Chaud(e) pour un plan récup'? "La seconde main, c'est pour bon la planète, pour le portefeuille, pour changer le monde"
Un nouvel outil de géolocalisation facilite l'accès aux services de l'économie sociale et circulaire. L'occasion de braquer les projecteurs sur un secteur créateur d'emplois et sur les bienfaits environnementaux du réemploi.
- Publié le 23-10-2020 à 08h23
- Mis à jour le 23-10-2020 à 08h26

Chaud.e pour un plan récup ?" Dans sa récente campagne, la Fédération Ressources invite le grand public à "réfléchir à une consommation plus responsable à travers des moments de vie clés" et ainsi se fournir en biens et en services auprès des entreprises d'économie circulaire et sociale qu'elle représente.
Vous souhaitez vendre, acheter ou réparer un objet ? L'outil de géolocalisation développé facilite la recherche parmi les 170 boutiques de seconde main, centres de réparation ou points/services de collecte des membres de Ressources. "L'idée est de montrer que les solutions pour une autre consommation sont accessibles et qu'elles existent près de chez soi ; qu'acheter de la seconde main, c'est un bon plan ! C'est bon pour la planète, pour le portefeuille, pour changer le monde, résume Arabelle Rasse, chargée de communication de Ressources. Avoir un plan récup pour ses achats, c'est soutenir un mode de société plus durable et solidaire au niveau local." L'outil se présente ainsi non pas nécessairement comme un moyen de sensibilisation mais comme un levier d'action.
Car, si la crise du Covid a "pesé sur les entreprises sociales et circulaires", elle a surtout et plus profondément "initié une réflexion sur les modes de consommation et donné l'occasion de replacer au centre de la dynamique économique un modèle durable et plus respectueux de nos besoins", analyse Arabelle Rasse.
Relocaliser l'emploi et les matières
D'aucuns estiment en effet qu'il existera à cet égard un "après-Covid". Que ce soit ou non le cas, les entreprises actives dans la récupération semblent montrer la voie à suivre. En collectant, triant, réparant, remettant à neuf les objets destinés à être jetés, elles permettent de briser le cycle de la consommation effrénée d'objets neufs et d'ainsi diminuer l'empreinte carbone de l'humanité. Dans le même temps, elles permettent de relocaliser des emplois durables. Pour faire court : les déchets que nous produisons sont des ressources locales à valoriser localement pour être remisées sur le marché local. La boucle est bouclée !
Le secteur du réemploi et de l'économie sociale est vivace et en expansion. Actuellement, la fédération Ressources compte 63 entreprises d'économie sociale dont 31 centres de tri, 51 ateliers de réparation, 175 boutiques de seconde main et 5 600 points de collecte pour les textiles usagés. Actives dans les filières du textile, petits et gros électroménagers, matériel informatique, objets du quotidien, vélos, matériaux de construction et déchets verts, ces entreprises traitent ensemble 46 040 tonnes en vue de leur réutilisation. C'est aussi un secteur créateur d'emplois : 2 753 personnes employées, soit 166 travailleurs par 10 000 tonnes de déchets traitées. À titre de comparaison, le recyclage ne crée que sept emplois pour la même quantité de déchets. "Il serait incohérent de créer des boucles sans relocaliser l'emploi", commente à ce propos Arabelle Rasse. Un pull créé à partir de bouteilles en plastique est un produit circulaire, encore faut-il qu'il soit produit localement.
Par ailleurs, "le public cible est généralement fragilisé sur le marché de l'emploi traditionnel et trouve dans ces entreprises une seconde chance", précise encore Arabelle Rasse.
Récupérer, c'est mieux que de recycler
Dans ses prévisions budgétaires, le gouvernement de Croo a prévu de nouvelles dépenses, dont une enveloppe de 100 millions d'euros de soutien à l'économie circulaire. Une somme bienvenue, particulièrement alors que "la réparation demande de la main-d'œuvre et de l'outillage et est peu rentable"… mais pourtant indispensable dans la lutte contre le changement climatique. À cet égard, recycler, c'est bien. Récupérer, c'est mieux.
Raison pour laquelle l'accès aux gisements de ressources est une priorité de la fédération, et ce avant que les matériaux ne partent au recyclage. Pour des raisons environnementales et économiques, "priorité doit être donnée à la réutilisation, la réparation, le remanufactoring", insiste Arabelle Rasse.
Mais, pour que les produits dont on souhaite se débarrasser fassent le bonheur d'un(e) autre, encore faut-il qu'ils aient des qualités intrinsèques qui le permettent. "Nous arrivons en fin de cycle, en bout de chaîne. Il y a donc une nécessité de produire des objets plus qualitatifs, plus durables, plus réparables, plus recyclables", explique encore la chargée de communication. Sans quoi, "prolonger la vie des objets" est mission impossible. Pour ce faire, l'instauration de REP (responsabilité élargie des producteurs) propre à chaque secteur est un atout indéniable. Elles obligent les producteurs à penser, dès la conception, à la seconde vie des objets.
Le secteur de la récup n'est pas neuf - Les Petits Riens existent depuis 70 ans -, mais il se professionnalise, notamment par le biais de labels certifiant la qualité des produits. Les perspectives de développement sont par ailleurs importantes : parmi celles-ci, la nécessité de développer les métiers de la récup, les filières des déchets verts et les gisements énormes de la construction ; des services qui s'inscrivent dans l'économie de la fonctionnalité - permettant de répondre à un besoin particulier et ponctuel ; et, enfin, le concept du remanufacturing, ce processus de revalorisation des matériaux 100 % de récup pour la création d'objets à haute valeur ajoutée, tout en développant des savoir-faire auprès des travailleurs.
En Wallonie et à Bruxelles…
Déchets. Un habitant produit 500 kg de déchets par an. Actuellement, on en réutilise 3 kg par habitant. Ressources souhaite atteindre 8 kg.
Réemploi. Plus de 45 000 tonnes de biens trouvent une nouvelle vie chaque année. Quelque 85 % des collectes de textiles sont revalorisées.
Emploi. 7 979 personnes sont actives dans le secteur de l'économie sociale et circulaire, dont 71 % de travailleurs sous contrat ou en formation socioprofessionnelle.
En Flandre
Un webshop de produits circulaires a été développé en Flandre pour répondre à la demande croissante de la population pour les produits durables et locaux. Ainsi, tous les produits mis en vente sur LoopedGoods.be ont une chose en commun : ils sont fabriqués à partir de déchets.
Visibilité. La plateforme en ligne permet de centraliser des produits en un seul et même lieu et de leur donner une meilleure visibilité. Ses concepteurs s'attachent aussi à raconter l'histoire qui se cache derrière chaque produit.