Sous pression, des médecins refusent de décider du sort d'un Français en état végétatif
Le personnel médical a fait l'objet de "menaces et de pressions", a précisé un neveu de Vincent Lambert, François, à l'issue d'un conseil de famille organisé par l'hôpital.
- Publié le 23-07-2015 à 19h03

Les médecins de Vincent Lambert, un tétraplégique français en état végétatif, ont refusé jeudi de statuer sur sa fin de vie, en raison de pressions extérieures les empêchant de se prononcer dans "la sérénité".
"Le médecin en charge de Vincent Lambert a décidé de suspendre la procédure collégiale" mise en place pour décider du sort de ce patient, a indiqué l'hôpital de Reims (est), où il est soigné.
"Les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à la poursuite de cette procédure, tant pour Vincent Lambert que pour l'équipe soignante, ne sont pas réunies", a ajouté l'établissement dans un communiqué.
Le personnel médical a fait l'objet de "menaces et de pressions", a précisé un neveu de Vincent Lambert, François, à l'issue d'un conseil de famille organisé par l'hôpital.
Selon lui, les médecins souhaitent désormais saisir le procureur de la République "pour mettre Vincent sous protection globale et déterminer un référent qui pourrait le représenter légalement".
Depuis deux ans, les proches de cet ancien infirmier psychiatrique de 38 ans qui souffre de lésions cérébrales irréversibles depuis un accident de voiture en 2008, se déchirent par tribunaux et médias interposés.
Son épouse Rachel et la plupart de ses frères et soeurs souhaitent le "laisser partir". Pour eux, Vincent Lambert était opposé à tout acharnement thérapeutique et n'aurait jamais voulu être maintenu artificiellement en vie.
Mais ses parents, des catholiques proches des milieux intégristes, martèlent qu'il n'est "pas en fin de vie" et multiplient les recours en justice pour empêcher un arrêt des traitements.
La tension, déjà vive entre les deux camps, est montée d'un cran après le feu vert donné en juin par la justice européenne à un arrêt de l'alimentation et de l'hydratation artificielle de Vincent Lambert.
La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) avait alors jugé, comme les tribunaux français, que la poursuite de ces soins relèveraient d'une "obstination déraisonnable".
Une vidéo mettant en scène Vincent Lambert sur son lit d'hôpital, une petite manifestation jeudi, un communiqué de soutien signé par plusieurs évêques: les opposants à l'arrêt des soins ont multiplié les actions depuis cet arrêt.
Plus perturbant, des sites internet ont relayé des appels à l'enlèvement et la séquestration des médecins ou de Vincent Lambert lui-même.
"Encore une fois ce sont les extrémistes, traditionalistes intégristes (...) qui ont fait céder l'hôpital", a commenté jeudi Marie Lambert, une soeur de Vincent favorable à l'arrêt des soins. Selon elle, les médecins "ont peur pour eux, pour leur vie, pour leur sécurité et la sécurité de Vincent."
Son épouse Rachel, en larmes, s'est elle dite "profondément triste et choquée que des personnes soient venues mettre une pression telle au sein d'un lieu qui se doit d'être intime."
A l'inverse, les parents de Vincent Lambert ont manifesté "leur soulagement" devant la presse, acclamés par un comité de soutien. "Si on demande une protection pour mon fils, cela prouve bien qu'il est vivant", a déclaré sa mère, Viviane.
Leurs avocats ont salué dans un communiqué "une heureuse décision" et un nouveau "départ pour Vincent et sa famille", en appelant à un transfert du patient vers un autre établissement.
A Paris, la ministre de la Santé Marisol Touraine a quant à elle apporté "tout son soutien" à l'équipe soignante.
En France, l'euthanasie n'est pas légale mais une loi de 2005 permet de mettre un terme selon un cadre précis à l'acharnement thérapeutique.
Cette loi est en cours de révision. Les députés ont adopté en mars la possibilité de recourir à "une sédation profonde et continue jusqu'à la mort" pour certains malades incurables qui en feraient la demande. Mais la disposition vient d'être rejetée par le Sénat, contrôlé par l'opposition de droite.
L'euthanasie n'est officiellement légale en Europe que dans trois pays (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg), mais d'autres autorisent ou tolèrent une forme d'aide à la mort, notamment la Suisse, qui a légalisé le suicide assisté.
