Placements : le Japon, à prendre ou à laisser ?
Le marché nippon a ses spécificités. Des éléments macroéconomiques particuliers doivent être pris en compte.
- Publié le 15-04-2024 à 09h25

Le Japon est la troisième économie mondiale sur base du PIB. Derrière les États-Unis et la Chine, ce pays est au coude à coude avec l'Allemagne. Cependant, l'économie nipponne se distingue des autres économies développées. "Le Japon ne connaît pas de croissance économique. Avec une croissance de 0 %, il flirte constamment, depuis de nombreuses années, avec la récession. Ce qui lui permet de se maintenir au rang de troisième économie mondiale, c'est la qualité de ses produits, ses exportations et le montant de ses dépenses publiques", explique Sylviane Delcuve, Senior economist chez BNP Paribas Fortis.
En effet, cette économie est particulière à bien des égards. C'est le pays le plus vieux du monde et sa population continue de vieillir. Le marché du travail connaît un taux de chômage extrêmement bas en dessous de 2,5 %. "Le marché du travail est tendu et cela ne va pas s'améliorer en raison des conditions démographiques. De plus, les Japonais ne veulent pas faire venir des étrangers pour combler ce manque de main-d'œuvre et les femmes restent encore peu présentes dans le monde du travail nippon", précise Sylviane Delcuve.
Un autre point faible récurrent de cette économie est le montant stratosphérique de sa dette publique. Celle-ci atteint 250 % du PIB. Elle a été multipliée par cinq en 40 ans. "La particularité de ce pays, c'est que c'est une île et que les Japonais sont seuls maîtres à bord de leur économie. Dès lors, ils gèrent leur politique monétaire et leur politique budgétaire comme ils l'entendent. Les taux d'intérêt sont proches de 0 % depuis 1998." La dette publique est principalement détenue par la banque centrale japonaise (Boj). Le bilan de cette banque centrale explose littéralement. L'inflation était de 2,8 % en février. Le pays n'a pas été touché par la flambée de l'inflation comme ce fût le cas en Europe ou aux États-Unis. Pour gérer cette dette publique, les autorités monétaires laissent filer la monnaie. Le yen a perdu de sa valeur par rapport au dollar depuis deux à trois ans. Dette publique phénoménale, taux d'intérêt nuls, inflation maîtrisée, taux de chômage au plus bas, population vieille et vieillissante : voici les principales caractéristiques de cette économie.
"Le récent rebond de ce marché ne doit pas occulter la baisse de la devise et ses difficultés."
À aborder avec prudence
Mais quels sont ses principaux atouts ? "Les points forts de cette économie sont sans conteste la qualité de ses produits et la capacité d'innovation. Le Japon s'oriente aussi davantage vers la robotisation. Mais cette économie est figée depuis 30 à 40 ans et, sans changement dans la politique d'accueil des étrangers, les problèmes vont s'accentuer", prévient cette économiste.
Comment peut-on alors envisager le Japon dans l'univers des placements ? Même s'il s'agit de la troisième économie mondiale, ce pays doit être abordé avec beaucoup de prudence. "Le récent rebond de ce marché ne doit pas occulter la baisse de la devise et ses difficultés. Sur les marchés boursiers, le Nikkei vient seulement d'atteindre son niveau d'avant la crise de 1989 à 4 000 points", note Sylviane Delcuve.
Dans ce contexte, se positionner sur l'indice boursier de la bourse japonaise n'est peut-être pas judicieux. Il vaut mieux se fier à une gestion active qui a une réelle expertise pour dénicher les futurs champions sur ce marché. Le marché obligataire ne présente, quant à lui, aucun intérêt avec des taux aussi faibles. Attention aussi à l'effet devise !