"Le Pape devient une sorte de grand-père. Il avait toujours une anecdote à nous raconter": les fidèles du pape François lui rendent hommage
Un ancien garde suisse, un rescapé du tremblement de terre de 2016 et un prêtre brésilien témoignent.

- Publié le 27-04-2025 à 19h31
- Mis à jour le 28-04-2025 à 16h06

Des milliers de jeunes sont arrivés des quatre coins de la planète, certains venus pour le jubilé des adolescents, d'autres pour la canonisation de Carlo Acutis qui aurait dû avoir lieu ce dimanche mais qui a été reportée. Tous ont finalement assisté aux funérailles du Pape. Des milliers de religieux et de religieuses accourus des couvents et des séminaires implantés dans la ville éternelle, des habitants de la capitale italienne venus pour saluer leur évêque, enfin des touristes, curieux d'assister à un évènement historique ; c'est une foule très variée qui s'est unie samedi après-midi pour saluer le Pape François.
Gigino, le rescapé du tremblement de terre
Parmi ces gens, Gigino entre sur la place un peu après sept heures du matin, trois heures avant le début de la messe. Cet homme âgé porte un bonnet vert sur la tête, il vient de passer la nuit dans un bus pour arriver à temps pour la cérémonie. Quand il parle, on découvre sa bouche édentée. "Je suis arrivé de la région des Marche, je viens de Camerino et je voulais dire adieu au Pape François" explique cet homme tout simple. "Vous savez que François était venu à Camerino, en 2016, après le tremblement de terre. J'étais désespéré, j'avais tout perdu, je n'avais plus de maison et serrer la main du Pape m'avait rendu courage, alors je voulais être là aujourd'hui. À Camerino, nous ne l'oublierons jamais." En 2016, un tremblement de terre avait touché les Marche et l'Ombrie, Camerino était l'une des localités les plus dévastées. Le Pape y avait rencontré les habitants restés à la rue. À plus de septante ans, Gigino fait partie de ceux que le Pape a toujours mis en premier : les personnes simples, humbles, qui face au désastre d'un tremblement de terre doivent se relever et tout reconstruire. Neuf ans après sa rencontre avec le Pape François, le vieil homme est profondément triste. "Quand j'étais sans rien, il était venu me voir, alors moi j'ai décidé de prendre le bus et de venir à Rome, tout seul."
Antoine, l'ancien garde suisse
"Lundi quand j'ai appris le décès du Pape, j'étais chez moi à Martigny, en Valais, mais j'ai décidé de revenir à Rome", explique Antoine Campo qui était hallebardier dans la garde suisse pontificale entre 2016 et 2018. "C'était frénétique de m'organiser pour arriver à temps mais en tant qu'ancien garde suisse nous avons des privilèges, et j'ai pu prier à côté du cercueil du Pape, la nuit de jeudi à vendredi dans la basilique, jusqu'à deux heures du matin, un long moment de prière et c'est là que j'ai pris conscience de son décès. C'était difficile de retenir mes larmes. Vous savez, nous, les gardes, nous vivons loin de nos familles pendant deux ans, et le Pape devient une sorte de grand-père. Il avait toujours une anecdote à nous raconter, une blague sous le coude. Mais je dois dire qu'il était en privé comme il était en public, très attaché à nous et chaque fois qu'on lui parlait, il prenait toujours le temps de nous écouter. On se demandait presque qui veille sur qui, finalement." Le Pape n'hésitait pas à leur donner des conseils sur les choix de vie que les gardes allaient faire après les deux ans de service. En tant qu'ancien garde, Antoine a pu assister à la cérémonie des funérailles tout près du parvis, un peu en hauteur, sur ce qu'on appelle le bras de Constantin. "De là, j'ai vu toute cette foule qui remplissait toute l'avenue qui mène à la place. On voyait combien les gens aimaient le Pape François et c'était très émouvant pour nous de voir cela." Antoine Campo se mariera bientôt, dans l'église au sein du Vatican. Il ira déposer le bouquet de la mariée sur la tombe du Pape.
Don Clayton, le prêtre brésilien
Non loin de là, sous les colonnes du Bernin, deux jeunes prêtres en soutane noire parlent en portugais. "J'ai été profondément touché par la fin de l'homélie du Cardinal Re", explique Don Clayton, prêtre brésilien qui étudie à Rome. "Quand j'ai entendu qu'il demandait au Pape de prier pour nous, je me suis souvenu qu'à chaque fois que je venais écouter l'Angelus le dimanche, François nous demandait de prier pour lui. Maintenant je me rends compte combien sa prière a été importante pour moi, pour ma vie et pour mon sacerdoce. Je suis venu à Rome pour suivre son exemple et quand le cardinal Re a dit cela à la fin de l'homélie, cela m'a fait comprendre à quel point il a été un guide pour nous les prêtres. L'homélie était vraiment un bel hommage au Pape, le cardinal a repris beaucoup de phrases prononcées par François, un vrai testament moral et spirituel." À ses côtés, une dame tient un drapeau argentin en main, elle intervient en espagnol : "en Argentine, il était très contesté, certains l'aimaient beaucoup mais d'autres critiquaient ses politiques. C'était un prêtre humble, un prêtre des bidonvilles et il accueillait les prostituées, les clochards. Selon moi c'était un Pape extraordinaire !" Don Clayton ne peut qu'approuver en lui souriant. Sur la place les funérailles se terminent. La litanie des Saints enveloppe les participants ; dans cette foule de plus de deux cent mille personnes, chacun chérit son propre souvenir du Pape François.