"Le Congo, ça n'émeut personne?"
Vingt-cinq ans après, un rapport d'Amnesty international s'intéresse au massacre perpétré à Kisangani.

- Publié le 05-06-2025 à 07h38

Enfin ! Vingt-cinq ans après la guerre des six jours, qui a opposé les troupes rwandaises et ougandaises à Kisangani, actuelle capitale de la province de la Tshopo, en République démocratique du Congo (RDC), une ONG, Amnesty international, s'intéresse à ce drame, à l'impunité des acteurs et à l'abandon totale dans lequel se trouvent les survivants de cette guerre qui a fait des centaines de morts et des milliers de blessés.
Le titre du rapport, publié ce jeudi 5 juin, un quart de siècle jour pour jour après le début des affrontements entre ces deux armées étrangères dans la ville, est d'une limpidité absolue : "Le Congo, ça n'émeut personne ?"
À partir du 5 juin 2000, l'artillerie ougandaise et rwandaise a pilonné la ville, ciblant des zones civiles densément peuplées. Massacres de civils, viols, pillage systématique ont suivi.
Témoignages essentiels
Pour réaliser ce document, Amnesty international a rencontré de nombreux survivant(e) s, des membres de la société civile et des acteurs de la justice. Tous soulignent l'absence totale de volonté des pouvoirs congolais successifs de faire la lumière sur les faits et les responsabilités. Pas la moindre enquête. Pas le moindre procès.
Les tribunaux de la RDC n'ont engagé aucune procédure en justice et, "la Cour pénale internationale (CPI) n'étant pas compétente pour les crimes commis en RDC avant 2002, les personnes soupçonnées de porter une responsabilité pénale dans ces crimes n'ont jamais été poursuivies ni punies", explique le teste de l'ONG.
"Il est absolument inacceptable que, pendant 25 ans, pas une seule personne n'ait été amenée à répondre des crimes perpétrés à Kisangani, pas une", explique Tigera Chagutah, directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe. Cette impunité totale "a alimenté une spirale de la violence en RDC, qui a impliqué des acteurs, des armes et des souffrances similaires. […] Il incombe aux autorités judiciaires congolaises d'ouvrir des enquêtes et, s'il existe suffisamment de preuves recevables, de poursuivre les personnes soupçonnées d'être responsables des crimes", poursuit-il.
En 2022, la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné à l'Ouganda de verser des réparations, à l'issue d'une procédure engagée par la RDC contre les deux pays belligérants. Mais la CIJ n'était pas compétente pour le Rwanda.
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