Municipales 2026: à gauche comme à droite, des partis affaiblis face aux forces radicales
Hormis les partis situés à chaque bout de l'échiquier politique, les autres traversent une période de turbulence après les élections municipales, traduisant leur nervosité à l'approche du scrutin présidentiel.
- Publié le 29-03-2026 à 08h18

Le Rassemblement national (RN) et l'Union des droites pour la République (UDR) d'un côté, et La France insoumise (LFI) de l'autre, ont progressé lors des dernières élections municipales par rapport au scrutin de 2020. Ils mettent toujours plus sous pression les partis de droite et de gauche. Ils traversent aujourd'hui une période tumultueuse, révélant une réelle anxiété à l'approche du rendez-vous présidentiel du printemps 2027.
La gauche malmenée par LFI
Les secousses les plus fortes se font ressentir au sein de la gauche, au PS surtout. Plusieurs cadres ont critiqué l'absence de ligne et d'autorité de leur premier secrétaire Olivier Faure, qui avait refusé tout accord national entre son parti et LFI entre les deux tours des élections municipales, tout en ne fermant pas la porte à des accords locaux. Des listes PS-LFI ont, la plupart du temps, échoué au second tour, mais le PS ou LFI aurait-il gagné sans fusionner à Toulouse ou à Limoges ? Probablement pas.
Plus que les échecs de ces fusions, ce qui irrite certains cadres du PS, c'est le sort que leur fait subir LFI depuis des mois, voire des années. Ils encaissent brimades et insultes. "[Les socialistes] sont des gros combinards", persiflait encore, avant le premier tour des municipales, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon lors d'un rassemblement en Seine-Saint-Denis. "Ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter pour le deuxième tour. Quand ils disent : 'Pas d'accord national', ça veut dire 'Faites votre tambouille localement'."
Le leader insoumis avait raison, ce qui irrite d'autant plus le chef des députés PS Boris Vallaud et le député Jérôme Guedj. Le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a même invité Olivier Faure à démissionner. Le bureau national du PS s'est réuni pendant six heures dans la nuit de mardi à mercredi, dans une ambiance de putsch, mais sans aboutir à un vote.
La situation est similaire chez les Écologistes, où le leadership de Marine Tondelier est de plus en plus contesté. Elle est invitée par une partie de son camp à prendre plus de distance avec LFI. "Si on continue sans rien changer, on sera voué à disparaître", a averti le député Jérémie Iordanoff dans les colonnes du Point.
Si Marine Tondelier a osé critiquer Jean-Luc Mélenchon pour avoir "sabordé cette campagne", le leader insoumis l'a aussitôt renvoyée dans ses cordes : "Son orientation erratique, ses déclarations insultantes, ses amitiés sulfureuses et son échec permanent de 20 ans à Hénin-Beaumont face au RN l'avaient signalée à l'attention du Guinness Book des losers."
La cacophonie chez les socialistes et les écologistes arrange LFI. Cela semble s'inscrire dans la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui cherche à s'imposer face à ses concurrents à gauche en vue de l'élection présidentielle, comme en témoigne la proposition du coordinateur de LFI Manuel Bompard à l'approche du second tour. Il avait appelé les partis de gauche à constituer un "front antifasciste face à la droite et à l'extrême droite". Pourtant, à Strasbourg, la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian a fait alliance avec LFI pour battre celle qui était sortie en tête du premier tour, Catherine Trautmann, une socialiste. À Lille, la candidate LFI sortie en deuxième position au premier tour a tendu la main au troisième, un écologiste, pour battre le maire sortant, Arnaud Deslandes, un socialiste.
Bousculés par la stratégie de LFI, les socialistes et les écologistes avancent en rangs dispersés à l'approche de la présidentielle. La primaire de la gauche hors LFI, programmée le 11 octobre et décriée par une partie de la gauche dont l'eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique), est de plus en plus menacée.
À droite, entre départs et exclusions
À l'autre bout de l'échiquier politique, le RN et l'UDR, qui ont conquis de nouveaux territoires lors des municipales, mettent, eux, Les Républicains (LR) sous pression. La droite, prise en étau entre l'extrême droite et le bloc central, apparaît toujours aussi divisée sur la stratégie à adopter.
Avant le premier tour et dans l'entre-deux-tours, des candidats LR ont ainsi bravé les consignes de leur président Bruno Retailleau et ils ont rejoint des listes RN ou Reconquête, à Paris, Colmar, Nîmes, Draguignan ou encore Bourg-en-Bresse. Il faut dire que même Bruno Retailleau a manqué de clarté en refusant de choisir entre le candidat Horizons Christian Estrosi et le président de l'UDR Éric Ciotti dans la course à la mairie de Nice.
Ces divers épisodes ont relancé le sujet de l'union des droites. Leurs partisans ont bien sûr analysé les reports de voix entre les deux tours des élections municipales. Des électeurs de droite au premier tour ont pu voter pour un candidat de l'extrême droite au second, et inversement, notamment à Marseille et à Paris. Cette porosité est l'expression dans les urnes du rapprochement idéologique entre les partis de droite et d'extrême droite.
Les Républicains n'osent d'ailleurs plus faire la publicité des exclusions et autres départs de ses élus, tant ils sont nombreux. Le dernier claquement de porte en date est celui du son vice-président et maire de Cannes, David Lisnard, ce mercredi. Il a déploré qu'il n'y avait "aucune lisibilité, aucune cohérence et aucune constance" au sein de son parti. Il s'oppose au mode de désignation du candidat LR à l'élection présidentielle et déplore le rejet de son option : une primaire ouverte à droite, d'Édouard Philippe (Horizons) à Éric Zemmour (Reconquête). Le député Laurent Wauquiez, autre prétendant à l'Élysée, est lui aussi favorable à ce type de primaire.
La cacophonie au sein des LR permet au président du RN de continuer son travail de sape. "La droite française n'existe plus aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle je ne cesse de tendre la main aux électeurs déçus de ce parti politique", a déclaré Jordan Bardella au Figaro, ce mercredi.
Le bloc central se cherche une voix
Alors que la gauche et la droite semblent affaiblies, le bloc central et ses trois composantes (Renaissance, Horizons et MoDem) cherchent à s'unir. Le président d'Horizons Édouard Philippe, candidat à l'Élysée, est le mieux placé pour 2027, mais le patron de Renaissance Gabriel Attal et le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui a quitté Renaissance après s'être brouillé avec Gabriel Attal, n'ont pas dit leur dernier mot.
Et pendant ce temps, les partis situés à chaque bout de l'échiquier politique continuent de capitaliser sur toutes ces divisions, profitant d'un paysage politique plus fragmenté que jamais à l'approche de 2027.