"Nous vous protégerons et nous vous rendrons riches": malgré ses promesses, Donald Trump réveille le désir d'indépendance du Groenland
L'ombre de Washington sera présente dans tous les bureaux de vote de l'île ce mardi.
- Publié le 10-03-2025 à 07h01
- Mis à jour le 10-03-2025 à 16h10

Le président américain Donald Trump persiste et signe. Le contrôle du Groenland est devenu une obsession, "une nécessité absolue".
Fait inédit, il n'hésite pas à s'immiscer dans la campagne électorale pour les législatives organisées le 11 mars dans ce territoire autonome danois de l'Arctique en consacrant un passage de son discours au Congrès, le 4 février dernier à cette île stratégique qu'il convoite depuis son premier mandat en 2019.
À Nuuk, capitale de l'île, les dirigeants des six partis politiques en lice pour le renouvellement des 31 sièges du Parlement local et leurs électeurs s'interrogent, avec inquiétude, sur cet intérêt incessant du chef de la Maison-Blanche pour leur pays.
S'adressant au "peuple incroyable du Groenland", il lui ouvre largement les bras. "Nous soutenons fermement votre droit à déterminer votre propre avenir, et si vous le souhaitez, nous vous accueillerons au sein des États-Unis d'Amérique", a-t-il lancé, avant d'ajouter : "nous vous protégerons, nous vous rendrons riches et, ensemble, nous porterons le Groenland vers des sommets que vous n'auriez jamais cru possibles auparavant". Le tout avant de conclure par une phrase énigmatique, qui n'a fait qu'aviver les préoccupations des habitants de l'île : "nous en avons vraiment besoin (du Groenland) pour la sécurité internationale. Et je pense que nous allons l'avoir. D'une manière ou d'une autre, nous y parviendrons".
"Nous sommes Kalaallit"
Une menace à peine voilée qu'a préféré ne pas commenter le chef du gouvernement inuit, Mute B. Egede. Sur Facebook, le chef de l'exécutif groenlandais a répété la même réponse aux offres de rachat successives de Donald Trump depuis décembre dernier. "Le Groenland est à nous", écrit-il. "Nous ne voulons pas être Américains, ni Danois non plus. Nous sommes Kalaallit (Groenlandais, NdlR). Les Américains et leur chef doivent le comprendre. Nous ne sommes pas à vendre et on ne peut simplement pas nous prendre. Notre avenir est décidé par nous au Groenland".
D'autres responsables politiques sont plus critiques, à l'instar de Jens-Frederik Nielsen, président du parti Demokraatit (centre-droit), qui estime que "la situation est extrêmement grave pour le Groenland". "L'objectif de Trump est de faire du Groenland un État indépendant, sinon pourquoi nous soutient-il dans son discours ? C'est pour s'adresser directement à nous, en essayant de nous influencer pour que nous prenions une décision qui nous oriente dans cette direction", explique-t-il dans le journal Sermitsiaq.
"L'intérêt renouvelé de Trump pour le Groenland a mis la question de l'indépendance au premier plan et les élections du 11 mars seront décisives pour l'avenir du Groenland", selon Jon Rahbek-Clemmensen, chef du Centre d'études sur la sécurité dans l'Arctique à l'Académie de défense danoise.
"La grande question est de savoir, dit-il à La Libre, si l'offensive de Trump a donné des ailes aux partisans d'une indépendance rapide, ou si les électeurs voient que l'autodétermination équivaudrait à une prise de contrôle de facto du Groenland par les Américains et qu'ils préfèrent donc rester au sein du royaume du Danemark".
Indépendance
En effet les demandes insistantes de Donald Trump ont ravivé le débat sur l'indépendance de l'île du Danemark, un des thèmes dominants de la campagne avec la santé, l'éducation et l'économie.
Quasiment tous les partis, à l'exception d'Atassut (libéral) sont favorables à couper à terme les liens historiques qui datent de plus de trois siècles avec le Danemark.
Le parti Siumut, membre de la coalition bipartite au pouvoir, dirigée par Mute B. Egede d'Inuit Ataqatigiit, appelle déjà à organiser un référendum sur l'indépendance du Groenland lors des prochaines élections prévues dans quatre ans.
Fin janvier, un sondage de l'institut Verian montrait que 56 % des Groenlandais souhaitaient l'indépendance contre 28 % qui y sont opposés et 17 % indécis. Mais dans le même temps, 45 % des sondés ne veulent d'autonomie que si elle n'a pas d'impact négatif sur leur niveau de vie.
Le Danemark octroie au total 5,8 milliards de couronnes au Groenland, représentant près de la moitié du budget du gouvernement local de quelque 14 milliards de couronnes en 2024.