Voici les meilleures manières de doper son salaire: "Cela commence à être très intéressant pour les travailleurs"
Libre Eco week-end | Le dossier. Une entreprise sur deux propose aujourd'hui à ses travailleurs ce type de rémunérations alternatives.

- Publié le 20-09-2024 à 14h22
- Mis à jour le 20-09-2024 à 15h12
Le Belge est plutôt créatif. Et il y a certainement un point sur lequel on ne le prendra pas en défaut : la façon d'améliorer son salaire ou le salaire de son employé. Comment ? Principalement via les "rémunérations alternatives" (ou "avantages extralégaux") diverses et variées. De la très connue voiture de société à l'assurance-groupe, en passant par l'assurance-hospitalisation, l'éco-chèque ou même l'assurance du chien ou la séance de relaxation, il y en a vraiment pour tous les goûts.
1. Plus de 6 avantages extralégaux par travailleur
Une entreprise sur deux propose aujourd'hui à ses travailleurs ce type de rémunérations alternatives (RA). Et les Belges y ont pris goût : selon une étude récente de Jobat, le travailleur belge moyen bénéficie de 6,6 avantages extralégaux. "La Belgique est sans doute l'un des pays au monde où les avantages extralégaux sont les plus répandus. Sans doute parce que la taxation sur le salaire étant assez élevée, la recherche de la voie la moins imposable a abouti au développement de ces avantages", souligne Nathalie Wellemans, Legal Advisor au sein du Group S, qui a publié récemment son Guide des rémunérations alternatives. "À partir du moment où la Belgique est la championne du monde de la taxation sur le travail, il était normal que se développent ces systèmes de rémunérations alternatives. Elles ont notamment été fabriquées via la concertation sociale (entre représentants des employeurs et des travailleurs, NdlR), avec le double objectif que le travailleur gagne le mieux possible sa vie et que cela ne coûte pas trop cher à son entreprise", rappelle Emmanuel Degrève, conseiller fiscal chez Deg & Partners.
2. Les rémunérations alternatives les plus populaires
Le Belge est certes créatif mais il est aussi conservateur : si le catalogue des RA offre beaucoup de diversité, les avantages les plus "populaires" ne changent pas beaucoup avec le temps. Les chèques-repas restent la RA la plus utilisée (plus de 70 % des travailleurs belges en bénéficient), loin devant la mise à disposition de matériel (smartphone, ordinateur…), l'assurance-hospitalisation, les éco-chèques, l'assurance-groupe (pension complémentaire) ou la voiture de société.
Le reste de la troupe arrive ensuite avec des RA dont la "part de marché" grandit petit à petit, comme les indemnités de télétravail, le budget mobilité ou le vélo de société avec indemnité pour le travailleur (déductible) à la clé. "Il est vrai que les indemnités de télétravail sont devenues plus nombreuses avec la crise sanitaire. Ou qu'il y a de plus en plus d'intérêt pour le budget mobilité ou le vélo de société, avec l'envie de faire du bien à la planète, note Nathalie Wellemans. Mais les lignes bougent très doucement".
"Le budget mobilité (initialement "allocation mobilité", NdlR) a mis beaucoup de temps pour décoller, constate aussi Emmanuel Degrève, parce qu'il a été conçu dans un cadre qui était beaucoup trop formel et contraignant et n'était donc pas à même de procurer une véritable alternative concurrente à la voiture. Aujourd'hui, après plusieurs réformes, le budget mobilité est devenu beaucoup plus intéressant. Certaines entreprises proposent un budget mobilité qui va jusque 800 ou 900 euros par mois, soit souvent un quart du salaire brut moyen du travailleur belge. Cela commence à être très intéressant pour les travailleurs."
"Quand on propose 600 ou 700 euros à un jeune et qu'il reçoit ainsi un joli coup de pouce pour se loger, cela peut être très tentant."
Autre RA assez "tendance" : l'indemnité logement dont profite un travailleur qui abandonne sa voiture de société et habite à moins de 10 km de son entreprise. "Quand on propose 600 ou 700 euros à un jeune et qu'il reçoit ainsi un joli coup de pouce pour se loger, cela peut être très tentant", dit Emmanuel Degrève.
Conclusion : "Quand on propose de véritables contreparties à la voiture de société, cela peut fonctionner", estime le conseiller fiscal. Mais cela prend du temps : aujourd'hui, le vélo de société – souvent dans le cadre du budget mobilité – a, malgré ses avantages, séduit moins de 2 % de la population active chez nous !
3. Qui a la main ?
Attention : penser que le travailleur peut lui-même choisir, à la carte, comment sera constituée sa RA, est une vue de l'esprit. C'est bel et bien l'employeur qui gère sa politique de rémunération. "Quand un package salarial a été mis au point dans une entreprise, une règle veut qu'il s'applique plus ou moins à tous les membres du personnel, avec des différences d'intensité possibles en fonction du niveau de responsabilités", note un responsable d'une société de recrutement.
L'entreprise ne peut cependant pas faire n'importe quoi : "Si elle choisit une RA, elle devra appliquer les règles sociales et fiscales élaborées par l'ONSS et le fisc pour bénéficier de l'exonération éventuelle, souligne Nathalie Wellemans. Mais vis-à-vis de l'employé, c'est principalement l'entreprise qui a la main en matière de RA proposées".
Avec quelques nuances, cependant : "Il arrive que la possibilité d'avoir accès à une RA soit imposée au niveau d'un secteur d'activité : c'est souvent le cas pour les chèques-repas, les éco-chèques, voire l'assurance-groupe. Mais cela ne sera pas le cas pour une voiture de société ou la pension complémentaire 3e pilier (pension complémentaire personnelle/privée et non collective), par exemple", signale la Legal Advisor du Group S.
Autre "exception" : le plan cafétéria, qui s'est développé récemment, permet au travailleur de faire ses propres choix parmi plusieurs possibilités. Dans ce système, l'entreprise détermine un budget que le travailleur va pouvoir choisir d'affecter à un ou plusieurs avantages qui ne seront pas donnés en cash – par exemple, il pourra convertir (une partie de) la prime de fin d'année, si c'est autorisé, ou le bonus individuel classique. "Avec le plan cafétéria, l'entreprise choisit ce qu'il y aura dans le menu mais un travailleur pourra très bien dire : 'Moi, je vais prendre trois jours de congé supplémentaires', un autre : 'Moi, je souhaiterais un smartphone dernier cri', et un troisième optera peut-être pour des montants affectés à la pension complémentaire personnelle", signale Nathalie Wellemans. La créativité a donc sans doute encore de beaux jours devant elle…