Les Tshisekedi ou l'étonnant train de vie d'une famille qui vivait "modestement" chez nous
Une plainte a été déposée à Bruxelles contre la famille Tshisekedi. Elle cible neuf membres du clan présidentiel pour le pillage des sites miniers dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba.

- Publié le 08-07-2025 à 06h41
- Mis à jour le 08-07-2025 à 06h42

"La famille Tshisekedi a longuement vécu en Belgique dans des conditions modestes, bénéficiant de l'aide sociale de l'État belge", explique un des plaignants qui pointe la "capacité de la Belgique à fermer les yeux sur les excès de ces gens depuis qu'ils ont réussi à décrocher la présidence de la République".
Plusieurs témoins de la "mutation" de la famille Tshisekedi rappellent la campagne présidentielle de 2018, "menée en compagnie de son colistier Vital Kamerhe".
Les deux hommes, après avoir apposé leur signature, le 11 novembre 2018 à Genève, sous le document du Rassemblement de l'opposition congolaise, qui désignait Martin Fayulu comme le candidat unique de l'opposition, avaient annoncé le lendemain qu'ils reprenaient leurs signatures avant de lancer, quelques jours plus tard, au Kenya, leur plateforme politique commune (Cach – Cap pour le Changement). Le début d'une campagne électorale à bas coût. "Personne n'a oublié les images des couples Tshisekedi et Kamerhe entassés dans un petit avion", se souvient un acteur politique de Kinshasa.
Jackpot
Quelques mois plus tard, après une victoire présidentielle dictée par le président sortant Joseph Kabila qui ne voulait pas de Martin Fayulu comme successeur, le décor change du tout au tout. Finies les carlingues étriquées. C'est l'heure pour Félix Tshisekedi des avions privés, des razzias sur les hôtels bruxellois flanqués d'une cour d'experts plus nombreuse que la délégation de la Maison-Blanche. À Bruxelles, les enseignes huppées de l'avenue Louise voient arriver avec plaisir ces délégations congolaises qui dépensent sans compter.
Jusqu'à cette location d'une villa cossue dans une des artères les plus chères d'une commune du sud de Bruxelles.
Décalage
La plainte épingle notamment ces dépenses sans commune mesure avec le salaire d'un Félix Tshisekedi qui aime répéter qu'il ignore le montant de sa rémunération.
Son ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, a expliqué que le chef de l'État dispose d'un salaire mensuel de 17 000 dollars, alors que le loyer de la villa bruxelloise s'élève à 20 000 €.
Ce qui permet aux plaignants de brandir une enquête journalistique qui pointe un "décalage" […] d'autant plus suspect que "plusieurs centaines de millions de dollars […] ont transité sur des comptes offshore à Maurice, à Dubaï, au Cap-Vert, soupçonnés d'alimenter ce niveau de vie. Cet indice est important car il révèle l'opacité dans laquelle se meut le niveau de vie du Président et des membres de sa famille".
Plaintes à gogo en Belgique
De la séquestration de Salomon Kalonda et Franck Diongo au meurtre de Chérubin Okende
Le 13 juillet 2023, Alexis Deswaef, avocat au barreau de Bruxelles et vice-président de la Ligue des droits humains, déposait plainte en Belgique contre le général Christian Ndaywell, qui dirigeait alors le service de renseignement militaire congolais (Demiap). L'homme, devenu chef d'État-major de la Force terrestre en décembre 2024, a obtenu la nationalité belge en 2005 ce qui justifie la démarche. Quelques mois plus tard, d'autres plaintes seront déposées contre le même général, dans le dossier de l'assassinat de l'opposant Chérubin Okende, pour la séquestration et la torture de Franck Diongo, un leader politique.
Le même général sera aussi cité, sans qu'une plainte ne soit déposée jusqu'ici, dans l'arrestation et la détention de l'expert militaire belge Jean-Jacques Wondo. Maître Maingain, que l'on retrouve derrière la plainte contre les membres de la famille Tshisekedi, connaît bien l'ex-patron de la Demiap contre lequel il a aussi introduit des plaintes, notamment pour la séquestration d'une ressortissante américaine, Gisèle Busima ou pour la mort en détention du major Thomas Ndizeye.