Élections : une erreur majeure
Le 9 juin, nous serons appelés à voter. La Belgique n'a pas choisi cette date. Il n'y a rien de gênant en soi, sauf que...

- Publié le 23-04-2024 à 22h03
- Mis à jour le 23-04-2024 à 22h05

Des électrices et électeurs l'ignorent encore : le 9 juin, nous serons appelés à voter pour élire les représentants au Parlement européen, à la Chambre belge ainsi que les membres des parlements de région et de communauté (germanophone). La Belgique n'a pas choisi cette date. Ce sont les instances européennes qui ont fixé la date des élections européennes : notre pays s'est adapté à ce calendrier et c'est ainsi que la date des scrutins national et régional a été fixée.
Il n'y a rien de gênant en soi, sauf que la date n'est peut-être pas idéale pour les jeunes électeurs qui seront en plein blocus, voire en période d'examen.
Surtout ne pas déranger l'électeur…
La réflexion porte ici sur la concomitance des scrutins dont les autorités belges ont autrefois vanté les mérites. Quels étaient leurs arguments pour organiser le même jour la triple élection ? Inviter (chez nous, pour rappel, le vote est obligatoire) les électeurs à voter le même jour pour les trois niveaux de pouvoir permettait de réduire les coûts (installation d'isoloirs, payement des différentes responsables des bureaux de vote). Deux autres arguments étaient avancés : la campagne électorale unique permettait d'éviter de perturber le travail des gouvernements. Et, dernier point de ce raisonnement: ne pas "déranger" l'électeur trop souvent !
Reprenons. Éviter de nouvelles dépenses pour le fonctionnement de la démocratie ? Et si l'on remettait plutôt en cause le coût du financement des partis politiques ? Ils sont à ce point bien dotés que le PS ne sait plus quoi faire du son argent et le "joue" en bourse.
Un scrutin régional perturberait le long fleuve tranquille d'une majorité au niveau fédéral ? Et inversement même si l'on sait qu'un gouvernement fédéral peut chuter plus facilement puisqu'il n'est pas nécessaire qu'une majorité de rechange soit dégagée pour mettre un exécutif en minorité. La Vivaldi a tenu cinq ans. Mais les observateurs les plus imprudents ont annoncé sa chute dix fois, tant les crises se sont multipliées : sur l'énergie, sur l'asile, sur les pensions, etc., etc. Prétendre qu'une campagne électorale à un niveau de pouvoir fait trembler les autres est une vue de l'esprit. Puisqu'il suffit qu'un président de parti se lève du pied gauche (ou du pied droit en l'occurrence), qu'une déclaration intempestive ou un simple tweet fragilise toute l'équipe. Il a fallu qu'un capitaine se sacrifie (Alexandre De Croo) lui et son parti, pour que le paquebot qu'il pilotait ne s'échoue pas sur les récifs dressés par les partis politiques.
Ne pas déranger trop souvent : tel est l'argument massue de certains pour maintenir la simultanéité des scrutins. Mais bon sang : être citoyen, citoyenne, c'est profiter des droits qu'offre ce statut, mais ce sont aussi des devoirs. Dont celui d'aller voter, de s'informer en toute connaissance de cause. Il y a tant de pays au monde où les gens font des heures de file pour déposer un bulletin de vote. Il y a tant de régimes où le vote est inexistant ou truqué. Aller voter, une épreuve ? Une chance.
Le goût du travail et de l'effort
Le fait d'organiser les scrutins à trois niveaux possède, à notre estime, deux énormes désavantages. Le premier : il fait passer au second plan l'enjeu européen, pourtant crucial de nos jours. Il l'a toujours été. Mais en ces temps troublés, il est essentiel de renforcer l'Europe sur le plan social, économique, environnemental et au niveau de la défense. Or il est probable que les débats portent davantage sur les autres niveaux de pouvoirs : fédéral et régional
Deuxième inconvénient. On estime à quelque 800 000 le nombre de jeunes qui iront voter pour la première fois. C'est bien l'absence de scrutin pendant cinq ans qui veut cela. L'intérêt des jeunes pour la politique est, à regret, limité, malgré les efforts entrepris dans certaines écoles pour les sensibiliser aux enjeux démocratiques. Si les élections avaient été décalées, ces jeunes auraient déjà été confrontés plus tôt aux questions politiques. Les renoncements et les mensonges, notamment du PS et d'Ecolo, entendus lors des débats sur le décret Paysage n'avaient, semble-t-il, qu'un objectif : séduire les jeunes qui constituent une proie de premier choix. Certains présidents de parti pensent que c'est en offrant des largesses qu'ils capteront le vote des jeunes. N'est-ce pas aussi, surtout, en leur inculquant ce dont ils auront besoin dans leur vie : le goût du travail et de l'effort.
Enfin, si l'ambition était de ne pas déranger l'électeur et l'électrice trop souvent… c'est raté puisque le 13 octobre prochain, nous retournerons aux urnes pour élire les représentants des communes et des provinces.