"Les autorités font l'autruche": un médecin alerte sur les effets du covid long
Le docteur Marc Jamoulle a fait du covid long un combat et reçoit des sollicitations de patients de toute la Belgique.

- Publié le 26-01-2024 à 08h41

Depuis son cabinet à Charleroi, le Dr Jamoulle a décidé de faire du covid long son combat. Depuis qu'il a entamé des travaux de recherche sur la maladie, il reçoit des centaines d'appels d'un peu partout dans le pays. "Je vois de plus en plus de patients, beaucoup de gens à qui on a dit qu'ils souffraient de burn-out ou de dépression alors qu'ils souffrent de covid long, raconte-t-il. Les scientifiques commencent à le connaître davantage mais ils ne sont pas proches des gens, et les soignants et les médecins le connaissent peu, c'est un nouveau phénomène qui doit nous alerter. Beaucoup de gens sont abandonnés et perdus dans notre système de soins".
Après une étude qualitative avec l'immunologiste de l'Institut Rega de la KU Leuven, Johan Van Weyenbergh, ils ont prélevé le sang de 110 personnes soupçonnées de covid long et ont constaté, grâce à des analyses "extrêmement poussées", une corrélation entre les symptômes observés et les données récoltées. Fort de leur découverte, ils ont développé un moyen de diagnostiquer le covid long (mais la prise de sang reste coûteuse, à hauteur de 500 euros pour le patient) par prise et ont découvert que celui-ci provoquerait une encéphalite et ses troubles seraient souvent pris pour un burn-out.
Ce virus met la médecine en échec, les techniques usuelles ne montrent rien"
"Le trajet de soins actuel ne sert à rien"
Selon lui, sur 100 personnes qui ont contracté le virus, 10 d'entre eux feront une forme de covid long et parmi eux, 4 seront lourdement impactés avec une perte d'emploi, sachant qu'on évoque une moyenne d'âge de 40 ans et une proportion de 70 % de femmes atteintes. Âgé de 76 ans et après 50 ans de pratique, ce Carolo fait un constat sans équivoque : "ce virus met la médecine en échec, affirme Marc. On l'a vu avec le covid aigu et on le voit aujourd'hui avec le covid long, on voit des troubles pour lesquels les techniques usuelles ne montrent rien. Les neurologues vont penser que c'est un burn-out, les cardiologues diront que ce sont à cause des nerfs, la médecine formatée ne marche pas et les généralistes ne savent pas toujours le reconnaître. Cela doit nous obliger à réfléchir et c'est assez extraordinaire car cela provoque une réaction et une stimulation scientifique. On va faire un pas de géant au niveau de la recherche même si cela ne se voit pas encore".
Pour cet expert, on est donc passé d'un long covid à une virose chronique, une forme de nouveau virus qui "fout la vie des gens en l'air, qui abîme le corps et le cerveau, détaille le Dr Jamoulle qui a fait du covid long son combat. Il impacte toute la tuyauterie, les artères capillaires, les muscles et donne des problèmes neurologiques. Il y a des gens qui ne savent plus réfléchir ni aligner deux idées de suite. J'ai reçu des avocats qui n'arrivaient plus à bredouiller une phrase, des statisticiens qui ne savent plus faire de multiplications, certains font face à des troubles graves de la mémoire. On peut aussi citer les problèmes neurologiques et auto-immunitaires, c'est même le plus important à souligner".
Chez nous, le trajet de soins mis en place en 2022 suscite beaucoup d'incompréhension et reste inadapté d'après de nombreux patients. "Ils ont imaginé un trajet de soins mais il ne sert à rien, les gens ne sont pas atteints, ils avaient prévu 13 000 personnes et seulement 500 ont été suivies un an après le début de la prise en charge. Certains pays ont réagi plus rapidement, l'Allemagne, la Norvège ou encore les Pays-Bas ont créé des centres spécialisés alors que chez nous, il n'y a rien. On ne peut aller nulle part pour dire qu'on pense être atteint par la maladie. On assiste à une forme de cécité politique, personne n'en parle. J'ai écrit au ministre mais je n'ai eu aucune réponse alors que la KCE me félicite pour mes travaux, on ne fait rien pour financer la recherche, les autorités font l'autruche. Moi, je vois 140 patients et la plupart sont diplômés et un peu informés par la maladie mais ou sont les autres ? Qui s'occupent de Madame pipi ? Qui s'occupent de ceux qui n'ont pas accès à ces informations ?".