Menaces d'actions chez Brussels Airlines, trois hôtesses ont été virées après avoir refusé de prendre un avion : "C'est un précédent dangereux"
Le personnel de bord pourrait mener des actions dans les prochains jours suite à des licenciements jugés abusifs par les syndicats. Le tout sur fond de présence (ou pas) de punaises de lit dans un avion.

- Publié le 21-10-2025 à 13h53
- Mis à jour le 21-10-2025 à 16h14

Les tensions sont à nouveau vives chez Brussels Airlines. "Il règne une atmosphère de terreur au sein de la compagnie", souffle un employé qui parle d'un été "éprouvant". "La direction ne voit plus que les chiffres et harcèle régulièrement son personnel. On a aussi de plus en plus d'annulations de vols long-courriers à cause de l'état vétuste des avions". Plusieurs employés se disent ainsi prêts à entrer dans un mouvement de "grève sauvage".
Selon eux, la "goutte d'eau qui a fait déborder le vase" a eu lieu ce vendredi. Alors qu'un des équipages de la compagnie belge s'apprêtait à effectuer un vol depuis Bruxelles vers Accra, au Ghana, cinq membres d'équipage affirment qu'il y a des punaises de lit dans l'avion. "Ils ont demandé à la direction de faire désinfecter l'appareil. C'est normalement une procédure qui prend plusieurs heures et il aurait fallu faire retarder le vol, voire l'annuler."
Brussels Airlines décide alors de faire contrôler l'Airbus A330. "Après vérification, il s'est avéré qu'il s'agissait d'une fausse alerte", explique la compagnie. Selon une source, ce contrôle était toutefois très "superficiel" et "succinct". "Un technicien est venu cinq minutes vérifier entre deux sièges avec une lampe de poche". D'après Jeroen Van Ranst, responsable ACV Puls pour le Brabant, Brussels Airlines a ensuite réuni les cinq membres d'équipage dans un local "en leur mettant une forte pression pour assurer le vol". "L'argument de la direction étant que, vu que le commandant de bord estimait que le vol pouvait avoir lieu, il fallait lui obéir", explique le responsable syndical.
"Ces personnes licenciées pour faute grave étaient en droit de refuser de voler."
Deux membres d'équipages acceptent de prendre leur service, mais trois hôtesses refusent. Elles disent ne pas se sentir en sécurité en assurant ce vol et se mettent en procédure "inapte au service" ("unfit for flying duties" ou "unfit to fly"). Ce droit de retrait, très spécifique au secteur aérien et défini au niveau européen, permet à un pilote ou un membre d'équipage, de ne pas prendre son service pour des raisons personnelles, qu'elles soient médicales ou d'ordre psychologique.
Et ce, sans passer une visite chez un professionnel de la santé. "Un employé peut refuser de voler s'il estime qu'il existe un danger pour sa santé et celle des passagers", nous explique-t-on. Comme le veut la procédure, les trois hôtesses sont donc remplacées.
On en a marre de se faire harceler et menacer en permanence. Cette compagnie est devenue toxique"
Ce lundi, elles sont convoquées par la direction. "On s'attendait à une simple réprimande", insiste une source. Mais il n'en est rien : les trois employées de Brussels Airlines sont licenciées sur-le-champ pour "faute grave", "après avoir enfreint de manière flagrante certaines procédures", comme le justifie la compagnie. "L'une d'entre elles a fait un malaise et on a dû appeler une ambulance, poursuit un membre d'équipage. Ce sont des employées expérimentées, avec respectivement 30, 27 et 20 ans de carrière et elles n'avaient jamais eu recours à ce droit de retrait".
"Sous le choc", plusieurs employés ont menacé de partir en grève sauvage dès ce mercredi, si les trois hôtesses n'étaient pas réintégrées "immédiatement". "On en a marre de se faire harceler et menacer en permanence. Cette compagnie est devenue toxique", s'insurge une hôtesse.
Les syndicats BBTK/SETCA et Puls/CNE ont tenté, ce mardi, de trouver une solution, mais la direction maintient sa position. "Ces personnes licenciées pour faute grave étaient en droit de refuser de voler", dénonce Jeroen Van Ranst. Il s'agit là d'un précédent extrêmement dangereux pour l'avenir, car les membres d'équipage qui ne se sentent pas aptes à effectuer un vol seront contraints de le faire, au détriment de la sécurité des passagers".
Le personnel réfléchit actuellement à d'éventuelles actions. "Nous n'appelons pas à la grève pour l'instant, mais on attend un signal fort de la part de la direction, poursuit M. Van Ranst. On sent que le personnel est inquiet et en colère. Cette sanction est totalement disproportionnée et injustifiée. On veut encore donner une chance au dialogue. On verra ce qui se passe dans les prochains jours. La balle est dans le camp de la direction."
