Les entreprises belges pas encore emballées par le menu de la coalition Arizona: "Nous demandons d'appliquer une règle très simple"
Une série de propositions vont dans le bon sens, dit le patron des patrons, mais "le diable se cache dans les détails".

- Publié le 07-01-2025 à 19h02

"Nos recommandations sont basiques et claires, mais fondées sur la réalité économique." La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a présenté, lundi, ses traditionnelles recommandations de début d'année à l'adresse des décideurs politiques. "Nous demandons d'appliquer une règle très simple qui consiste à faire en Belgique la même chose que les autres pays de la zone Euro. Pas plus, pas moins", a exposé Pieter Timmermans, l'administrateur délégué de la FEB.
Il cite : la limitation des allocations de chômage dans le temps ; le début de la nuit de travail (qui implique un sursalaire) à minuit plutôt que 20 h ; le plafonnement des cotisations patronales ; ou encore le "no gold-plating", qui consiste à ne pas surenchérir sur une réglementation européenne lors de sa transposition en droit belge, notamment en matière environnementale.
Les mesures de l'Arizona
A priori, ça tombe plutôt bien pour la FEB puisque la putative coalition Arizona (composée de la N-VA, du MR, des Engagés, du CD&V et de Vooruit), toujours en cours de négociation, planche sur des mesures de cet ordre, telles que la nuit qui commence à minuit ou la limitation du chômage dans le temps. "Oui, j'entends de très bonnes idées, notamment en matière de marché du travail, commente M. Timmermans. Les principes sont bons. Mais 'the devil is in the details' ('le diable se cache dans les détails', NdlR). Si le principe de base est suivi d'une longue liste de conditions et d'exceptions, je suis moins enthousiaste."
Des indiscrétions entendues des négociations, on sait par exemple que Vooruit cherche à atténuer la mesure de limitation du chômage dans le temps via une série d'exceptions. Idem pour la mesure élargissant le nombre d'heures supplémentaires volontaires à 360 par an. Tandis que le CD&V et Les Engagés auraient proposé la création de nouveaux congés thématiques (à l'image du congé parental), impliquant possiblement une hausse du budget consacré à ces congés.
Il est temps d'avoir un gouvernement avec un bon accord qui envoie un signal de confiance aux entreprises
La FEB est inquiète pour l'avenir des entreprises belges. La récession qui touche l'industrie depuis un an et demi environ gagne peu à peu le secteur commercial et la construction. Selon les projections de la Fédération, la croissance économique du pays (la croissance de son PIB) ne devrait être que de 0,6 % en 2025, contre 1 % en 2024 et 1,3 % l'année d'avant.
Le même euro dépensé quatre fois
Le problème, reprend M. Timmermans pour illustrer les difficultés des entreprises, "c'est qu'on nous demande de dépenser trois fois le même euro…" Une première fois, dit-il, pour les coûts du travail, qui sont plus importants en Belgique que dans les pays voisins – en moyenne, 750 euros par mois en plus par travailleur, selon la FEB. Une deuxième fois pour les coûts de l'énergie, sensiblement plus élevés en Europe qu'aux États-Unis. Une troisième fois pour les charges administratives. "Et on nous demande même de dépenser une quatrième fois ce même euro pour investir, ce qui est normal, dans la transition environnementale ou digitale."
Pour la FEB, le prochain gouvernement devra donc, premièrement, restaurer la compétitivité des entreprises en maîtrisant leurs coûts salariaux et en réduisant leurs coûts énergétiques et leurs charges administratives. Deuxièmement, assainir les finances publiques (le déficit budgétaire 2024 est estimé à 4,6 % du PIB). Et troisièmement, il devra "réformer, réformer, réformer" pour, notamment, augmenter le taux d'emploi (actuellement autour de 72-73 %). "Il faut agir maintenant, conclut Pieter Timmermans. Il est temps d'avoir un gouvernement avec un bon accord qui envoie un signal de confiance aux entreprises."