La Bascule, un quartier en pleine renaissance commerciale et artistique: "On y atteint son seuil de rentabilité plus vite qu'ailleurs"
À cheval entre Uccle et Ixelles, le quartier de la Bascule se réinvente doucement, notamment au contact des artistes du Rivoli.
- Publié le 10-03-2021 à 14h40
- Mis à jour le 11-03-2021 à 10h04

Traversée par la chaussée de Waterloo, la Bascule connecte différents quartiers du sud de la capitale, du Vert Chasseur à Molière, en passant par Churchill. "Son nom est un clin d'œil à l'ouvrage architectural dans lequel on pesait les chariots de marchandises avant le péage", introduit le notaire Gaëtan Wagemans, dont l'étude est installée au 208 avenue Molière. Son emplacement coïncide avec l'ancien hameau Vleurgat, qui a donné ensuite son nom à la chaussée ixelloise attenante. "Le quartier forme un rectangle. On inclut parfois l'avenue Legrand au sud, la rue de l'Abbaye au nord, l'avenue Louise à l'est et la rue Jules Lejeune à l'ouest. Le cœur du quartier est certainement le tronçon commercial de la chaussée de Waterloo et son croisement avec celle de Vleurgat. La Bascule est plus un lieu-dit qu'une zone très délimitée", explique Valéry Colard, notaire établi au 379 avenue Louise.

Si le pôle commerçant est bien connu et apprécié, il est moins recherché sur le plan résidentiel. "La Bascule n'est pas un critère de recherche en soi pour un appartement, sans doute à cause de la circulation intense sur la chaussée ou le manque d'espace public", constate Gaëtan Wagemans. "Les rues voisines sont, par contre, très prisées. Disposer de commerces de proximité à deux pas est un argument de vente pour ces petites artères, ainsi que pour les quartiers proches." "On trouve beaucoup de maisons unifamiliales à deux façades et des petits immeubles à appartements", embraye Valéry Colard. "Ce n'est pas un quartier propice aux grandes promotions immobilières." Et Serge Merckx, géomètre-expert immobilier basé avenue Winston Churchill, de compléter : "les alentours du quartier, proche du Bois de la Cambre ou de Brugmann, sont très agréables et offrent une belle qualité de vie. On peut tout faire à pied et c'est encore le Uccle bien desservi en transports en commun".
Vibrant noyau commerçant
Situés dans une zone très dense, les commerces de la Bascule attirent des chalands issus de tout le sud de Bruxelles. Perçu comme un peu vieillot par certains, le noyau fonctionne pourtant très bien. "Le hub s'étale sur la chaussée de Waterloo qui, comme toutes les chaussées bruxelloises, joue un rôle d'axe structurant. C'est, avec, la rue du Bailli, la zone la plus importante de cette partie de la ville", analyse Florence Ortmans, attachée de presse chez hub.brussels. "On y trouve une offre importante en équipements semi-courants (de la personne, de loisirs et de la maison), ainsi qu'une part de services (27 %) très élevée, deux signes d'attractivité. La vacance de 11 % y est relativement faible pour la Région. C'est peu étonnant étant donné que le quartier se situe dans une zone les plus riches du territoire bruxellois." Y fleurissent ainsi plus de 200 enseignes, de la banque ING au supermarché Carrefour, en passant par les surgelés Picard.

