Les experts estiment qu'une question majeure se pose après l'incident "sans précédent" entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky
Pour les spécialistes, il faut très vite comprendre quel impact la discussion mouvementée entre Trump et Zelensky aura sur le soutien américain à l'Ukraine.

- Publié le 01-03-2025 à 11h54
- Mis à jour le 01-03-2025 à 11h57

Le monde reste stupéfait, ce samedi 1er mars, après la discussion tendue entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky. L'échange entre les deux chefs d'Etat et le vice-président américain, J.D. Vance, a très vite escaladé, repoussant la signature de l'accord sur les minerais aux calendes grecques. "Concluez un accord (avec la Russie) ou nous vous laissons tomber", a notamment lancé Donald Trump à un Volodymyr Zelensky, abasourdi. "Vous jouez avec le vie de millions de personnes. Vous jouez avec la troisième guerre mondiale. Ce que vous faites est très irrespectueux pour ce pays." Le président ukrainien a encaissé les coups, tentant de rappeler que dans toute cette affaire c'était son pays la victime, mais sans succès. Les Américains ont campé sur leur position, rendant la discussion impossible et précipitant le départ du chef d'Etat ukrainien.
Les leaders européens ont très vite réagi face à ce qu'ils ont qualifié d'"humiliation". Ils ont fait bloc derrière Kiev. "Cher Volodymyr Zelensky, nous soutenons l'Ukraine dans les bons comme dans les moments difficiles", a notamment écrit le futur chancelier allemand Friedrich Merz. "Nous ne devons jamais confondre l'agresseur et la victime dans cette terrible guerre", a-t-il insisté.
Quid du soutien américain à l'Ukraine ?
Pour les experts qui se succèdent dans les médias depuis cet incident, il y a une question primordiale qui se pose à présent: quid du soutien américain à l'Ukraine ? "Cette interrogation plane sur tout", abonde Andrew Weiss, spécialiste de la Russie à la Carnegie Endowment for International Policy, dans les colonnes du Washington Post. Pour l'homme, il est clair que l'Ukraine a besoin des Etats-Unis. La compensation européenne ne pourrait jamais être suffisante, selon lui. "L'Europe n'a ni les ressources ni l'unité... Elle ne dispose pas des capacités de renseignement cruciales pour l'efficacité de la campagne militaire ukrainienne."
Interrogée par le Washington Post, Celeste Wallander, haute responsable du Pentagone sous l'administration Biden, porte un regard quelque peu différent. Elle estime que l'attitude actuelle de Trump va créer un nouveau regain d'intérêt des Européens pour l'Ukraine, qui se montreront plus unis sur la question. Elle n'en reste pas moins persuadée que le clash entre Trump et Zelensky marquera un point de non-retour dans la politique américaine. "Nous assistons à un changement fondamental de dynamique. Jusqu'à aujourd'hui, on avait l'impression que la Maison-Blanche cherchait à jouer le rôle d'arbitre neutre afin de trouver un accord équitable entre l'Ukraine et la Russie pour résoudre le conflit", a expliqué celle qui a longtemps travaillé sur la guerre en Ukraine. "Après aujourd'hui, on a plutôt l'impression que la Maison-Blanche a en réalité pris parti, et qu'elle s'est rangée du côté de la Russie de Poutine pour imposer une résolution."
"Une profonde rupture"
L'ancien haut diplomate américain Daniel Fried qualifie également cet événement d'"inédit" et "sans précédent". "Ce n'est pas seulement une profonde rupture avec l'Ukraine mais aussi avec la position américaine de défense du monde libre", précise-t-il via le groupe de réflexion Atlantic Council, dans des propos relayés par HLN.
M. Fried reste néanmoins confiant pour la suite et n'écarte pas la possibilité de voir Washington et Kiev reprendre rapidement leurs discussions. "Trump aime les rebondissements", ajoute-t-il.
Un seul gagnant de ce clash entre Trump et Zelensky
Dans le Washington Post, le spécialiste Andrew Weiss est plus pessimiste. Il voit surtout un gagnant de cette escalade verbale entre Etats-Unis et Ukraine: la Russie. En effet, selon lui, Moscou va pouvoir à présent d'autant plus faire pression pour que l'accord de paix soit conforme à ses attentes. "L'Ukraine va craindre que sa relation avec les États-Unis soit en ruines. Elle va tenter de trouver un moyen d'obtenir le meilleur accord possible avant que les avantages de la Russie ne deviennent encore plus évidents pour elle."