Que restera-t-il de la vague verte de 2020? "Les Écologistes sont dans le collimateur de LFI"
Les Écologistes pourraient perdre quelques villes conquises en 2020. Mais leur secrétaire nationale, Marine Tondelier, espère limiter la casse.
- Publié le 14-03-2026 à 08h19
- Mis à jour le 14-03-2026 à 08h30

C'est l'une des énigmes de ces élections municipales françaises : que restera-t-il de la vague verte après ce nouveau scrutin, dont le premier tour se tient ce dimanche 15 mars ?
Les verts ont conquis huit villes françaises de plus de 100 000 habitants aux élections municipales de 2020 : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Poitiers, Annecy, Besançon, ainsi que Grenoble pour la deuxième fois consécutive. L'ampleur de la victoire avait surpris plus d'un institut de sondage.
Plusieurs enquêtes d'opinion laissent aujourd'hui à penser que les maires sortants de Lyon et de Strasbourg ne seraient pas réélus. À Lyon, Grégory Doucet est donné perdant au second tour face à Jean-Michel Aulas. Mais l'ancien président de l'Olympique lyonnais, soutenu par la droite et le centre, a connu une campagne compliquée et perdu beaucoup de terrain. À Strasbourg, Jeanne Barseghian est devancée au premier tour de 10 points par l'ex-maire PS Catherine Trautmann.
Grenoble, durablement verte ?
À Bordeaux, la victoire se jouera entre le maire Pierre Hurmic et l'ancien ministre Thomas Cazenave, soutenu par le bloc central et la droite. Deux autres candidats pourraient atteindre 10 % et donc se qualifier pour le second tour, ce qui rend toute prévision incertaine. À Tours, Emmanuel Denis est en bonne position pour être réélu, tout comme Léonore Moncond'huy à Poitiers. Le scrutin s'annonce plus serré à Annecy et à Besançon, où la maire sortante Anne Vignot est au coude-à-coude avec Ludovic Fagaut, adoubé par la droite et le MoDem. À noter enfin que Grenoble, ville verte depuis 2014, pourrait bien rester écologiste.
La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, reste d'ailleurs confiante. "Quand on gagne beaucoup de villes, c'est sûr que l'on risque plus d'en perdre que quand on n'en avait pas", a-t-elle glissé, philosophe, au micro de Franceinfo, ajoutant que son parti était allié à d'autres forces de gauche, en grande majorité sans La France insoumise (LFI), comme à Paris. "Nous allons aussi conquérir des villes. Les écologistes sont en mesure de gagner Lorient, Mulhouse, Fécamp, Talence. On est en conquête et on va aider d'autres forces de gauche à conquérir à Limoges, à Saint-Étienne, à Toulouse, à Amiens."
"La dynamique n'est pas de leur côté"
"Les Écologistes jouent très gros à ces élections municipales", analyse Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l'université de Lille. Les sondages n'annoncent pas de débâcle mais aujourd'hui, on voit surtout les villes que les verts pourraient perdre, et pas celles qu'ils pourraient gagner. La dynamique n'est pas de leur côté."
La situation des verts est d'autant plus compliquée qu'ils se retrouvent pris en étau entre, d'un côté, La France insoumise (LFI) dont ils ont longtemps été très proches avant de récemment s'en distancier, et de l'autre, le Parti socialiste (PS). Et tant les insoumis que les socialistes ne feront pas de cadeau aux écologistes.
"Marine Tondelier a un bilan mitigé à la tête de son parti, poursuit Rémi Lefebvre. Elle s'est plantée aux élections européennes de 2024, mais ce qui l'a sauvée, ce sont les législatives grâce à l'union de la gauche. Elle voulait apparaître comme le trait d'union entre LFI et le PS. Mais sans l'union de la gauche, c'est un parti très fragile. Les Écologistes ont pu obtenir autant de députés aux législatives parce qu'il n'y avait pas de candidat LFI en face. Les Écologistes sont maintenant dans le collimateur de LFI et ils craignent cette concurrence parce qu'ils ont souvent le même électorat. Ils ont d'ailleurs joué la sécurité en se plaçant sur des listes avec les socialistes dans des villes comme Rennes et Nantes pour ne pas être doublés par LFI. D'un autre côté, ils ont aussi peur d'être effacés derrière les socialistes."
Si les résultats du premier tour donneront déjà une indication de l'ampleur du recul, ou de la résistance, de la vague verte de 2020, les jours qui suivront seront, quoi qu'il en soit, complexes pour les troupes de Marine Tondelier. "De redoutables questions vont se poser sur les possibles alliances", relève Rémi Lefebvre, avant de prendre l'exemple de Lille où le premier tour devrait être dominé par trois candidats de gauche, avec le maire sortant Arnaud Deslandes (PS) devançant l'écologiste Stéphane Baly et l'insoumise Lahouaria Addouche. "Y aura-t-il une alliance entre les Écologistes et LFI contre le PS ? Je n'y croyais pas du tout mais ils l'envisagent sérieusement. Marine Tondelier va-t-elle cautionner cela ? Les tensions risquent d'être très fortes dans l'entre-deux-tours, et les choix opérés pourraient avoir des conséquences."