Négociation, pacte social, table ronde, beaucoup parlent d'une paix introuvable au Congo
Les évêques ont déposé la nouvelle mouture de leur pacte social, alors qu'un projet de dialogue s'ébauche en Afrique du Sud.

- Publié le 28-08-2025 à 21h06

"Tout le monde a son idée pour arriver à la paix en République démocratique du Congo mais, chez nous, dans l'est du pays, la paix n'est qu'un mot abstrait", explique Serge Bahati, un habitant de Bukavu, joint par téléphone ce jeudi 28 août. L'homme, exaspéré, évoque ce qu'il appelle les "différents dialogues qui ne servent à rien".
"Il y a l'initiative de l'Union africaine dont plus personne ne parle, il y a des discussions au Qatar, à Washington", énumère de son côté un ancien responsable du renseignement congolais désormais en exil. "Les catholiques, les protestants et certaines églises du réveil ont leur pacte et, aujourd'hui, on apprend qu'une table ronde devrait s'ouvrir en Afrique du Sud, plus personne ne s'y retrouve".
Les rebelles incontournables ?
Pour Bob Kabamba, politologue à l'Université de Liège et grand spécialiste de la région, "l'axe de la tentative de résolution du conflit a évolué au fil du temps et surtout des avancées des rebelles sur le terrain. Dans un premier temps, les négociateurs se sont focalisés sur l'aspect pays. Il était alors question de trouver une solution entre la RDC et le Rwanda".
Bob Kabamba rappelle notamment les tentatives de conciliation entre les présidents Tshisekedi et Kagame sous la tutelle du chef d'État angolais joao Lourenço. "Comme le conflit s'est enlisé, que les rebelles ont avancé, la dimension interne s'est imposée. Aujourd'hui, plus personne ne songe à esquiver l'AFC/M23 dans un quelconque processus de paix", poursuit l'universitaire. "Les évêques catholiques et les protestants ont, eux, fait entrer l'opposition non armée dans le cercle des gens qui doivent se retrouver autour dans un processus qui parle de paix". Une invitation lancée aux cadors de la politique congolaise qui ne plaît guère au pouvoir en place à Kinshasa, selon l'universitaire. "La présidence de la République ne veut pas de négociation avec certains acteurs politiques", enchaîne-t-il en songeant à l'ancien présiden Joseph Kabila ou à l'ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi. "C'est pour cette raison que Kinshasa a traîné des pieds quand les évêques catholiques l'ont sollicité avec leur projet de Pacte social". Un pacte que les catholiques et les protestants n'ont pas enterré. Mais pour qu'il puisse survivre, ils ont dû y intégrer des églises du réveil, plutôt sensibles aux arguments de la présidence. Sans oublier le rôle désormais dévolu au conseiller en matière de sécurité de la présidence Eberande Kolongele qui avait déjà entamé de son côté un travail qui visait à mettre sur pied une table ronde intercongolaise avec un panel majoritairement favorable au pouvoir en place.
Le projet retravaillé des évêques semble mieux épouser l'approche du pouvoir congolais. "Félix Tshisekedi est remis au centre du jeu", lance un ambassadeur africain. "Le projet a perdu de sa consistance", pense un opposant congolais.
Tous les acteurs, Congolais ou non, reconnaissent qu'un processus de paix, s'il veut aboutir en RDC, doit intégrer les questions de la représentation interne mais aussi régionale et internationale.
Une paix multidimensionnelle
"Dans les Grands lacs, vous êtes dans un espace où la dimension régionale est incontournable. La paix en RDC ne peut se concevoir sans une paix avec les voisins. Ce qui rend tout processus très complexe", explique Bob Kabamba pour qui l'arrivée du projet de dialogue lancé par la Fondation Thabo Mbeki, du nom de l'ancien président sud-africain, qui a gardé une vraie aura en Afrique australe, "vise aussi à faire pression sur le président Tshisekedi". Les discussions en Afrique du Sud devraient se dérouler du 3 au 6 septembre et évoquer la paix et la sécurité en RDC et dans la région.
De nombreuses invitations ont été lancées aussi bien au pouvoir qu'à l'opposition politique, la société civile ou l'opposition armée. Pour l'instant, difficile de prévoir qui sera autour de la table. "Les principaux opposants, comme Joseph Kabila ou Moïse Katumbi devraient se faire représenter", selon différents interlocuteurs. "Ils ont compris que la politique de la chaise vide ne rapporte rien. Il faut surtout voir si la présidence congolaise sera représentée et à quel niveau ?", interroge l'ancien ambassadeur.
Cela bloque à Doha et Washington
Aujourd'hui, les seules négociations en cours sont celles de Doha, au Qatar, entre le pouvoir congolais et l'AFC/M23. "Mais c'est paralysé, explique Bob Kabamba. "On en est toujours aux mesures de décrispation comme la libération des prisonniers par Kinshasa. La communauté internationale tente de faire pression. Le directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est passé par Kinshasa pour tenter de faire avancer le dossier mais il n'a obtenu que des réponses évasives", explique en substance l'universitaire qui met aussi en avant "le réquisitoire contre Joseph Kabila accusé d'être le vrai moteur de l'AFC/M23. Comment voulez-vous parler de décrispation en demandant la peine de mort pour son rôle présumé dans la rébellion. Le blocage est à Kinshasa et il persiste". Le surplace à Doha n'est pas non plus sans conséquence sur les négociations entre le Rwanda et la RDC à Washington. "Doha et Washington sont liés et on ne peut pas parler de traité de paix signé à Washington puisque le texte paraphé par Kinshasa n'a toujours pas été ratifié par le parlement congolais. La rentrée parlementaire est prévue le 15 septembre, il sera très intéressant de voir les points à l'ordre du jour", conclut Bob Kabamba.