"Les crises sont nécessaires à la bonne tenue des marchés sur le long terme"
De 2008 à la crise russo-ukrainienne en passant par la pandémie, les crises sont un passage obligé.
- Publié le 24-04-2022 à 13h37

Libre Eco week-end |
On les subit, on a l'impression qu'elles nous appauvrissent et nous affaiblissent, les crises semblent être nos pires ennemies. Or, c'est en période de crise que certains aspects positifs se révèlent. Il suffit de voir les élans de solidarité envers les réfugiés ukrainiens ! Il semblerait que la bonté humaine se révèle davantage dans les périodes critiques. Et il en va de même en économie !
"Les crises sont fondamentalement nécessaires à la bonne tenue des marchés sur le long terme. Sans crise, il n'y a pas d'effort de renouvellement, ni de contraintes sur les entreprises pour s'adapter. On constate que chaque crise s'accompagne de grandes vagues d'innovations", épingle Vincent Deschamps, expert en investissement chez Partner2invest. Ce sont ces situations qui contraignent les colosses économiques à se remettre en question et à revoir leur orientation stratégique.
Erreurs de valorisation
Mais certains échouent dans cette situation et sont alors condamnés à disparaître. On constate ainsi que, sur les marchés boursiers, les grandes capitalisations d'hier ne sont pas celles d'aujourd'hui. Et celles d'aujourd'hui ne sont pas celles qui seront les plus compétitives dans 20 ans. On assiste alors à des erreurs de valorisation sur les marchés si l'on ne tient pas compte du changement. "Il est illusoire de penser que tout est stable. Et s'il devait y avoir une stabilité, ce serait synonyme d'immobilisme économique, de déficit de concurrence, de défaut d'innovation et tout cela au détriment des consommateurs et des investisseurs. Il en va alors de la qualité du tissu économique", constate Vincent Deschamps.
Chaque crise est donc moteur d'innovation et accélérateur de tendances. La crise du Covid 19 en a été un bel exemple. On a connu des évolutions technologiques bien plus rapides et des évolutions dans la manière de travailler et de consommer.
Comment appréhender ces périodes ?
Comment les investisseurs doivent-ils alors appréhender ces périodes de crise ? "L'investisseur doit, avant tout, éviter les convictions excessives qui consistent à croire que ce qui s'est passé durant les cinq dernières années, par exemple, va perdurer. Il faut éviter de tomber amoureux d'une valeur. Il convient alors d'avoir une exposition la plus large et la plus diversifiée possible au marché. Cette diversification est la garantie d'avoir en portefeuille les moteurs de demain sans avoir à les détecter individuellement", conseille cet expert en investissement.
L'innovation a, en effet, besoin de boosters. Et, dans cet environnement de crise, ce sont les entreprises les plus agiles qui s'en sortent. Les grandes sociétés sont comme des grands paquebots qui changent difficilement et plus lentement de cap. Le moteur des marchés financiers est donc le darwinisme. "Quand on dit que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, il faut se dire que le marché n'est pas un arbre mais une forêt. Certains arbres disparaissent et la forêt se régénère et s'étend. Les marchés sont comme un écosystème qui se renouvelle", ajoute Vincent Deschamps. D'où le danger de miser sur un seul arbre !
Une image de l'évolution économique
Si l'on avait investi en 1980 dans les cinq plus grandes capitalisations de l'indice S&P 500, on aurait eu en portefeuille des actions IBM, AT&T, Exxon, Standard Oil et Schlumberger. Soit une valeur technologique, deux valeurs pétrolières et une entreprise d'équipements de forage pétrolier. Dès 2020, en investissant dans les cinq plus grandes capitalisations de cet indice, le même investisseur détiendrait Amazon, Facebook, Alphabet (Google), Microsoft et Apple soit une véritable prédominance de valeurs technologiques. Et demain qui seront les grands gagnants ? "
La crise n'est pas une fin, et il vaut mieux rester investi sur l'indice, la forêt, plutôt que sur des valeurs individuelles
", assure Vincent Deschamps.