Après la neutralisation de deux avions russes, l'Ukraine plaide pour un renforcement de sa force aérienne
Les forces ukrainiennes ont acquis un succès rare et précieux dans les airs, alors que Volodymyr Zelensky est à Davos pour demander un renforcement de l'aide occidentale.
- Publié le 16-01-2024 à 19h03

"Merci à l'armée de l'air pour l'opération parfaitement planifiée et exécutée dans la région d'Azov" s'est enflammé lundi le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valeri Zaloujny. "Voilà pour Dnipro !" a enchaîné son commandant Mikola Olechtchouk, en faisant référence à l'attaque d'un bâtiment dans la ville ukrainienne qui avait tué des dizaines de personnes il y a un an. Ce dimanche, les troupes ukrainiennes auraient en effet abattu deux avions de commandement aéroportés russes, lorsque ceux-ci survolaient la mer d'Azov qui sépare la Russie continentale de la Péninsule de Crimée.
Compte tenu de la supériorité aérienne russe, qui comptait 1 322 avions de combat avant le conflit – soit dix fois plus que les Ukrainiens – cette prise pourrait paraître anecdotique. Elle ne l'est pas, l'un des deux aéronefs n'étant autre qu'un Beriev A-50 capable de détecter les drones, avions, missiles et autres composantes de la force aérienne ukrainienne jusqu'à 600 km de distance.
Une petite dizaine d'unités
"Le travail d'un A-50 est de localiser, identifier et suivre les appareils amis et ennemis, et de coordonner les mouvements amis", détaille Gareth Jennings, expert aéronautique au sein de la société de renseignement britannique privée Janes. "Un équipage de dix hommes dans la cabine principale peut suivre 50 cibles et guider l'interception de dix d'entre elles simultanément". Or, la Russie disposerait tout au plus d'une petite dizaine de Beriev A-50. Si la disparition de l'un de ses appareils était avérée, elle devrait impacter ses capacités de détection et ses opérations.
"Les Russes ont du mal avec le ciblage et l'ISR (Renseignement, surveillance, reconnaissance)" confirme Léo Péria-Peigné de l'Institut français des relations internationales (IFRI). "Perdre un dixième de leurs capacités, c'est un gros problème" ajoute-t-il, jugeant ce type d'équipement "rare, précieux et très difficilement remplaçable".
Pertes aériennes rares
Le deuxième appareil potentiellement neutralisé dimanche par un missile antiaérien ukrainien est un Iliouchine II-22 faisant office de poste de commandement aéroporté. Touché, il serait parvenu à atterrir d'urgence dans un aéroport de la ville russe d'Anapa. Information confirmée par l'armée ukrainienne, qui a ajouté que – compte tenu des dégâts occasionnés – l'avion ne pourra "pas être réparé".
Ce double coup porté à l'armée russe dans une zone qu'elle contrôle est d'autant plus important pour Kiev que – faute d'avancées sur la ligne de front – les pertes infligées à l'ennemi sont rares. Plus encore dans le secteur aérien où l'arsenal russe n'avait pas encore été touché de la sorte depuis le déclenchement du conflit en février 2022. Certains comptes russes spécialisés évoquaient toutefois lundi sur les réseaux sociaux la possibilité d'une "frappe amie de la défense aérienne" russe, selon le très fiable Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW). Une thèse que l'ISW ne confirme pas mais qui, si elle était avérée, représenterait "un échec calamiteux" pour l'armée russe.
Un "sommet" pour la paix en Suisse ?
La nouvelle tombe à pic pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, présent en personne au Forum économique mondial de Davos depuis lundi pour convaincre les alliés de l'Ukraine de maintenir ou renforcer leur aide, et éviter tout effet de "lassitude". Ce mardi, il a profité de l'occasion pour appeler les pays occidentaux à fournir davantage d'avions de combat à Kiev afin d'assurer "sa supériorité aérienne".
"Nos partenaires connaissent nos besoins et en quelle quantité" a-t-il indiqué. L'Ukraine prouvé qu'elle "pouvait frapper des avions militaires russes que personne n'avait abattus jusque-là" a-t-il précisé, faisant directement référence à la double prise de dimanche. "Poutine incarne la guerre […] Les orientations possibles et le calendrier même d'une nouvelle agression russe au-delà de l'Ukraine deviennent de plus en plus évidents". Vladimir Poutine n'a pas traîné à réagir, en déclarant mardi que l'État ukrainien risquait de subir un "coup irréparable" en cas de prolongation du conflit, estimant que l'initiative sur le front était désormais "entièrement" en faveur des forces de Moscou. Pas certain que le "sommet" de haut niveau pour la paix demandé lundi par Volodymyr Zelensky, et que la Suisse s'est dite prête à organiser, puisse aboutir dans l'immédiat.
