"Il n'y a rien de plus magique que de faire revivre une marque légendaire"
L'usine Alpine aurait dû fermer voilà quelques années. Elle retrouve une nouvelle jeunesse. Visite des lieux.

- Publié le 30-05-2025 à 11h52
- Mis à jour le 30-05-2025 à 15h29

C'est, en quelque sorte, une remontée dans le temps. Au sein de l'usine Alpine, des robots virevoltants ne se dépensent pas sans compter dans tous les sens pour imprimer une cadence d'enfer à la chaîne de montage, comme c'est le cas dans les productions à la chaîne. L'endroit respire le calme et la sérénité.
Quelques A390 s'intercalent entre les A110 sur la ligne d'assemblage, pour la production de modèles de pré-séries qui doivent permettre à Alpine de corriger d'éventuels défauts avant de lancer la commercialisation prévue en fin d'année 2025.
L'automatisation et l'Intelligence artificielle interviennent, mais encore à petites touches dans cette Manufacture Jean Rédélé, qui porte encore très bien son nom. La peinture extérieure est ainsi appliquée au robot, du moins pour les 6 couleurs de série prévues pour l'A390. "L'intérieur est fait à la main pour toutes les voitures. Pour les 22 couleurs de la collection Héritage, l'intérieur et l'extérieur sont faits à la main. Cela demande beaucoup de dextérité", explique le responsable du département peinture. Le dégradé de couleur sur l'A110 R Ultime – une série très exclusive pour les 70 ans de la marque – , est également fait à la main. "Il faut un vrai savoir-faire".
Déjà une sortie de route en 1975
Le savoir-faire se décline à chaque étape dans cette usine qui était proche de la sortie de route voilà quatre ans. "L'usine aurait dû fermer", confie Luca de Meo, patron du groupe Renault, rappelant que l'un de ses premiers déplacements après avoir repris les rênes de Renault était à Dieppe, en 2020. "C'était la fin du cycle de l'A110. L'usine était presque vide et il n'y avait pas de plan produit."
L'usine a été sauvée et retrouve même une nouvelle jeunesse après avoir déjà connu un premier coup d'arrêt en 1975 ; plus aucune Alpine n'était sortie de l'usine jusqu'à la relance de l'A110 en décembre 2016. Quelque 4 433 exemplaires de l'A110 sont sortis de Dieppe l'an dernier, pour une production record de 4 708 unités en 2023. C'est une production de 11 véhicules par jour, en fonction de la demande, avec une montée en puissance attendue avec l'arrivée de l'A390. "La marque Alpine revient de loin. Il n'y a rien de plus magique que de faire revivre une marque légendaire"
À chaque étape, c'est deux vérifications plutôt qu'une. Après chaque tronçon de la ligne d'assemblage, il y a un contrôle. "Le but est de s'assurer que l'on n'exporte pas de défaut sur le tronçon suivant".
Au département qualité, un "checkman" réalise 90 points de contrôle pour un temps prévu de 38 minutes. "Une arche de lumière permet de révéler les défauts d'aspect et de peinture", note le responsable du département. Il y a également un contrôle tactile, avec des gants en soie spécifiques. "L'opération s'appelle le paluchage, ce qui permet de détecter tous les défauts d'aspérité."
C'est encore vérifier l'espace entre l'aile et la porte. "Le standard est d'un millimètre. Le checkman va sortir sa cale, va vérifier tout au long de la porte que c'est bien un millimètre. Si ce n'est pas le cas, il y aura une retouche."
Depuis deux ans, l'intelligence artificielle s'est également invitée à cette étape. "Elle ne remplacera jamais les checkmen. C'est un binôme. Les six caméras réalisent plus de 50 contrôles supplémentaires, les plus complexes."
La zone d'assemblage a dû s'adapter à l'arrivée d'un véhicule électrique. Que ce soit en termes de place – il a fallu rentabiliser l'espace pour regagner 400 m2 de place disponible, de processus et de formation du personnel. Le temps de cycle d'un poste est de 20 minutes. À l'usine Renault de Douai, le temps de cycle d'un poste est d'une minute. La capacité de production quotidienne actuelle est de 50 véhicules, sur un seul shift. "Si on doit faire plus, on s'adaptera", notamment pour le temps de cycle.
Finition Premium
L'Alpine peut alors atteindre le dernier poste de contrôle sur la ligne d'assemblage. "C'est ici que l'on démarre le moteur pour la première fois." Un son bien agréable pour une A110. C'est aussi vérifier la conformité du véhicule par rapport aux demandes du client, comme la couleur des sièges ou le type de jantes. "Cela a déjà été fait en amont, mais on vérifie une dernière fois." Il y a ensuite "le tunnel de satisfaction clients". Le but est de regarder le véhicule avec "les yeux d'un client qui reçoit sa voiture" pour un contrôle statique.
Ce sera ensuite un contrôle satisfaction clients dynamique, cette fois, sur la piste de 3 kilomètres ceinturant les bâtiments. "Il y a différents revêtements de sol, des pavés, des bosses, des trottoirs, une longue ligne droite pour tester l'accélération et le freinage, une pente pour tester le frein à main."
Reste l'ultime étape : le passage par le bâtiment "Finition Premium", pour vérifier notamment l'étanchéité. Quand le véhicule obtient le feu vert, l'Alpine peut alors aller vers sa destination finale.
