À quoi vont ressembler les cent premiers jours d'Emmanuel Macron ?
Le président a été réinvesti lors d'une cérémonie officielle ce 7 mai à l'Élysée.
- Publié le 09-05-2022 à 09h22

On ne peut pas être dans un pays où la campagne dure deux ans et une présidence se réduit à cent jours !" Cette phrase, c'est Emmanuel Macron lui-même qui l'a prononcée, en 2017, quelques jours avant son élection. Cela ne l'avait pas empêché de proposer un calendrier millimétré pour ses trois premiers mois à la présidence de la République, dans la veine de Franklin Roosevelt. Dès son arrivée au pouvoir en 1933, le président des États-Unis avait lancé un train de mesures très fortes pour faire sortir l'Amérique de la grande dépression. Selon lui, les 100 premiers jours au pouvoir devaient marquer le succès du nouveau chef de l'État.
Mais cette fois, impossible pour Emmanuel Macron, tout juste réinvesti lors d'une cérémonie officielle ce 7 mai, de démarrer sur les chapeaux de roues comme il y a cinq ans. "Il doit attendre les résultats des législatives pour s'engager dans une politique bien définie, estime Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et au Cevipof. Tant qu'il n'a pas de majorité à l'Assemblée, il se trouve dans une situation précaire. Il paraît difficile d'engager des réformes de fond avant le mois de juin. Il profitera certainement de l'été pour les lancer."
"Aucun état de grâce"
Au risque de laisser filer l'état de grâce dont les nouveaux chefs d'État sont censés bénéficier au début de leur mandat ? "Croyez-moi, il n'aura aucun état de grâce, assure le politologue. À gauche comme à droite, chez les syndicats, les gilets jaunes, les étudiants, il y a un potentiel contestataire extrêmement puissant. La situation sera compliquée pour Emmanuel Macron, qui ne démarre pas ce nouveau quinquennat avec un grand crédit. Il a été réélu sans enthousiasme populaire et beaucoup d'électeurs restent sur leur faim. D'ailleurs, le soir de sa réélection, il n'y a pas eu de grande fête. Il y a en plus une inflation des demandes sur le terrain et une attente de changements concrets." Pas question donc d'entamer ce nouveau quinquennat sabre au clair comme en 2017 avec la loi de moralisation de la vie publique et les ordonnances travail. "Pas de brutalité dans un pays divisé", a promis le président sortant durant sa campagne.
Pour autant, le Président n'a pas l'intention de regarder les mouches voler à l'Élysée. En dehors même des réformes prévues, le rythme de ses cent premiers jours devrait être soutenu. À l'agenda : le choix du Premier ministre pour remplacer Jean Castex, l'annonce du gouvernement, des déplacements à l'étranger, sans oublier les deux derniers mois de présidence française du Conseil de l'Union européenne et la guerre en Ukraine…
Pouvoir d'achat, école, retraites…
Parmi les réformes à lancer avant l'automne, la toute première devrait concerner le pouvoir d'achat. Début avril, sur le plateau de TF1, Emmanuel Macron avait pointé cette thématique comme l'une de ses priorités. Il devrait ainsi maintenir un bouclier sur le prix du gaz et de l'électricité et confirmer une ristourne à la pompe. Il devrait en outre instaurer dès l'été des allégements de charges pour les indépendants et augmenter les pensions de retraite et les minima sociaux en fonction de l'inflation. Cette grande loi sur le pouvoir d'achat serait également l'occasion d'intégrer une partie des promesses de campagne comme la revalorisation du point d'indice des fonctionnaires, le triplement de la prime dite Macron ou encore le "chèque alimentation" pour les 8 millions de Français les plus pauvres.
Fraîchement converti à la nécessité de protéger notre environnement, le Président ira probablement vite aussi sur la planification écologique, grand thème de sa campagne d'entre-deux tours. Il devrait lancer rapidement également un "grand chantier de l'école", du moins des discussions tous azimuts sur la rémunération des enseignants, l'autonomie des établissements, etc. La concertation avec "toutes les parties prenantes" pourrait durer plusieurs mois.
La réforme des retraites sera également l'un des gros dossiers du début du quinquennat. Dès cet été, Emmanuel Macron veut convier les partenaires sociaux à une "conférence sociale" pour parler notamment de ce projet-clef. Mais le recul progressif de l'âge de départ à la retraite crispe tant ses détracteurs et les Français (64 % y sont opposés) qu'il est peut-être urgent, en la matière, de se hâter… lentement.
Reste à savoir si Emmanuel Macron sera à la manœuvre ou déléguera une partie de ces projets à son futur bras droit. "L'esprit de ces cent premiers jours dépendra, à mon avis, en partie des résultats aux législatives, analyse Luc Rouban. Si Emmanuel Macron bénéficie d'une majorité confortable, il aura les mains libres pour mettre en œuvre ses grandes réformes. Il peut alors essayer d'adopter un nouveau style de présidence, moins vertical, plus conciliant envers les partenaires sociaux et les maires ruraux. Mais s'il n'a qu'une petite majorité à l'Assemblée, il peut tout à fait se concentrer sur les affaires internationales et demander à son Premier ministre de servir… de vrai Premier ministre." Réponse dans six semaines.