Les Belges peuvent souffler, la folle hausse des prix de l'immobilier est terminée: "De nombreux vendeurs rêvent encore de prix corona"
Les acheteurs peuvent à nouveau négocier les prix, mais le nombre de transactions est en chute libre.
- Publié le 19-08-2023 à 08h02

La frénésie du marché immobilier est terminée. Après plusieurs années marquées par d'importantes hausses des prix et un emballement du marché au sortir du confinement, le marché semble revenir à la raison. "L'emballement est terminé et ne reviendra pas de sitôt", assure Filip Dewaele, directeur général de Dewaele, le plus grand courtier immobilier indépendant du pays. En analysant le montant des transactions effectuées via Dewaele Do it yourself (le système d'enchères avec des conseils que l'entreprise propose aux clients qui préfèrent vendre leur maison eux-mêmes), on constate que les enchères supérieures au prix demandé sont deux fois moins fréquentes.
"De nombreux vendeurs rêvent encore de "prix corona", mais un prix correct est crucial, en particulier sur le marché actuel."
Ces prix élevés conjugués à la hausse des taux sur les crédits hypothécaires freinent les acheteurs qui voient leur budget fléchir à mesure que les taux grimpent. Du côté des acheteurs, en revanche, on lorgne toujours avec espoir vers les hausses de prix qui se sont enchaînées ces dernières années. "Après de nombreuses années de fortes hausses des prix de l'immobilier, le marché immobilier souffle avec des prix plus stables." Mais Filip Dewaele tempère les espoirs des acheteurs de voir les prix dégringoler. "Ne vous y trompez pas : ce n'est pas parce que le battage médiatique est passé que les prix baissent. Ils continuent d'augmenter, mais à un rythme plus lent et inférieur à l'inflation."
Le marché s'est fortement refroidi au premier semestre, mais reprend des couleurs depuis avril, poursuit Filip Dewaele. "Les gens n'attendent pas. Par exemple, lorsque leur loyer est indexé, certains préfèrent le transformer en hypothèque pour se constituer un capital propre. Celui qui achète plus "pratiquement" que "émotionnellement" parce qu'une maison est et reste un bon investissement à long terme, est beaucoup plus strict. Ce n'est un secret pour personne qu'il y a moins de concurrence sur le marché des propriétaires occupants, plus de choix dans l'offre et donc plus de marge de négociation. Aujourd'hui, l'acheteur détient la clé. Cela signifie que les maisons ne sont que deux fois moins souvent vendues au-dessus du prix demandé par rapport à la période 2021-2022."
Les chiffres de l'Union Professionnelle du Crédit témoignent également du coup de froid sur le marché immobilier. On enregistre en effet une baisse de 36% des crédits octroyés au deuxième trimestre 2023 par rapport à la même période en 2022. Pour le deuxième trimestre consécutif, le nombre de demandes de crédit est également en forte chute (-29%) et se situe ainsi au niveau le plus bas depuis 2010. Par rapport au deuxième trimestre de 2022, c'est le nombre de contrats de crédit pour d'autres destinations, comme les terrains à bâtir (-1.964, soit -49,1%) qui a connu la plus forte diminution, tout comme le nombre de crédits à la construction (-5.470, soit -51%). Il en est allé de même du nombre de crédits de rénovation (-6.724, soit -43%) ainsi que du nombre de crédits pour l'achat avec transformation d'un logement (-1.015, soit -30,3%). La diminution du nombre de crédits contractés pour l'achat d'un logement (-10 .000, soit -28%) était également substantielle.
Du côté des grandes banques, ces chiffes se confirment puisque BNP Paribas Fortis, leader du marché des crédits immobiliers, a enregistré une baisse de l'octroi des crédits de 36% tandis qu'ING confirme une diminution de l'ordre de 40%.
Les agents immobiliers souffrent aussi
Cela ne fait bien entendu pas les affaires des propriétaires qui souhaitent vendre, ni des agents immobiliers. "On constate une réelle évolution dans le marché", indique Niko, agent immobilier indépendant à Bruxelles. "Les crises qui se sont succédées ont eu un lourd impact. D'abord la crise du Covid, qui a plombé le marché avant qu'il ne surperforme. Les gens recherchaient alors des biens avec un extérieur et une pièce pouvant faire office de bureau pour le télétravail. La crise énergétique ensuite a rebattu les cartes et les acheteurs ont repris la main, négociant de fortes remises sur les biens énergivores qui nécessitent des transformations. Il n'est pas rare de voir encore aujourd'hui des acheteurs faire une offre à 40 000 ou 50 000 euros en dessous du prix affiché pour une maison à 400 000 €. On constate aussi que les biens neufs ou affichant un PEB très favorable sont beaucoup plus recherchés et, dans ce cas, la marge de négociation est quasi nulle. Puis, il y a aussi la hausse des taux qui a marqué un sacré coup d'arrêt. De nombreux candidats acheteurs ont abandonné leur projet, faute de capacité financière suffisante. On le remarque dans nos ventes, qui sont nettement sous la moyenne depuis plusieurs mois."
