Ce nouveau scandale lié à l'affaire Epstein va-t-il déstabiliser Donald Trump? "Il a joué avec le feu et ne s'attendait pas à cela"
De nouveaux documents liés à l'affaire Epstein relancent la polémique aux États-Unis. Des médias américains affirment que des éléments mentionnant Donald Trump n'auraient pas été publiés, une situation qui pourrait avoir certaines répercussions politiques, analyse le politologue Simon Desplanque.

- Publié le 26-02-2026 à 20h19
- Mis à jour le 27-02-2026 à 10h22

Les dossiers Epstein ne cessent de faire parler d'eux au fur et à mesure de la publication des documents liés au prédateur sexuel américain et de leur analyse. Mais la dernière polémique en date concerne les documents qui n'ont pas été publiés.
Les médias américains CNN et NPR dévoilent que certains fichiers mentionnant le président américain Donald Trump auraient été dissimulés par le ministère de la Justice (DoJ). Il s'agirait de notes et transcriptions d'interrogatoires du FBI avec une femme qui accusait, en 2019, Jeffrey Epstein d'avoir abusé d'elle depuis ses 13 ans. Elle affirmait également que Donald Trump l'avait agressée sexuellement dans les années 80, alors qu'elle était mineure.
Ce n'est pas la première fois que le caviardage des dossiers Epstein par le ministère américain de la Justice est pointé du doigt. De larges passages sont noircis, sans que la raison ne soit établie. Une loi a pourtant été votée pour exiger que le procureur général des États-Unis "rende accessible au public, dans un format consultable et téléchargeable" tous ces dossiers.
L'occultage de nombreux noms est une problématique centrale, selon Simon Desplanque, professeur invité en sciences politiques à l'UCLouvain : "Pourquoi est-ce aux journalistes d'enquêter sur les dossiers Epstein et pas au ministère de la Justice ? Donald Trump entend montrer par ses actes et ses déclarations que c'est son gouvernement, c'est lui qui dirige et les institutions n'ont qu'à suivre le pas".
"Il y a un paradoxe énorme dans cette affaire"
Le président américain est mentionné des milliers de fois dans les dossiers Epstein et d'anciennes relations sociales entre Donald Trump et le prédateur sexuel sont établies. "Il y a un paradoxe énorme dans cette affaire. Donald Trump a utilisé l'affaire Epstein dès le début de son engagement politique. Il a joué avec le feu et ne s'attendait pas à ce que cela rebondisse au coin de sa figure", analyse Simon Desplanque. "C'est très symptomatique de Trump : il pense au jour le jour, sans réfléchir au moyen ou au long terme".
Les élus démocrates affirment avoir enquêté sur le travail du FBI autour de ces accusations et disent "pouvoir confirmer que le ministère de la Justice semble avoir illégalement retenu des interrogatoires du FBI" avec la victime présumée. "C'est la plus grande opération de dissimulation du gouvernement dans l'histoire moderne […] Nous exigeons des réponses", martèlent-ils sur X.
Le ministère a, tout d'abord, soutenu sur X que "RIEN (n'avait) été supprimé", avant de publier un communiqué précisant que les fichiers sont passés en revue et que "si un document s'avère avoir été mal classé lors du processus d'examen et qu'il répond aux critères de la loi, le ministère le publiera bien sûr".
Quelles conséquences pour Donald Trump ?
L'affaire pourrait, en tout cas, nuire à Donald Trump. "Il ne pourra pas toujours retourner la vapeur en disant qu'il y a un complot des démocrates. Ce serait une sacrée pirouette. Donald Trump est doué pour retourner sa veste, mais cela commence à se voir". Le DoJ a d'ailleurs réagi aux accusations des démocrates en les exhortant à "cesser de tromper le grand public en fabriquant de l'indignation de la part de leur base radicale anti-Trump".
Bien qu'"une partie de sa base va lui être fidèle à jamais", une autre risque de se détourner de Donald Trump : "Il promettait de faire la révélation sur cette affaire de 'cavale pédo-sataniste'. Cet électorat-là peut déjà faire défection. On voit déjà qu'une figure comme Marjorie Taylor Greene, il y a quelques mois, a dénoncé l'attitude de Trump dans ce dossier".
La cote de popularité de Donald Trump est scrutée de près à l'approche des élections de mi-mandat. Selon les derniers sondages, près de 60 % des Américains désapprouvent la politique de leur président. Simon Desplanque rappelle par ailleurs que d'autres enjeux importants risquent de faire pencher la balance le jour des élections : la situation économique "qui n'est pas du tout au beau fixe aux États-Unis" et la potentielle intervention militaire en Iran. "Très clairement, il pourrait y avoir une remontada des démocrates".
Simon Desplanque est toutefois catégorique : même si les accusations portées contre Donald Trump devaient être confirmées, la destitution "n'est clairement pas à l'ordre du jour" et est un scénario "impossible". Il faudrait un vote à la majorité simple à la Chambre, un procès et deux tiers de votes au Sénat. "On est dans un climat politique tellement polarisé que, quand bien même il y aurait des éléments accablants à charge de Trump, j'imagine mal des républicains tirer la prise et voter aux côtés des démocrates pour destituer Donald Trump."