Roustem Oumerov, un diplomate au parcours fulgurant qui incarne la transformation de l'Ukraine
Ces derniers mois, l'ancien ministre de la Défense ukrainien Roustem Oumerov s'est imposé comme l'un des piliers du dispositif politique et diplomatique de Volodymyr Zelensky. Un parcours fulgurant qui attire l'attention au moment où il est entendu dans une affaire de corruption.
- Publié le 28-11-2025 à 09h15

Secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense (NSDC) depuis l'été 2025, Roustem Oumerov n'a jamais occupé une position aussi centrale dans l'appareil d'État ukrainien. Il est devenu l'une des figures incontournables de la scène politique nationale.
L'ancien ministre de la Défense, connu pour son rôle clé dans la réforme du système d'achats militaires, s'est vu confier certains des dossiers les plus complexes du pays. Son profil de réformateur pragmatique lui a permis de gravir les échelons et d'accroître son influence sur l'entourage présidentiel. Une réussite exceptionnelle pour ce musulman pratiquant issu de la minorité tatare de Crimée, dont la famille fut déportée par Staline en Ouzbékistan.
Ces derniers jours, il a notamment dirigé la délégation de Kiev lors des discussions exploratoires menées avec Moscou via la médiation des États-Unis pour tenter de conclure une paix, alors que l'Ukraine tente de consolider ses positions militaires tout en préservant le soutien de ses alliés. Interlocuteur régulier de Washington, Bruxelles ou Ankara, il s'est imposé comme l'un des principaux relais du président Zelensky dans les négociations diplomatiques les plus sensibles.
Un négociateur confirmé
Roustem Oumerov appartient à une génération dont le destin s'est confondu avec celui de l'Ukraine indépendante. De retour en Crimée à la fin des années 1980, il a suivi des études d'économie à Kiev et entamé une carrière dans les télécommunications, avant de cofonder en 2013 un fonds d'investissement, Astem. Dès cette époque, il combine son activité entrepreneuriale avec un engagement croissant au sein des instances représentatives des Tatars de Crimée.
Archétype du haut fonctionnaire moderne, Roustem Oumerov est passé avec aisance du monde des affaires à la conduite de dossiers liés à la souveraineté du pays. Cette ascension ininterrompue depuis près d'une décennie, il la doit à ses compétences techniques, ses réseaux internationaux et un sens aigu de la négociation.
Son entrée à la Rada (le Parlement ukrainien) en 2019, sous l'étiquette du parti Holos, lui a donné une visibilité nationale. Polyglotte, doté d'un réseau dense dans les milieux diplomatiques, il est rapidement devenu l'un des intermédiaires ukrainiens les plus actifs sur les dossiers humanitaires et sécuritaires. Pendant les premières années qui ont suivi l'invasion russe, il a participé aux efforts de négociation autour des échanges de prisonniers et pris part, avec la Turquie et l'Onu, aux discussions qui ont conduit à l'accord céréalier de la mer Noire.
Une réputation d'intégrité
En 2022, Volodymyr Zelensky lui a confié le Fonds de la propriété d'État, une institution essentielle pour les privatisations. Oumerov y supervise une série de ventes d'actifs publics jugées plus transparentes que les précédentes, et obtient alors les éloges d'ONG anticorruption pour avoir stabilisé un secteur régulièrement secoué par les scandales. Cette bonne réputation contribue à sa nomination comme ministre de la Défense en septembre 2023, dans un contexte marqué par des soupçons d'opacité dans les achats de matériel militaire.
Le nouveau ministre promet alors de réorganiser le système et défend la création d'une agence d'achats indépendante, alignée sur les standards de l'Otan. Mise en œuvre dans un environnement tendu, cette réforme lui vaut autant de soutiens que de résistances internes. Lorsqu'il est nommé au NSDC à l'été 2025, la présidence présente cette évolution comme une promotion destinée à renforcer la coordination des décisions politico-militaires.
Oumerov devient alors l'un des premiers artisans de la stratégie extérieure ukrainienne, multipliant les déplacements discrets dans plusieurs capitales et consolidant les liens avec les partenaires du Golfe, de l'Europe centrale et des États-Unis. Sa participation aux récents pourparlers exploratoires avec Moscou illustre la confiance que Zelensky place en lui.
Un témoin dans une enquête sensible
C'est précisément cette importance nouvelle qui explique l'attention portée à son nom lorsqu'il a été brièvement cité, fin novembre, dans le cadre de la vaste enquête anticorruption visant l'opérateur public du nucléaire Energoatom.
Roustem Oumerov a été entendu dans ce dossier ce mercredi 26 novembre par le Bureau national anticorruption (Nabu) en tant que témoin, sans qu'aucune accusation ne soit formulée à son encontre, son entourage soulignant qu'il s'agit d'une démarche "strictement procédurale". L'épisode suscite néanmoins des interrogations, tant l'homme incarne aujourd'hui les promesses de réforme de l'État ukrainien.
L'ampleur du retentissement médiatique autour de cette affaire a poussé le Centre de lutte contre la désinformation ukrainien à démentir des rumeurs affirmant qu'Oumerov aurait quitté le pays pour éviter d'être entendu, en précisant qu'il se trouvait en mission officielle.
Alors que le directeur du Nabu évoque la possibilité "de nouvelles inculpations", Roustem Oumerov demeure un témoin dans une enquête en cours ; son audition ne signifie aucunement qu'il a enfreint la loi. Mais si tel devait être le cas, ce serait un coup dur pour l'État ukrainien, au moment même où Kiev tente de démontrer à ses partenaires que la modernisation de ses institutions reste compatible avec la poursuite de la guerre.