"Il s'agit plutôt de commerces de proximité. Les enseignes y sont moins huppées qu'au Fort-Jaco ou au Vert Chasseur, mais on y trouve un peu de tout. On peut s'y faire coiffer, acheter de quoi préparer son dîner ou faire un double de ses clés", souligne Serge Merckx. Pour Didier Cerulis, président de l'association Bascule Village qui regroupe 57 commerçants, un des atouts du coin, c'est son grand brassage de population. "C'est un quartier qui gagne à être découvert. Sur une même journée, on voit défiler des travailleurs du quartier Louise à midi, des Ucclois de passage ou des expatriés qui habitent à Brugmann."
Commerçant de longue date, le quartier se renouvelle ces dernières années. "On ressent une nouvelle énergie. Il y a un mélange de commerces intéressant, même si on pourrait encore imaginer un boucher de qualité ou un boulanger à l'ancienne. Cette dynamique rejaillit sur l'avenue Legrand qui voit toute une série de commerces se créer", renchérit Gilles Clavareau, fondateur de L'Artisan du Temps, institution du quartier depuis une quinzaine d'années. Ucclois d'origine, c'est là qu'il a eu envie d'installer son atelier d'horlogerie. "C'était une évidence. L'avenue Molière, le Prince d'Orange ou Rhode-Saint-Genèse sont à deux pas. Au niveau clientèle, c'est un emplacement stratégique. Énormément de gens passent par la chaussée de Waterloo, en tram, bus ou voiture. La visibilité y est excellente et les loyers bien plus raisonnables qu'au Châtelain ou au Fort-Jaco. On y atteint son seuil de rentabilité plus vite qu'ailleurs."
Reconversion artsy en cours
Pour Francesco Rossi, à la tête de la Galerie RossiContemporary et président de l'ASBL Rivoli Brussels, qui réunit les nouveaux acteurs installés dans la galerie en transformation, avoir un centre d'art dans le quartier permet à celui-ci de rayonner auprès d'un autre public. Arrivés ces dix dernières années, les galeristes, qui ont choisi l'immeuble Rivoli pour son cachet architectural, l'émulation collective qu'il permet et son emplacement géographique, commencent à lui donner un nouvel élan. "C'est un immeuble fascinant. Ses arcades emblématiques s'inspirent de celles de la rue Rivoli à Paris", note le galeriste, premier à s'installer dans le centre. "En 2008, la galerie était vue comme moribonde. C'était le mouton noir du quartier. Grâce aux nouveaux venus, ses espaces sont aujourd'hui complètement rénovés. Notre ambition est de contribuer activement au renouveau du quartier."

La quinzaine de galeries qui fait aujourd'hui vivre le Rivoli a commencé par s'installer le long de la rue de Praetere, puis a investi l'intérieur de la galerie, mais ne s'est pas encore aventurée en front de chaussée, où il y a le plus de passage. L'ancienne agence KBC destinée à être occupée par un cabinet de dentistes offrira bientôt une visibilité en front de rue. Ses vitrines accueilleront quelques pièces fortes des galeries voisines. "C'est un pas très important pour nous", ajoute encore Francesco Rossi. "Je n'ai vu qu'une évolution positive ces dernières années", partage Thomas Ghaye, fondateur de la Galerie La Peau de l'Ours, installé au Rivoli depuis 2018. "On y trouve des espaces très différents, dont des pop-up pour tester un concept durant quelques mois, ce qui est très rare à Bruxelles. Si chacun d'entre nous définit son style et sa propre collection, il y a une vraie énergie collective. Les vernissages se font notamment ensemble tous les deux mois. L'ambiance est celle d'une foire d'art."
Et le notaire Valéry Colard de conclure que "le quartier évolue doucement, mais positivement. L'arrivée de nouveaux commerces et du projet emblématique Rivoli a un impact sur le résidentiel voisin et sur les autres enseignes. C'est certainement un quartier où il fait bon vivre."
Le Rivoli Building, de pépite commerciale à joyau artistique
Conçu par l'architecte bruxellois Victor Demeester en 1979 sur demande de l'Immobilière Belgo Suisse, l'iconique Rivoli a connu ses heures de gloires dans les années 1980 et 1990. Centre commercial de luxe et immeuble à appartements de standing à sa création, le bâtiment moderniste de 2 480 m² a progressivement vu son espace commerçant perdre de sa superbe. Grâce à l'énergie du galeriste Francisco Rossi qui a décelé tout son potentiel, il s'est mué en centre artistique de pointe. "Quand je m'y suis installé, la plupart des espaces étaient vides, vétustes et poussiéreux. Il a fallu plusieurs années et beaucoup d'obstination pour qu'un vrai changement s'opère."

De rachat en rachat et de rénovation en rénovation, le Rivoli a attiré une quinzaine de galeries, séduites par son emplacement et ses loyers attractifs, dont Xavier Hufkens, la Schönfeld Gallery ou dernièrement le Neuf Gallery. "La rénovation des lieux était à la fois simple et radicale dans la volonté de rendre à chaque espace son volume d'antan." Entouré par la chaussée de Waterloo, les rues de Praetere, Emile Claus et Saint Georges, le Rivoli compte aujourd'hui parmi les plus grands lieux d'exposition d'art contemporain de la ville.
La Bascule en chiffres
Les statistiques fournies par hub.brussels (2021) indiquent :
207 points de vente dans le quartier
56 établissements de service (27%)
31 acteurs de l'Horeca (15%)
29 enseignes de produits de quotidienneté (14%)
24 cellules commerciales vides (11,6%)