Pourquoi les élections dans les partis retardent la formation du futur gouvernement

- Publié le 11-10-2019 à 06h30
- Mis à jour le 18-10-2019 à 14h41

Pas moins de sept partis vont renouveler leur présidence dans les semaines et mois à venir. Sept partis, trois francophones (PS, MR et Défi) et quatre flamands (SP.A, Open VLD, CD&V et Groen). C'est énorme. Cette séquence électorale inhabituelle aura immanquablement un impact sur le processus de formation du gouvernement fédéral.
"La négociation est entrée dans une nouvelle phase avec la désignation, mardi, des préformateurs Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA), commente le politologue Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques). On est dans l'idée qu'on va enfin entrer dans le vif du sujet. Mais, en réalité, ce n'est pas si sûr puisqu'on ne connaît pas l'avenir des présidents de parti."
Le CD&V comme un poulet sans tête
"La première incidence du renouvellement des présidences, c'est le timing. Le processus de formation risque encore d'être ralenti" alors que les élections ont eu lieu il y a déjà quatre mois et demi. "Qui va pouvoir engager les partis dans les négociations ? On n'en sait rien." C'est au CD&V que le problème est le plus criant. Le président sortant, Wouter Beke, a intégré le nouveau gouvernement flamand. Son successeur ne devrait être connu que début décembre. Dans deux mois. C'est long. D'autant plus qu'aucun nom ne se dégage clairement, ni pour la présidence, ni pour mener des négociations gouvernementales si elles devaient commencer prochainement (on peut imaginer que Wouter Beke lui-même et le vice-Premier ministre Koen Geens assureront, a minima, l'intérim).
Le SP.A est dans une situation comparable. Le président sortant, John Crombez, restera aux commandes jusqu'aux élections internes, le 9 novembre. Mais il n'a sans doute plus les mains tout à fait libres pour engager son parti dans une négociation.
Avec qui et pour faire quoi ?
"À côté du timing, il y a la question des personnes et du positionnement politique, poursuit Jean Faniel. Des projets différents peuvent s'opposer pendant une campagne interne. Cela peut influencer le fédéral : on veut savoir qui ira avec qui dans le futur gouvernement, mais surtout pour faire quoi."
Illustration au Parti socialiste. Si l'élection a lieu les 18 et 19 octobre, on sait que Paul Magnette, seul candidat, sera élu. Or "Paul Magnette a toujours incarné une ligne plus ferme que d'autres leaders socialistes (notamment le président sortant, Elio Di Rupo, NdlR) vis-à-vis de la N-VA. Ce changement à la tête du PS ne va pas dégeler les relations entre les deux partis." D'autant plus que, à la N-VA, les choses restent en place : Bart De Wever à la présidence et Theo Francken en tête de gondole au fédéral. "C'est aussi un signal. Theo Francken est le diable incarné pour une partie des francophones, même si - mais est-ce sincère ? - il a tendu plusieurs fois la main au PS."
De même, au MR (résultat le 12/11, mais un second tour est vraisemblable), "le positionnement à l'égard de la N-VA ne sera pas le même si c'est Christine Defraigne qui est élue plutôt que Denis Ducarme ou Georges-Louis Bouchez qui ont moins de difficultés à gouverner plus à droite." De son côté, l'Open VLD (élection en mars 2020) veut former un gouvernement avec la N-VA plutôt qu'avec les écologistes (l'autre formule possible). "Et tant que la présidente Gwendolyn Rutten et le vice-Premier ministre Alexander De Croo sont aux manettes, on ne voit pas pourquoi ça changerait."
Il n'y a pas le feu au lac
La concomitance entre le calendrier fédéral et celui des partis engendre encore d'autres difficultés. Par exemple, l'éventuelle inexpérience des nouveaux présidents. Ou des relations interpersonnelles - ô combien importantes dans une négociation - à construire.
"La mission des préformateurs court au moins jusqu'au 4 novembre. Cela démontre qu'on n'est pas pressé" et que l'on pourrait attendre que les partis soient en ordre de marche avant d'entamer de vraies négociations gouvernementales, conclut Jean Faniel. "On a parfois l'impression que, tant qu'on ne s'approche pas du record des 541 jours de formation, il n'y a pas urgence." Cela dit, durant l'été, "on pouvait encore faire semblant de ne pas voir les difficultés au fédéral en regardant ailleurs", du côté des Régions qui négociaient également. Maintenant que ces dernières sont en ordre de marche, "ça va être compliqué de continuer comme ça".