Qui est Mark Carney, le prochain Premier ministre du Canada ?
Le successeur de Justin Trudeau, porté dimanche à la tête du Parti libéral au pouvoir, est un grand banquier atypique. Expert des crises internationales, il est convaincu de l'enjeu climatique et écologique.

- Publié le 10-03-2025 à 18h37

"Autant me demander pourquoi je ne deviendrais pas un clown de cirque", avait répondu Mark Carney à un journaliste qui l'interrogeait, en 2012, sur une éventuelle ambition politique. Le banquier, qui aura 60 ans le 16 mars, a finalement franchi le pas avec pour objectif, non pas d'amuser, mais de rassurer la galerie. Le Parti libéral du Canada l'a triomphalement élu à sa direction, dimanche, avec 85 % des voix, faisant de lui le prochain Premier ministre du pays dès qu'il aura formé son cabinet et prêté serment. Il succédera à Justin Trudeau qui, victime de son impopularité, avait démissionné, le 6 janvier.
Ce fils d'enseignants poursuit ainsi une carrière a priori improbable. Mark Carney est né à Fort Smith, une petite ville des Territoires du Nord-Ouest, loin, très loin des grandes métropoles canadiennes, quand bien même il a vécu ensuite à Edmonton, dans l'Alberta. Nanti d'une bourse, il a étudié l'économie à Harvard, avant de faire un doctorat à Oxford. Après treize années chez Goldman Sachs, de Toronto à New York, de Londres à Tokyo, et un bref passage par le ministère canadien des Finances, il a dirigé, de 2008 à 2013, la Banque du Canada, puis, jusqu'en 2020, la Banque d'Angleterre, vénérable institution qu'il a modernisée.
Mark Carney n'a pas de carrière politique – il est le premier chef de gouvernement canadien à n'avoir pas été parlementaire ou ministre. Mais il a, en revanche, une solide expérience des crises internationales – il a été en première ligne lors de la débâcle financière de 2008 comme lors du Brexit. Cela fait de lui un Premier ministre idéal en ces temps de guerre commerciale avec les États-Unis. Tant et si bien qu'il pourrait, sous peu, mener les libéraux à la victoire aux législatives, une majorité de Canadiens lui faisant davantage confiance qu'au chef de file des conservateurs, Pierre Poilievre.
Convaincu, comme son épouse, Diana Fox, une économiste engagée, de l'importance des enjeux écologiques, Mark Carney a été envoyé spécial de l'Onu pour le climat. Catholique, père de quatre filles, ce marathonien accompli se flatte de ses talents de négociateur, mais sait aussi montrer les dents. "Les Américains veulent nos ressources, notre eau, notre terre, notre pays", s'est-il indigné dimanche. Mais, a-t-il promis, "dans le commerce comme au hockey, le Canada gagnera".