Affaire Epstein : le dossier Epstein, enfin rendu public, mettra-t-il fin aux suspicions ?
Une loi votée par le Congrès il y a un mois impose au ministère de la Justice la divulgation complète, ce 19 décembre, de l'intégralité des dossiers sur le délinquant sexuel et son ex-compagne Ghislaine Maxwell.

- Publié le 19-12-2025 à 14h47
- Mis à jour le 26-02-2026 à 09h16

La saison 2025 de la sordide et sinistre affaire Jeffrey Epstein aura suivi son cours médiatico-politique jusqu'au bout. Le 19 décembre est en effet la date butoir fixée au ministère américain de la Justice pour rendre publics ses dossiers sur le délinquant sexuel et riche financier Jeffrey Epstein, retrouvé mort, pendu, en prison le 10 août 2019. Mais, vendredi, les fonctionnaires du ministère de la Justice s'empressaient encore de censurer des milliers de pages de documents, selon la chaîne CNN. Les avocats du ministère doivent, en effet, veiller à la protection des victimes ainsi qu'à d'autres exigences juridiques.
Le suicide de Jeffrey Epstein – selon la version officielle – alimente des théories du complot selon lesquelles il aurait été assassiné pour étouffer un scandale éclaboussant des personnalités de premier plan. Donald Trump lui-même, et nombre de ses partisans, ont notamment suggéré l'implication du couple Clinton dans les crimes d'Epstein. Plus de six ans après sa mort, Epstein reste une obsession pour les Américains, comme l'a résumé le New York Times Magazine, dans une récente nouvelle enquête sur les origines douteuses de sa fortune, "amassée grâce à des escroqueries, des vols et des mensonges".
Pourquoi le dossier est-il rendu public maintenant ?
En 2024, Donald Trump avait fait campagne avec pour promesse de publier le dossier Epstein. De retour à la Maison-Blanche, il a exhorté sa base à tourner la page mais le président américain, acculé par le Congrès et une frange de l'opinion, a finalement été contraint de tenir son engagement.
Le 18 novembre, la chambre des Représentants et le Sénat, dans un vote bipartisan à une remarquable majorité de 427 pour contre un non, ont adopté en effet une loi dans ce sens. Signée le lendemain par le Président, elle oblige le département de la Justice à publier ses dossiers sur Epstein et sa compagne et complice de longue date, Ghislaine Maxwell.
Mal pris, Donald Trump, un temps proche de Jeffrey Epstein dans les années 1990, nie pour sa part avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure s'être brouillé avec lui au début des années 2000, bien avant qu'il ne soit inquiété par la justice.
Quels sont les derniers rebondissements ?
Deux nouveaux épisodes se sont ajoutés à cette saga ce jeudi 18 décembre. Les élus démocrates du Congrès, membres de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, ont rendu public un nouveau lot de 68 photos, extraites des quelque 95 000 clichés obtenus sur mandat.
Le même jour, le Royaume-Uni a pour sa part annoncé avoir nommé le diplomate Christian Turner comme ambassadeur aux États-Unis en remplacement de Peter Mandelson, limogé en raison de ses liens avec Epstein. Nommé en décembre 2024, ce cacique du Parti travailliste, homme de réseau et d'influence, a été démis de ses fonctions en septembre, à la suite de la publication de courriels démontrant sa proximité avec le délinquant sexuel.
La démission du n° 2 du FBI
La rumeur que Donald Trump a lui-même entretenue empoisonne son Administration depuis le mois d'août. Le directeur adjoint du FBI, Dan Bongino, a ainsi annoncé, mercredi, qu'il démissionnerait de ses fonctions le mois prochain. Cet ancien policier, célébrité de la sphère médiatique conservatrice, a longtemps critiqué dans son podcast la gestion du FBI et a soutenu les théories du complot liées à l'affaire Epstein ou à l'assaut sur le Capitole du 6 janvier 2021.
Lui qui avait suggéré que le gouvernement cachait des informations sur Epstein, a finalement été forcé d'admettre, après avoir vu "l'intégralité du dossier", que l'ex-financier et délinquant sexuel "s'est suicidé". En juillet dernier, Bongino avait eu, toutefois, un échange tendu avec la ministre de la Justice Pam Bondi, à la suite de l'annonce soudaine par le FBI et le ministère de la Justice qu'ils ne divulgueraient aucun document issu de l'enquête sur Epstein.
Dans le récent portrait que lui a consacré Vanity Fair, Susie Wiles, la cheffe de cabiner de Donald Trump, reproche à la ministre de la Justice, Pam Bondi, sa gestion chaotique de l'affaire Epstein. Mais elle assure que si Trump figure dans les dossiers – "nous le savons" – "il ne figure pas dans le dossier pour des actes répréhensibles."
Que montrent les dernières photos révélées ?
Les photos publiées ce jeudi montrent Epstein en compagnie de diverses personnalités, notamment Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump ; l'intellectuel de gauche Noam Chomsky ; le réalisateur Woody Allen ou le milliardaire Bill Gates. Sur d'autres clichés, Epstein est à bord d'un jet privé, en compagnie d'une jeune femme non identifiée. D'autres images montrent des passeports et cartes d'identité de femmes ukrainiennes, russes, ou encore sud-africaines aux noms et photos d'identité masqués.

Ce lot contient aussi des photos en gros plan de citations du célèbre roman Lolita de Vladimir Nabokov, récit à la première personne de l'obsession d'un homme pour une adolescente de 12 ans, griffonnées à l'encre noire sur le corps d'une femme — poitrine, pied, cou et dos ainsi que la capture d'écran d'une conversation par SMS concernant l'envoi de filles à une personne identifiée comme "j", moyennant mille dollars chacune.

La semaine dernière, les élus démocrates avaient déjà publié de nombreuses images, incluant notamment Donald Trump et l'ancien président Bill Clinton, ou encore l'ex-prince britannique Andrew. Steve Bannon et Woody Allen y figuraient déjà également, de même que Bill Gates et Richard Branson, fondateur du groupe Virgin. La commission n'a cependant formulé aucune accusation à l'encontre des personnalités apparaissant sur ces photos, justifiant leur publication par le droit à la transparence envers le peuple américain.
Mais les théories du complot ont la vie dure. Si ces dossiers, une fois rendus publics, ne devaient rien révéler de neuf, il se trouvera toujours des ardents pour assurer que la vérité a été soustraite. Pour Susie Wiles, la cheffe de cabinet de Donald Trump, ceux parmi les électeurs du Président qui s'intéressent à l'affaire sont "les nouveaux membres de la coalition Trump", qui écoutent les podcasts des influenceurs de la droite ultra, comme Joe Rogan.
L'opposition s'inquiète pour sa part d'une possible manipulation du dossier avant sa publication. Deux sénateurs démocrates ont ainsi réclamé dans une lettre ouverte à l'inspecteur général du ministère de la Justice un "audit indépendant" pour garantir que rien n'ait été "ni manipulé ni dissimulé".