Dans un Iran où la crise s'aggrave, le ramadan va jouer les trouble-fêtes lors du Nouvel an
Les restrictions du mois sacré ne font pas l'affaire des commerçants alors que les ménages sont étranglés par l'inflation et la dévaluation du rial.

- Publié le 10-03-2025 à 07h02

Cette année, comme il y a deux ans, le mois sacré de ramadan en Iran englobe la période du Nouvel an persan (Norouz), célébré à partir du 20 mars. Cette concomitance calendaire ne va pas sans contradictions pour les fidèles chiites, qui se trouvent contraints de concilier la pratique du jeûne quotidien et les réjouissances familiales, synonymes entre autres de repas festifs, qui sont traditionnellement au menu de ce long congé (correspondant à nos fêtes de fin d'année). Le contexte politique tendu, dans un Iran dominé par les factions conservatrices et affaibli sur le plan régional, n'est guère propice aux écarts, les autorités faisant respecter en ce début de ramadan la stricte observance des règles.
Durant ce mois sacré (qui recouvre cette année le mois de mars quasiment jour pour jour), il est interdit de boire, de manger, de fumer et d'avoir des relations sexuelles entre l'aube et le crépuscule. Et ceux qui bravent ces restrictions au vu de tout un chacun dans l'espace public, risquent de gros ennuis avec la police de la moralité (gasht-e ershad), d'autant que les contrevenants sont souvent accusés de faire la promotion volontaire du rejet de jeûne. Des sanctions qui peuvent aller du retrait du permis de conduire pour les fumeurs au volant (la voiture n'est pas considérée comme un espace privé) à la fermeture d'un magasin pour les commerçants vendant des aliments ne se tenant pas à la fermeture obligatoire durant les heures du jeûne.
Restrictions hôtelières
L'économie du pays, mal en point depuis des lustres, devrait en outre pâtir des restrictions liées au ramadan, en particulier le secteur hôtelier qui, d'ordinaire, bénéficie pleinement de cette période où les Iraniens voyagent aux quatre coins du pays pour se rendre dans leur famille. Cela tombe d'autant plus mal que le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis signifie pour l'Iran le retour d'une campagne de pression maximum pour la République islamique, considérée par Washington comme le fauteur de troubles numéro un au Moyen-Orient.
L'administration américaine a d'ailleurs indiqué ce 6 mars réviser le paquet d'exemptions mises en place sous la présidence de Joe Biden afin de donner un peu de répit à l'Iran sur le plan économique et financier. Elle a aussi exhorté l'Irak, principal bénéficiaire des dispenses aux restrictions commerciales affectant le pétrole iranien, de supprimer toute dépendance aux énergies fossiles de son grand voisin.
Ménages étranglés
Alors que le conservateur modéré Massoud Pezechkian a accédé à la présidence de l'Iran l'été dernier, avec pour ambition de redresser l'économie iranienne, la situation continue de se dégrader : l'inflation, supérieure à 30 pour cent l'an depuis 2019 (selon la Banque mondiale), et la dévaluation du rial iranien face au dollar, encore accrue depuis la chute du régime syrien allié et qui dépasse 50 pour cent depuis juillet 2024, étranglent les ménages.
Ce contexte a poussé, le 2 mars, l'Assemblée islamique consultative (parlement) à adopter une motion de censure pour révoquer le ministre de l'Économie, Abdolnasser Hemmati, en fonction tout comme le nouveau gouvernement depuis août dernier. Cette première pour un ministre de l'Économie depuis 2018, année du retour des sanctions américaines consécutif au retrait de Washington de l'accord international sur le contrôle des activités nucléaires de l'Iran, traduit de la gravité de la situation.
Dans ces conditions, les Iraniens tentent de trouver des motifs d'espoir là où ils le peuvent. Cette année, contrairement à il y a deux ans, la fin de la période de Norouz, célébrée au sortir des douze jours de festivités, échappera de justesse au ramadan. Lors du Sizdeh Bedar (littéralement le "treizième dehors"), une journée consacrée à la célébration de la nature, les Iraniens ont pour tradition de se rassembler pour des grands pique-niques dans des endroits de verdure. Il y a deux ans, encore en plein ramadan, des théologiens recommandaient que les rassemblements aient lieu sans manger et que le repas attende l'heure de la rupture du jeûne (iftar) au crépuscule, comme chaque jour du mois sacré. Cette année, les agapes pourront débuter plus tôt, ce treizième jour du printemps tombant le 2 avril, deux jours après la fin du ramadan…