Alors que des milliers de Russes meurent au front, Vladimir Poutine rêve d'immortalité
Le Kremlin a lancé un "projet national" baptisé "Nouvelles technologies de préservation de la santé".

- Publié le 09-09-2024 à 21h22
- Mis à jour le 10-09-2024 à 08h53

C'est devenu le nouveau cheval de bataille de Vladimir Poutine, en parallèle à l'invasion de l'Ukraine : préserver la santé des citoyens russes. Avec la guerre, la Russie subit une crise démographique importante, que le président tente par tous les moyens d'enrayer.
En février 2024, Vladimir Poutine s'est exprimé lors du Forum des technologies du futur de la Russie. Il a annoncé la mise en œuvre d'un "projet national" baptisé "Nouvelles technologies de préservation de la santé", comme le rapporte le média indépendant russe Meduza. Quelques mois plus tard, des explications plus détaillées de ce projet ont été dévoilées par Tatiana Golikova, la vice-première ministre russe. Elle précise que les autorités russes veulent investir dans "les technologies qui préviennent le vieillissement cellulaire, les neurotechnologies et d'autres innovations visant à assurer la longévité", et plus particulièrement le développement de "technologies biomédicales du futur pour une longévité active et un vieillissement en bonne santé". L'un des programmes du projet vise également à prévenir des maladies "basées sur l'âge biologique", selon Tatiana Golikova. Grâce à cela, le Kremlin espère prolonger l'espérance de vie de la population russe de manière considérable. Il prévoit de "sauver 175 000 vies" d'ici 2030.
Mais cette initiative ne semble pas faire mouche auprès des médecins russes. Une source d'un hôpital de Moscou considère cela comme les "caprices d'un Politburo vieillissant". "Tout le monde vieillit, y compris les hommes politiques. Les traitements anti-âge sont à leur apogée et l'environnement pour la mise en œuvre de nouvelles technologies [nationales] est très favorable en ce moment : on lutte contre la corruption et les gens commencent enfin à travailler honnêtement par peur, et non pour des pots-de-vin ou pour détourner des fonds. […] La question de savoir si cela valait le prix que nous payons sous la forme d'une guerre est discutable."
Selon Meduza, une lettre du ministère russe de la Santé a été envoyée à plusieurs instituts de recherche, dans laquelle il leur demande de leur faire des "propositions de développement" dans différents domaines. Parmi ceux-ci, le développement de produits médicaux visant à réduire le fardeau du vieillissement cellulaire, de nouvelles neurotechnologies et de produits médicaux associés visant à la prévention et au développement des déficiences cognitives et sensorielles, des méthodes pour corriger le système immunitaire en fonction de marqueurs critiques identifiés dans le processus de vieillissement et de nouvelles technologies médicales basées sur la technologie de bio-impression. Le budget octroyé au projet n'a pas été dévoilé par les autorités russes.
Après l'avortement, Vladimir Poutine s'attaque donc au vieillissement de la population. Et le problème semble urgent si on en croit le ton utilisé dans la lettre du ministère. "Ils nous ont demandé d'accélérer toutes nos propositions. J'avais l'impression que la lettre venait d'arriver aujourd'hui et que la date limite était hier. Pour être honnête, c'était la première fois que je voyais quelque chose de pareil. En général, tout projet national ou programme fédéral est précédé d'une série de réunions impliquant divers spécialistes et d'une sorte de débat public", explique un chercheur interrogé par RadioFreeEurope/RadioLiberty. "Quand nous avons reçu cette lettre, honnêtement, j'étais abasourdi. Le principe m'a complètement déconcerté. Bien sûr, nous allons travailler à restaurer la santé de ces vieux schnocks – ce n'est pas comme si quelqu'un d'autre avait besoin de notre attention. En plein milieu de la guerre, nous sommes censés tout laisser tomber. Le niveau de cynisme est vraiment déconcertant", témoigne un autre chercheur.
Cette nouvelle obsession de Vladimir Poutine lui aurait été transmise par Mikhaïl Kovalchuk, un de ses proches qui dirige l'Institut Kourtchatov, le centre de recherche nucléaire. Ce dernier serait "obsédé par l'immortalité et le 'génome russe'". Il est d'ailleurs déjà à la tête du programme fédéral de génétique.