La justice militaire a requis la peine de mort contre Joseph Kabila
La partie civile réclame 21 milliards de dollars à l'ex-chef d'État.

- Publié le 22-08-2025 à 22h07
- Mis à jour le 23-08-2025 à 12h01

Les avocats de la partie civile mandatés par le pouvoir congolais réclament plus de 21 milliards de dollars de dommages et intérêts et la saisie des comptes bancaires de l'ancien président joseph Kabila poursuivi devant la haute cour militaire pour massacres, pillages, attaques armées, tortures, viols…
Une panoplie de crimes qui sont attribués aux membres du mouvement rebelle AFC/M23 dont Joseph Kabila serait le véritable moteur selon l'accusation qui reprend l'argumentaire développé depuis de longs mois par le pouvoir en place à Kinshasa.
Dans leurs exposés, les avocats des parties civiles ont soutenu que les actes posés par l'ancien Chef de l'État, en soutien à l'armée rwandaise et aux rebelles du mouvement AFC/M23 du coordonnateur Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante, dans la déstabilisation de l'Est "ont causé d'énormes préjudices, notamment sur le plan matériel, corporel, financier". Ils ont pris le temps d'énumérer : les meurtres des populations, les pillages des ressources naturelles, la perte des recettes pour l'État, les destructions et dégradations, les viols etc.
Les 21 milliards de dollars demandés le sont en compensation de ces actes posés par Kabila et ses prétendus affidés. La partie civile exclut de ce montant le coût des vies humaines perdues et se réserve la possibilité de présenter une prochaine facture pour ces crimes à l'ancien président de la république (2001-2019), absent des débats.
Kabila, le Rwandais ?
Les parties civiles ont aussi longuement contesté jeudi la nationalité et l'identité de l'ancien président congolais qu'ils ont présenté comme "un sujet rwandais".
Ils ont expliqué devant la Haute cour militaire que l'identité du prévenu aurait été falsifiée par l'ancien gouverneur du Katanga (2001 à 2004) et ancien ministre de la défense (2019-2022) Ngoy Mukena, qui lui aurait attribué le nom de Kabange, alors qu'il s'appellerait en réalité Hyppolite Kanambe.
Sur base de cette argumentation, la partie civile a demandé la déchéance de la nationalité congolaise et que l'accusation de "trahison" soit requalifiée en "espionnage".
Lors de l'audience introductive, le ministère public avait pourtant présenté Joseph Kabila comme un Congolais, fils de Laurent-Désiré Kabila et de Madame Sifa.
Procès politique
Dans les rangs des proches de l'ancien président de la République, beaucoup évoquent un "procès politique". Le secrétaire général de son parti, le PPRD, Ramazani Shadary, candidat malheureux à la présidentielle de 2018, a expliqué que l'objectif de toute cette procédure est "d'écarter un acteur politique majeur de l'opposition congolaise à la place d'une démarche qui devait plutôt privilégier la recherche de la paix et de la cohésion nationale".
Ce vendredi, dans son réquisitoire, l'auditeur général des Forces armées congolaises, le lieutenant-général Likulia Bakumi, se basant sur les aveux d'Erik Nkuba, un ancien collaborateur de Corneille Nangaa arrêté en Tanzanie, transféré à Kinshasa et condamné à mort, a accusé Joseph Kabila d'avoir "sollicité le Rwanda pour orchestrer un coup d'État pour renverser Félix Tshisekedi sans chercher à l'assassiner".
Comme attendu, le procureur a ensuite réclamé la peine de mort contre l'ex-chef d'État congolais.