aussi renseigner les conditions de travail des artisans à l'origine du produit. "Les fabricants, les détaillants et les consommateurs peuvent vérifier toutes les étapes de fabrication des produits comme le whisky, les sacs en cuir ou les parfums, de la production à la distribution", poursuit M. Degryse. On trace de la forêt en Inde à la boutique dans le quartier Louise."
Cette traçabilité répond à une demande croissante : de plus en plus de consommateurs veulent une transparence sur les produits qu'ils achètent, notamment en matière d'éthique et de durabilité. La tendance est encore plus marquée pour les produits luxueux. L'Europe va d'ailleurs "bientôt" imposer des "règles strictes" en la matière pour les fabricants.
Une voie royale semble donc s'ouvrir pour iTraceiT, qui vient d'ailleurs de réaliser une levée de fonds de 1,5 million d'euros auprès d'investisseurs privés mais aussi publics, comme Wallonie Entreprendre, la société wallonne d'investissement à capital public.
Quadrupler le chiffre d'affaires
Objectif ? Déployer cette nouvelle technologie en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient. "Il y aura, à l'avenir, de plus en plus de règles visant la traçabilité de la provenance exacte des produits, analyse Frederik Degryse. Cette traçabilité offre de nombreux avantages, notamment au niveau de la santé, du climat, de la concurrence loyale et du commerce équitable." La start-up l'affirme : sa technologie est applicable à de nombreuses matières premières, comme l'or. "On a aussi des demandes dans le secteur médical ou l'alimentaire", développe le patron. On imagine aussi l'utilité de cette traçabilité pour les services douaniers, à l'heure de la guerre commerciale lancée par le président américain Donald Trump.
Bref, la jeune entreprise belge va grandir très vite. "À court terme, nous avons l'ambition de quadrupler notre chiffre d'affaires et de renforcer significativement notre position aux États-Unis et aux Émirats arabes unis, annonce Guy De Smet. iTraceiT est en train de recruter une dizaine de personnes. "Nous voulons accélérer le développement de notre technologie intelligente et explorer de nouvelles pistes, insiste le directeur technique. C'est pourquoi nous voulons attirer de nouveaux talents IT belges."
