Vucic-Orban, une amitié stratégique
Rien ne semble pouvoir les séparer.

- Publié le 03-04-2022 à 12h04
- Mis à jour le 04-04-2022 à 21h35

Depuis plusieurs années déjà, le régime d'Aleksandar Vucic sait qu'il peut compter sur le soutien indéfectible de la Hongrie de Viktor Orban dans les institutions européennes. Le maître de Budapest a aussi affiché son soutien aux velléités sécessionnistes de Milorad Dodik, le dirigeant nationaliste serbe de Bosnie-Herzégovine.
Entre Vucic et Orban, l'alliance s'est d'abord nouée dans les plaines fertiles de la Voïvodine, dans le nord de la Serbie, où vit toujours une importante minorité hongroise. Ici, l'Alliance des Magyars de Voïvodine (SVM) règne sans partage, après avoir éliminé tous ses concurrents. Le SVM est allié au SNS tant au niveau du gouvernement national qu'à celui de la province autonome de Voïvodine. La communauté est traditionnellement estimée à 400 000 personnes, elle a été beaucoup réduite par l'émigration, mais nombre de Hongrois installés à Budapest reviennent voter au pays à chaque élection. En fait, ils disposent presque tous de la double citoyenneté, et un Hongrois de Voïvodine, élu sur la liste du Fidesz, siège même au Parlement européen. Cette année, les deux dirigeants ont encore fait campagne commune à Újvidék (Novi Sad) et Szabadka (Subotica) : "Viktor Orban représente le seul véritable modèle politique d'Aleksandar Vucic", estime Aleksandar Popov, du Centre pour le régionalisme, une ONG indépendante de Novi Sad.
Mariage de raison
Ce mariage de raison repose sur des intérêts mutuels bien compris : Belgrade peut compter sur la bienveillance du commissaire européen à l'Élargissement, le Hongrois Oliver Varhelyi, tandis que Belgrade partage avec Budapest une approche "ferme" de la question des migrations le long de la "route des Balkans". Viktor Orban a également besoin d'alliés régionaux pour faire contrepoids à son relatif isolement européen. Enfin, outre leur proximité idéologique, de puissants intérêts économiques unissent les deux hommes. Une ligne ferroviaire à grande vitesse va bientôt relier les deux capitales, qui ont fait le choix stratégique d'ouvrir en grand les portes de la région aux capitaux chinois. Face à cela, les traditionnelles revendications hongroises sur les territoires irrédents, attribués à la Serbie après la Première Guerre mondiale, pèsent bien peu.Jean-Arnault Dérens