Les 22 milliards d'effort budgétaire du gouvernement Di Rupo ne valent pas ceux de la future Arizona
Le président du PS, Paul Magnette, assure que l'équipe Di Rupo avait fait un effort plus important que celui qui s'annonce. Une affirmation qui mérite d'être fortement nuancée.

- Publié le 20-01-2025 à 07h50

Jeudi lors des vœux du Parti socialiste, le lendemain sur La Première, encore samedi dans De Morgen. Le président du PS, Paul Magnette, a martelé son message : le gouvernement du Premier ministre Elio Di Rupo (PS), de décembre 2011 à octobre 2014, est parvenu à réaliser un effort d'assainissement budgétaire au moins aussi important que celui promis par la future coalition Arizona (N-VA, MR, Engagés, CD&V, Vooruit), mais, selon lui, sans la casse sociale qui s'annonce.
Paul Magnette a-t-il raison ? Deux remarques liminaires. Un : on ne pourra forcément le savoir qu'en fin de législature, en 2029, lorsqu'on connaîtra le bilan du gouvernement Arizona. Deux : la notion de casse sociale est relative. Le gouvernement Di Rupo avait durci les conditions de départ anticipé à la retraite et limité dans le temps les allocations d'insertion pour les jeunes sans emploi, ce qui avait suscité une vive contestation sociale.
Et même 28 milliards avec l'inflation
Mais donc, le président du PS a-t-il raison ? Si on se focalise sur les chiffres exprimés en milliards d'euros, oui, il a raison. Mais il y a des nuances de taille à apporter.
Les chiffres, d'abord. Les 22 milliards dont parle M. Magnette correspondent à "l'addition des rendements estimés a priori" des mesures budgétaires, c'est-à-dire au moment où ces mesures ont été décidées par l'exécutif Di Rupo, explique le PS, interrogé par La Libre. Le montant monte même à 28 milliards si on tient compte de l'inflation.
L'ambition de l'Arizona est de réaliser l'essentiel de son effort budgétaire à l'aide de mesures structurelles, davantage que ne l'a fait Di Rupo.
Le PS précise que, tenant compte de la croissance économique des années 2012 à 2014, le rendement réel des mesures fut bien de "l'ordre de 22 milliards en 2014" – précisément de 20,8 milliards.
Les négociateurs de l'Arizona travaillent, quant à eux, sur un effort de 23 milliards d'euros, équivalent aux 22 milliards de Di Rupo, et inférieur si l'on retient le chiffre de 28 milliards. En outre, l'effort a été accompli par l'équipe Di Rupo en trois ans seulement, alors que le futur exécutif devrait avoir quatre ans et demi devant lui.
Grâce à des réformes structurelles
Mais, on l'a dit, il y a des nuances importantes à apporter. Le déficit public de la Belgique a été ramené de -4,3 % du PIB (produit intérieur brut) en 2012 à -3,1 % en 2014, soit une amélioration de 1,2 point. L'ambition de l'Arizona est de le porter de -4,7 % en 2025 à -3 % en 2029, soit une amélioration un peu meilleure de 1,7 point. À noter que le déficit public belge inclut le déficit du fédéral – qui assume la plus grande part de l'effort – et celui des Régions et Communautés.

Mais surtout, l'une des critiques majeures adressées à Di Rupo était que, selon un recensement du magazine Knack en 2014, près de la moitié (47 %) des mesures budgétaires étaient des mesures "one shot", sans effet structurel. C'est-à-dire des économies réalisées pour une seule année, ne se répétant pas les années suivantes.
Or, l'ambition de l'Arizona est de réaliser l'essentiel de son effort à l'aide de mesures structurelles (en pensions, fiscalité, emploi…). Si elle y arrive, l'effort accompli sera supérieur à celui du gouvernement Di Rupo.