L'essentiel pour Donald Trump, "c'est de communiquer sur des succès rapides" comme l'accès aux ressources ukrainiennes
Pour la chercheuse ukrainienne Olena Prokopenko, plus les États-Unis se heurteront aux envies guerrières de Moscou, plus leurs propositions seront intéressantes pour l'Ukraine.
- Publié le 26-02-2025 à 20h08
- Mis à jour le 26-02-2025 à 20h32

Le projet d'accord passé mardi soir entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump a fini par être dévoilé en intégralité, ce mercredi. Comme l'affirmait le haut responsable ukrainien qui avait révélé l'information "toutes les clauses qui ne convenaient pas à l'Ukraine" ont été retirées. Exit la demande américaine initiale imposant de facto à l'Ukraine de droits miniers de 500 milliards de dollars en faveur de Washington. Il n'est pas non plus demandé à Kiev de rembourser le double de toute aide américaine perçue à l'avenir, soit – comme le dénonçait Volodymyr Zelensky – l'imposition au pays d'une dette à long terme payée "par dix générations d'Ukrainiens".
Si cet accord est signé à Washington vendredi, il s'agira progressivement pour les deux états de développer et exploiter conjointement les ressources minières de l'Ukraine, dont les revenus seront en partie placés dans un fonds commun. Selon le texte, dont La Libre a pu prendre connaissance, il est prévu que l'Ukraine verse dans ce fonds la moitié des revenus issus de l'exploitation du pétrole, du gaz, et des minerais essentiels ukrainiens. Les États-Unis, eux, toucheront les intérêts financiers générés par cette somme "dans les limites autorisées par la loi américaine" (sic), et le fonds sera en partie utilisé pour investir en Ukraine. En échange de quoi, les États-Unis s'engagent à "investir dans une Ukraine souveraine, stable et prospère", à travailler "pour une paix durable", et à soutenir "les efforts pour garantir la sécurité" du pays. Ce qui demeure extrêmement vague.
Accès à la table des négociations
À l'origine de la démarche, Volodymyr Zelensky avait initialement proposé d'échanger des droits miniers contre des garanties de sécurité. Donald Trump avait ensuite tenté d'extorquer au président ukrainien l'équivalent de 500 milliards de dollars de ressources naturelles, afin de "compenser les centaines de milliards de dollars" investis par les États-Unis dans la défense de l'Ukraine. Or, cette somme était largement surévaluée selon l'Institut de Kiel (Allemagne) pour l'économie mondiale, qui estime le montant plus proche des 120 milliards de dollars.
Le deal arraché mardi semble plus mesuré, mais Kiev ne dispose toujours pas des garanties de sécurité attendues en contrepartie. Selon la BBC, Donald Trump aurait simplement déclaré mardi soir qu'en cas d'accord, l'Ukraine aurait "le droit de poursuivre le combat". À la question de savoir si les livraisons d'armes et munitions américaines se poursuivraient, il a répondu "Peut-être, jusqu'à ce que nous ayons un deal avec la Russie".
"Ces deux déclarations sont importantes" estime la chercheuse ukrainienne Olena Prokopenko, Senior fellow au centre de réflexion German Marshall Fund. "Cela signifie que si l'Ukraine ne signe pas, elle n'a accès ni au processus de paix, ni aux négociations, ni à l'assistance américaine. Mais cela signifie aussi que Donald Trump commence à réaliser que contrairement à ce qu'il désirait, il ne sera pas possible d'imposer une paix rapide à la Russie comme il en a fait la promesse".
"Donald Trump devient réaliste"
Selon la chercheuse ukrainienne, aussi mercantile soit-il, le président américain "se heurte au rejet d'un cessez-le-feu par Moscou avec qui aucun accord n'a été trouvé". "En quelques jours, le gouvernement ukrainien est parvenu à renégocier efficacement une proposition coloniale qui s'apparentait à du pur chantage et ne proposait aucune mesure de sécurité en quelque chose de plus équilibré "développe Olena Prokopenko. "Il n'y a toujours pas de garanties claires, la notion de sécurité est symboliquement mentionnée en préambule, comme une sorte d'objectif supérieur à atteindre dans le cadre de ce partenariat. Mais ce n'est pas problématique, parce que ce "deal" relève davantage du mémorandum que du contrat. Il ouvre un certain nombre de possibilités et doit désormais être réellement négocié. Faute de décrocher un cessez-le-feu rapidement, Donald Trump va pouvoir l'annoncer à ses électeurs et le reste se discutera pendant des mois. Plus le temps avancera, plus les États-Unis réaliseront qu'ils ne peuvent pas obtenir ce qu'ils veulent, et plus ils feront des offres réalistes à l'Ukraine, parce qu'ils veulent aller le plus vite possible et pouvoir communiquer sur des succès rapides."
Bien que la rencontre n'ait pas encore été officiellement confirmée par la Maison-Blanche, Volodymyr Zelensky a annoncé qu'il se rendrait bien à Washington ce vendredi pour signer cet accord-cadre, avant de travailler sur un texte plus détaillé. Le président ukrainien a par ailleurs indiqué lors d'une rencontre avec la presse, qu'il "demanderait" au président américain s'il comptait réellement "arrêter" le soutien militaire à l'Ukraine. "Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, c'est le passage d'une diplomatie basée sur les valeurs à une diplomatie centrée sur les intérêts" conclut la chercheuse du German Marshall Funds. "Et je pense que nous verrons bientôt l'administration américaine proposer d'autres solutions transactionnelles à court terme de ce type au cours des négociations, car cela offre autant de petites victoires simples à annoncer".
