Encore un ancien président péruvien derrière les verrous
Ollanta Humala a été condamné à 15 ans de prison ferme pour blanchiment.

- Publié le 17-04-2025 à 17h01

Le couperet est tombé. L'ancien président Ollanta Humala, 62 ans, a été condamné à 15 ans de prison ferme pour blanchiment d'argent dans le cadre du scandale de corruption lié au géant brésilien du BTP Odebrecht. Ses avocats ont immédiatement annoncé qu'ils allaient interjeter appel de la décision.
Une prison, trois ex-présidents
Cette condamnation d'un ancien chef de l'État, prononcée plus de trois ans après le début du procès contre l'ex-président de gauche qui a gouverné le pays de 2011 à 2016, n'est pas une première dans ce scandale au Pérou. En effet, Alan Garcia (2006-2011) s'est suicidé en 2019 avant d'être arrêté, et Alejandro Toledo (2001-2006) a été condamné en 2024 à plus de 20 ans de prison pour avoir reçu des millions de dollars de pots-de-vin en échange de marchés publics. Le procès de Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018), lui, n'a pas encore commencé.
Ollanta Humala, qui a comparu libre, a été arrêté dès le prononcé de sa peine et emmené dans une petite prison située dans une base de la police dans l'est de Lima, où sont déjà enfermés les ex-présidents Alejandro Toledo et Pedro Castillo.
Le scandale d'un continent
Selon le ministère américain de la Justice, la société de construction brésilienne Odebrecht a distribué pendant plus d'une dizaine d'années au moins 788 millions de dollars dans une dizaine de pays latino-américains pour remporter des marchés publics.
La société, de son côté, a reconnu qu'elle a versé 29 millions de dollars de pots-de-vin au Pérou entre 2005 et 2014.
L'épouse du président Humala, Nadine Heredia, absente du procès, a également été condamnée à 15 ans dans ce dossier Odebrecht qui avait déjà valu un passage de neuf mois par la case prison à l'ancien couple présidentiel en 2017-2018. Tous deux ont été reconnus coupables d'avoir reçu un financement illégal de trois millions de dollars de la part d'Odebrecht lors de la campagne électorale qui avait conduit M. Humala au pouvoir en 2011.
La juge a ordonné l'arrestation immédiate de Madame Heredia mais l'ex-première dame du Pérou s'est réfugiée à l'ambassade du Brésil avec son fils mineur pour y demander l'asile. Après des pourparlers avec le gouvernement brésilien, un sauf-conduit leur a été accordé pour qu'ils puissent quitter le pays.
Nadine Heredia a été mise en cause par l'ancien dirigeant d'Odebrecht au Pérou, le brésilien Jorge Barata, qui a confié aux enquêteurs péruviens lui avoir remis personnellement l'argent.
Le couple Humala a également été reconnu coupable d'avoir détourné, au cours de la campagne de 2006, environ 200 000 dollars envoyés par le président vénézuélien de l'époque, Hugo Chavez, par l'intermédiaire d'une société de ce pays.
Le parquet avait requis 20 ans de prison contre Ollanta Humala et 26 ans contre son épouse, également accusée d'avoir dissimulé des fonds pour des "achats de biens immobiliers avec l'argent d'Odebrecht".
Le couple a nié au cours du procès avoir reçu de l'argent de M. Chavez ou d'une quelconque entreprise brésilienne.