Guerre en Ukraine: quel est l'intérêt pour la Corée du Nord d'aider la Russie?
La Corée du Nord fournit à la Russie des soldats et des armes depuis plusieurs mois. Une aide qui est pour le moins intéressée.

- Publié le 04-07-2025 à 10h12
- Mis à jour le 04-07-2025 à 10h13

Que cherche Kim Jong-un ? Les informations sur le soutien militaire apporté par la Corée du Nord à la Russie se multiplient ces derniers jours. Mercredi, CNN rapportait, après avoir consulté un rapport des services de renseignements ukrainiens, que Pyongyang enverrait probablement 25 000 à 30 000 soldats supplémentaires dans les mois à venir, en plus des 11 000 déjà déployés. Selon le média américain, il existe une "forte probabilité que les forces nord-coréennes appuient l'armée russe en Ukraine" (et donc, plus seulement dans l'oblast russe de Koursk, en partie occupé par l'armée ukrainienne depuis août 2024), notamment "lors d'opérations offensives de grande envergure".
Mardi, les médias d'État nord-coréens ont diffusé des images de leur chef suprême, visiblement ému, en train de se recueillir devant les cercueils de soldats tués en aidant la Russie. Ces photographies sont accompagnées de légendes telles que : "Oh, nos héros, étoiles brillantes de ma patrie". Une première depuis que Pyongyang a confirmé, en avril, avoir bel et bien déployé des troupes pour soutenir Moscou dans son effort de guerre. Selon les renseignements sud-coréens, environ 600 soldats nord-coréens ont été tués et des milliers d'autres ont été blessés.
Fin de l'isolement international
En plus de fournir des milliers de soldats à la Russie, le soutien militaire nord-coréen se matérialise par la fourniture d'armement : munitions, obus d'artillerie lourde, et missiles balistiques KN-23/KN-24. Les deux pays ont par ailleurs signé un pacte militaire en juin 2024, qui contient une clause de défense mutuelle.
Certes, si la Corée du Nord s'entend si bien avec la Russie, c'est parce qu'ils contestent tous les deux l'ordre international dominé par l'Occident. Mais ce partenariat stratégique permet surtout à Kim Jong-un de casser son isolement international, à travers la protection diplomatique offerte par Moscou, qui siège au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (Onu).
Sanctions de l'Onu caduques
Depuis 2022, en effet, la Russie a progressivement rompu avec le régime des sanctions de l'Onu, imposé à la Corée du Nord en raison de son programme d'armes nucléaires et de missiles balistiques. Désormais, quels que soient les agissements de Pyongyang, le droit de veto de Moscou rend de facto impossible l'adoption de nouvelles sanctions. Dans la même idée, rien que "la livraison de plusieurs millions d'obus d'artillerie à Moscou a violé au moins dix résolutions de sanctions du Conseil de sécurité", note dans une analyse Dimitri Minic, chercheur à l'Institut français des relations internationales.
Le seul élément qui pourrait potentiellement faire sauter cette protection serait un nouvel essai nucléaire par la Corée du Nord, estime le think thank International Crisis Group (ICG) dans un rapport publié en janvier. Cela "provoquerait vraisemblablement une réaction vigoureuse de la Chine", qui ferait alors pression sur la Russie. Mais "pour l'heure, Pyongyang ne semble [de toute façon] pas vouloir emprunter cette voie." Le dernier essai en date remonte à septembre 2017.
Protection diplomatique
Un législateur sud-coréen affirmait, le 26 juin, à l'agence de presse Reuters qu'en échange de son aide, la Corée du Nord "recevrait probablement des conseils techniques de la Russie sur les lancements de satellites et les systèmes de guidage de missiles". Une information également retrouvée dans le rapport de l'ICG, qui affirme que Vladimir Poutine "s'est engagé à soutenir le programme spatial nord-coréen. […] Il est également possible [qu'il] soutienne les programmes de développement militaire."
Le think thank avertit que "si Moscou va jusqu'à fournir à Pyongyang des équipements de lancement ainsi que des charges utiles pour satellites, cela constituerait une assistance directe au développement de missiles balistiques à longue portée – en violation manifeste des sanctions des Nations unies."
Partenariat juteux
Renforcer ses liens avec Moscou permet également à Pyongyang de gagner en autonomie vis-à-vis de l'encombrante influence chinoise. En effet, Pékin utilise la Corée du Nord comme un État tampon stratégique face à la Corée du Sud (alliée des États-Unis), en échange d'un partenariat commercial et diplomatique pour le moins asymétrique.
Le commerce avec la Russie constitue désormais un complément économique aux activités cybercriminelles, lesquelles se sont révélées être une source de devises lucrative pour le régime nord-coréen
La Corée du Nord tire un dernier avantage, qui n'est pas négligeable : l'argent. La Russie rémunère les soldats nord-coréens en espèces et en marchandises, en plus de leur offrir une précieuse expérience de terrain (l'armée nord-coréenne n'ayant plus combattu, en principe, depuis la fin de la guerre de Corée en 1953). L'ICG explique que "le commerce avec la Russie constitue désormais un complément économique aux activités cybercriminelles, lesquelles se sont révélées, ces dernières années, être une source de devises à la fois lucrative et peu risquée pour le régime [nord-coréen]."
Le média japonais NHK a d'ailleurs rapporté le 19 juin, citant des sources diplomatiques occidentales et russes non spécifiées, que la Corée du Nord "envisage" d'envoyer 25 000 travailleurs dans des installations de production de drones dans la "zone économique spéciale" d'Alabuga, dans la République russe du Tatarstan, qui manque de main-d'œuvre nationale. S'ils sont effectivement envoyés, ces travailleurs permettront d'augmenter considérablement la production de drones russes, en échange d'une formation à leur utilisation. Le Kremlin a également annoncé le 17 juin que 5 000 ouvriers de l'armée nord-coréenne "se chargeront de la reconstruction de la région de Koursk", en plus de "1 000 sapeurs". La coopération entre Moscou et Pyongyang est donc plus que stratégique, elle est profitable.