"Le cessez-le-feu à Gaza n'existe pas, c'est un mensonge"
Tel est le cri des Gazaouis, rapporté par MSF deux mois après le début de la trêve. Pour l'ONG, c'est "mieux que rien" mais des violences subsistent.

- Publié le 15-12-2025 à 19h59

"Le cessez-le-feu à Gaza n'existe pas, c'est un mensonge"… "Ma maison est de l'autre côté de la ligne jaune donc je ne peux pas y retourner. Pour moi, il n'y a pas de cessez-le-feu". Beaucoup d'habitants de la bande de Gaza témoignent de violences durables malgré la trêve, tant sur le plan physique que psychologique, rapporte Caroline Willemen, qui revient d'une mission de deux mois en tant que coordinatrice pour Médecins sans frontières (MSF), à Deir el Balah. Dans cette partie centrale du territoire palestinien, comme dans d'autres, des centaines de milliers de Gazaouis vivent coupés de leur habitation, démunis de leurs biens et bien souvent de moyens de subsistance.
Si l'acheminement de l'aide humanitaire, indispensable pour la presque totalité de la population, a repris à la faveur de la trêve, elle reste insuffisante, selon l'Onu. Outre les rations offertes, "les camions commerciaux de produits alimentaires rentrent à Gaza mais ça ne veut pas dire que ces denrées soient accessibles à tout le monde parce que tout est très cher et que le monde n'a pas l'argent pour les acheter. Donc, le cessez-le-feu, c'est mieux que rien mais ce n'est sûrement pas assez comme on peut se l'imaginer vu d'ici", estime la coordinatrice de MSF.
"Les drones tournent toujours"
À plus forte raison que le froid et les pluies torrentielles de l'automne, qui ont inondé les campements au début de ce mois, fragilisent davantage le long exil intérieur des Gazaouis dans un territoire ravagé après deux ans et deux mois de guerre entre Israël et le Hamas. Ravagé et toujours bombardé "régulièrement", de manière ponctuelle, par l'armée israélienne. "Les drones tournent encore là-haut et font toujours des victimes", alors que le cessez-le-feu est d'application depuis le 10 octobre et que les unités de Tsahal se sont retirées à l'est de la ligne de démarcation qui coupe la bande de Gaza en deux. "Bien sûr, ce ne sont plus des dizaines de morts par jour mais des gens sont encore tués ou gravement blessés, en particulier parce qu'ils n'avaient pas le droit d'aller à tel ou tel endroit, ou qu'ils étaient dans le voisinage de la ligne jaune", témoigne l'employée humanitaire.
Chaque jour apporte ainsi son lot de blessés, comme "cet adolescent de 15 ans qui creusait le sol pour extraire les racines de plantes en guise de bois de chauffage ou pour cuisiner et dont les deux bras ont été transpercés par la même balle" et ce, "parce qu'il avait un comportement suspect" d'après les soldats israéliens, raconte Caroline Willemen. Elle ajoute que "des gens cherchent du bois pour le vendre, pour un peu moins d'un dollar par kilo, une façon de gagner un tout petit peu d'argent". À côté des blessés de guerre, il y a les victimes d'accidents de la route et domestiques indirectement liés au conflit, comme des brûlures ou des fractures qui n'auraient pas existé sans les conditions matérielles difficiles de la guerre, précise Caroline Willemen.
Malnutrition persistante
Autant de patients que peut accueillir l'hôpital de campagne installé par MSF depuis le mois d'août à Deir el Balah, qui supplée les urgences de l'hôpital Al Aqsa de la ville. Trois blocs opératoires et 110 lits y sont disponibles sous des tentes et des structures semi-permanentes. Celui-ci se concentre "sur les opérations de chirurgie traumatologique, orthopédique et plastique", énumère la responsable, qui était en charge de la coordination des équipes médicales, logistiques et administratives et dont c'était la seconde mission gazaouie. "Mon travail, c'est de m'assurer que chacun puisse faire son métier dans les meilleures conditions possibles", explique-t-elle. Parmi les problèmes rencontrés, l'approvisionnement difficile de certains médicaments – comme des antibiotiques spécifiques, ou de certains matériels, telles des tiges métalliques pour confectionner les attelles -, lesquels rentrent dans le territoire de manière aléatoire. "Parfois, on a l'autorisation, parfois pas, ou alors pas cette fois-ci mais la prochaine. C'est tout à fait arbitraire", dit-elle.
La malnutrition aiguë est un problème persistant depuis que l'Onu a déclaré l'état de famine il y a tout juste un an dans le nord de la bande de Gaza. "Il y a eu un pic l'été dernier à Gaza, où je me trouvais. Cette fois, nous avions plusieurs nouveaux diagnostics de malnutrition tous les jours, dans le cadre de notre programme de détection axé sur les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et allaitantes", affirme Caroline Willemen. "On observe aussi une diminution du poids des nouveau-nés parce que les mères n'ont pu se nourrir comme il faut. En fait, des gens sont mal nourris pendant tellement de temps… ; ce n'est pas une situation qui peut être améliorée du jour au lendemain."
Détruire les conditions de la vie
Selon les autorités gazaouies, 393 personnes, dont plus de 70 enfants, ont été tuées depuis le début de la "trêve" il y a un peu plus de deux mois. Et 632 corps ont été retrouvés sous les décombres, en particulier suite aux fouilles effectuées pour retrouver les dépouilles des otages israéliens morts à Gaza ou emmenées le 7-Octobre. Au total, la guerre a tué 70 665 Palestiniens de Gaza, dont une majorité de femmes et d'enfants, et blessé 171 145 personnes, selon un bilan publié ce 15 décembre par des sources médicales gazaouies et relayé par l'agence de presse palestinienne Wafa. Plus de 1 700 membres du personnel de santé ont aussi été tués, selon MSF. L'organisation y voit des "violations graves du droit international humanitaire" et d'une "volonté délibérée de démanteler le système de santé à Gaza et de détruire les conditions nécessaires à la vie".